Le Gabon se trouve à la croisée des chemins. Malgré un sous-sol regorgeant de richesses (pétrole, manganèse, gaz, bois), le pays a souvent dû se tourner vers le Fonds Monétaire International (FMI) pour stabiliser ses comptes. Pourtant, cette assistance ne devrait être qu’une option de dernier recours. En s’attaquant aux racines du mal c’est-à-dire la corruption et l’évaporation des capitaux , le Gabon possède tous les leviers pour s’autofinancer et prospérer.
I. Le Diagnostic : Pourquoi la crise persiste-t-elle ?
Le recours au FMI est souvent le symptôme d’une gestion où les richesses s’évaporent avant d’atteindre les caisses de l’État. Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
– L’hémorragie financière : La fuite des capitaux et les flux financiers illicites( FFI) privent le pays de liquidités essentielles.
– La corruption systémique : Détournements de fonds publics, blanchiment et corruption en bande organisée agissent comme un frein au développement.
– Le manque de transparence : Une gestion opaque des contrats extractifs empêche l’État de percevoir sa juste part de la rente.
II. Plan d’Action : 10 Mesures pour une Renaissance Économique
Pour restaurer la dignité économique du Gabon, une stratégie de rupture s’impose. Voici les piliers de cette transformation :
1. La Protection du Capital National
Il est impératif de stopper la sortie illicite des capitaux . Chaque franc CFA généré sur le sol gabonais doit prioritairement servir à l’investissement local.
2. Un Cadre Légal Impitoyable
Le Gabon doit renforcer son arsenal juridique en alignant sa législation sur les articles 52 et 53 de la Convention des Nations Unies contre la corruption . Cela inclut une loi stricte sur le recouvrement des avoirs et la saisie des produits du crime.
3. Une Justice Spécialisée
La création d’un Tribunal Spécialisé Anti-Corruption permettrait de traiter ces dossiers avec l’expertise et la célérité nécessaires, loin des pressions politiques.
4. Institutionnaliser l’Intégrité
La mise en place d’une mesure nationale de lutte contre la corruption et d’un système d’intégrité global garantira que chaque agent public rende des comptes.
5. Réforme de la Transparence (ITIE)
Il est crucial de réformer l’ITIE Gabon (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) en élargissant son périmètre. La transparence doit être la norme, pas l’exception.
6. Identification de la Propriété Effective
Savoir qui possède réellement les entreprises opérant au Gabon est une étape clé pour lutter contre les sociétés écrans et l’évasion fiscale.
7. Contrôle des Recettes Extractives
La création d’une structure unique de contrôle des recettes minières, pétrolières, gazières et forestières permettrait de centraliser et de sécuriser les revenus de l’État.
8. Souveraineté sur les Hydrocarbures
La lutte contre le « pompage » illicite et la fraude sur les volumes exportés est une priorité pour récupérer des milliards de recettes perdues.
9. Audit Général des Contrats
Une mise à plat de tous les contrats (pétroliers, miniers, gaziers, halieutiques) via un audit indépendant permettra de renégocier les accords déséquilibrés.
10. Maîtrise des Exportations de Manganèse
En tant que l’un des premiers producteurs mondiaux, le Gabon doit contrôler strictement ses flux d’exportation pour garantir que le prix et les volumes déclarés correspondent à la réalité du marché.
III. Conclusion : Le Gabon n’a pas besoin d’assistance, il a besoin de justice
Le potentiel économique du Gabon est tel que l’assistance du FMI devrait être superflue. En appliquant ces mesures de rigueur et de transparence, le pays pourrait non seulement éponger sa dette, mais surtout financer ses propres infrastructures, ses écoles, ses hôpitaux, paiement des rappels, régularisation des situations administratives des agents publics etc..sans dépendre de prêts extérieurs contraignants.
La richesse est là ; il suffit de fermer les vannes de la corruption pour que le pays puisse enfin respirer.
Ghislain MAPANGOU MAPANGOU, Économiste Statisticien, Acteur Politique.


Une réflexion sur “Gabon : Sortir de la dépendance du FMI par la souveraineté financière et l’intégrité”