À l’heure où le Gabon replonge dans une énième crise sociale, une question obsède les esprits lucides et dérange les consciences anesthésiées : qu’ont donc réellement produit, construit, bâti les “hauts dignitaires” de la République ?
Pas les discours.
Pas les slogans.
Pas les conférences bien peignées.
Des entreprises. Des industries. Des emplois. De la valeur.
Rien. Ou presque.
Pendant plus de cinquante ans, le Gabon a été gouverné et confisqué par une élite politique omniprésente, tout-puissante, grassement entretenue par la rente. Une élite qui a tout eu : le pouvoir, le temps, l’argent, l’accès aux ressources, les réseaux internationaux. Mais qui n’a jamais eu l’audace de produire.
Bois, pétrole, manganèse, uranium, or, diamant…
Un sous-sol qui ferait rêver n’importe quelle nation.
Une population nationale qui n’atteint même pas deux millions d’âmes.
Et pourtant : pas d’industries de transformation dignes de ce nom, pas de champions nationaux, pas de tissu entrepreneurial structurant.
À titre de comparaison, regardons le Nigeria. Un pays de plus de 200 millions d’habitants, miné par des crises autrement plus complexes, mais où émergent des Aliko Dangote, des Tony Elumelu, des centaines de millionnaires et de milliardaires issus de l’industrie, de l’agroalimentaire, de la finance, de l’énergie.
Des hommes d’affaires pas des hommes d’État recyclés en prédateurs.
Et au Gabon ?
Où sont les Dangote gabonais ?
Où sont les capitaines d’industrie issus du pouvoir ?
Où sont les grands groupes créateurs d’emplois portés par ceux qui ont dirigé ce pays pendant des décennies ?
Jean Ping; Ona Ondo; Michel Essonghe; Mba Abessole; Divungi Di Ndinge; Nzouba Ndama; Barro Chambrier; Idriss Ngari; Jean François Ndongou; Ntoutoume Emane; Eyeghe Ndong; Denis Mekamne Mba; Martin Mabala; Richard Onouviet; Georges Rawiri; Jacques Adiahénot; Faustin Boukoubi; Et tant d’autres.
Des noms connus de tous. Des carrières interminables. Des passages répétés aux plus hauts sommets de l’État. Mais aucun héritage économique structurant.
Pas d’écosystème industriel.
Pas de clusters de transformation du bois.
Pas de chaîne de valeur minière intégrée.
Pas d’agro-industrie nationale solide.
Pas de PME exportatrices.
Pas de vision.
Seulement une chose : la captation de la rente, la distribution clientéliste, les postes, les privilèges, les exonérations, les marchés publics entre initiés. Une économie de comptoir, de prédation, de dépendance totale à l’État donc au pouvoir politique.
Le drame du Gabon, ce n’est pas seulement la pauvreté.
C’est l’absence totale d’une bourgeoisie productive nationale.
Une élite qui consomme mais ne construit pas.
Qui parle mais ne transforme pas.
Qui gouverne mais ne développe rien.
Omar Bongo avait la rente.
Ali Bongo avait la rente.
Oligui Nguema hérite de la rente.
Mais la question demeure, brutale et implacable : où est passé l’investissement productif gabonais ?
À force d’avoir confondu l’État avec une caisse personnelle, le pouvoir avec une carrière, la politique avec une assurance-vie, ces “hauts dignitaires” ont vidé le pays de toute dynamique créatrice. Ils ont formé des générations entières à attendre, quémander, dépendre jamais à entreprendre.
Aujourd’hui, le peuple paie l’addition.
Chômage massif.
Jeunesse désabusée.
Économie exsangue.
Colère sociale.
Et pendant ce temps, les mêmes noms reviennent, recyclés, repeints, réhabilités, comme si l’histoire n’avait jamais jugé.
Le Gabon n’est pas pauvre. Il a été appauvri. Non par manque de ressources, mais par l’indigence morale et productive de ceux qui l’ont dirigé.
Il est temps de le dire sans trembler : le problème du Gabon, ce n’est pas le peuple. Ce sont ses élites politiques stériles.
Et tant que cette vérité restera taboue, aucune transition, aucun discours, aucun “nouveau départ” ne changera quoi que ce soit.
Le pays ne manque pas d’or. Il manque de courage, de vision… et d’élites dignes de ce nom.
Le Peuple Souverain Gabonais

