Lorsque le Gabon est entré en programme avec le Fonds monétaire international (FMI), un arrêté réglementaire pris et publié au Journal officiel aux alentours du 20 août 2018 a instauré un gel des recrutements, concours, examens professionnels, titularisations, avancements et reclassements après stage, à compter du 31 juillet 2018 pour une durée de trois ans, soit jusqu’au 31 juillet 2021.
Mais un fait essentiel est aujourd’hui volontairement passé sous silence : ce gel n’avait rien de général ni d’aveugle. Le texte était clair, précis et sans ambiguïté. Il prévoyait explicitement des exemptions, sous réserve de la nécessité de service, en faveur de secteurs stratégiques et socialement vitaux tels que la santé, l’éducation, l’enseignement supérieur, ainsi que les forces de défense et de sécurité.
Autrement dit, la loi n’a jamais interdit la régularisation des carrières ni le fonctionnement normal de ces secteurs essentiels. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est donc pas la conséquence d’un vide juridique ou d’une contrainte imposée par le FMI, mais bien le résultat direct de la corruption au sein de l’administration gabonaise et d’un manque manifeste de volonté politique. Les textes existaient, les marges de manœuvre étaient prévues, mais elles ont été sciemment ignorées.
Pire encore, les dirigeants et décideurs d’hier ont délibérément choisi de ne pas appliquer ces exemptions, transformant un outil de gestion temporaire en instrument de sanction collective. Les enseignants, les personnels de santé et d’autres agents de secteurs pourtant cruciaux ont été injustement pénalisés, comme s’il s’agissait de punir ceux-là mêmes qui assurent la survie sociale du pays. Ce choix n’était ni technique ni contraint : il était politique, calculé et profondément injuste.
Aujourd’hui, il faut avoir le courage de reconnaître une vérité dérangeante : le problème vient aussi de nous-mêmes. De nos pratiques, de notre tolérance vis-à-vis du favoritisme, du népotisme et du détournement des ressources publiques. Beaucoup de postes budgétaires qui auraient dû servir à régulariser des situations administratives légitimes ont été accaparés, redistribués à des proches, à des parents ou à des réseaux, au mépris de l’intérêt général.
Ce n’est donc pas l’État en tant qu’abstraction qui a failli, mais des Gabonais investis de responsabilités, qui ont choisi de ne pas servir le pays comme ils le devaient. Tant que cette réalité ne sera pas clairement assumée, tant que la corruption et l’absence de sens du service public ne seront pas nommées et combattues, les mêmes injustices continueront de se reproduire, au détriment des secteurs les plus essentiels et de la nation tout entière.
Honorable Justine LEKOGHO


Une réflexion sur “Corruption et Gel des Recrutements au Gabon: Une Analyse”