Du souci démocratique en Afrique

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La stigmatisation du repli ethnique procède ainsi d’un souci démocratique, parce que notre démocratie ne saurait s’organiser selon des considérations ethnicistes et tribalistes. La politique de l’ethnie charrie des images irrationnelles et subjectives qui paraissent s’opposer à la rationalité de l’Etat moderne que les gabonais ont patiemment construit depuis 1960.

La diversité ethnique est un fait mondial patent et tous les Etats de la planète, à de très rares exceptions, sont constitués de juxtapositions de populations appartenant à des ethnies différentes et cela en dépit de l’immense mouvement de brassage et de métissage, caractéristique de l’époque contemporaine. Si la diversité reconnue peut idéalement etre considérée comme un facteur d’enrichissement mutuel, il n’en est pas moins vrai que son exploitation à des fins bassement politiciennes peut faire surgir des conflictualités multiples.

D’ailleurs, la violence ethnocidaire enregistrée dans plusieurs régions du monde, avec son cortège de massacres à des fins d’épuration ethnique ou d’exodes forcés de populations en vue d’une homogénéisation des occupants d’un pays géographique, constitue la preuve que ces diversités peuvent être un obstacle évident à la construction nationale, à la démocratie tout simplement. Souvent le déclencheur de ces crises existentielles nationales est d’ordre politique ou économique. Il provoque une réaction en chaine qui se traduit alors par une série d’explosions et de destructions qui finissent par atteindre et remettre en question les assises mêmes de la nation.

Malgré la sévérité du constat relatif à l’exaltation du réflexe ethnique, la seule alternative qui permet de figurer les grandes lignes d’une perspective d’organisation de la vie nationale, en vue de donner son sens au vouloir-vivre commun, reste la consolidation de la démocratie qui implique le combat d’idées, la compétition électorale, et l’existence des libertés publiques. Mais, convenons-en, la démocratie est fragile parce qu’elle exige beaucoup des habitants du pays qui l’a adoptée. Elle repose sur une idée de l’homme que certains jugent dangereusement optimiste: le civisme, l’esprit de tolérance, le respect du droit ne sont pas des vertus innées. Il faut les apprendre, car la société démocratique incline nécessairement à la paix. La démocratie est dévoyée et confine à l’anarchie quand la liberté se confond avec la licence. Elle est viciée quand on veut la faire reposer sur des bases douteuses, sur des solidarités primaires mal comprises, tels que le tribalisme, l’ethnisme et le régionalisme.

SKB

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