
Le 2ème forum IT Gabon tenu le 3 décembre 2015 dernier à Libreville, a réuni une cinquantaine de participants, dont une majorité de DSI ( Directeurs des Systèmes d’Information) gabonais des secteurs publics et privés, avec leurs partenaires spécialisés nationaux et internationaux.
Habituellement, les forums IT sont l’occasion d’un dialogue entre les DSI et leur ministre, ainsi que les agences de l’administration en charge du numérique. Tel n’a pas été le cas à Libreville où le représentant inscrit du ministère n’est pas venu, tandis que l’ANINF, qui était l’un des partenaires stratégiques du forum, a également brillé par son absence au grand dam des participants, désireux de concertation. Ce faisant, ils ont laissé le soin aux DSI des secteurs publics et privés de débattre entre eux, et à la presse de relayer leur message auprès d’eux, ainsi que des politiques et des acteurs économiques gabonais.
Les débats, très professionnels, ont été introduits par Alain Ducass , expert spécialisé dans la transformation numérique de l’Afrique, qui a commenté le nouveau classement du Gabon dans le rapport 2015 de l’Union internationale des Télécommunications sur la société de l’information.
Le forum a mis en évidence des bonnes pratiques numériques de quelques acteurs du Gabon, et notamment :
• la DGDI avec ses « e-visas » très apprécié des visiteurs étrangers,
• la douane avec son guichet unique du commerce extérieur, en cours d’élaboration,
• la DGI avec la plate-forme « e-tax », et la DGTCP avec sa plate-forme « e-services » pour les fournisseurs de l’État,
• la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), avec ses réalisations en matière de biométrie, de télédéclaration ou d’e-recrutement, et son projet ambitieux « CNSS numérique 2016 » porteur de nombreuses innovations ;
• la société Addax petroleum avec ses innovations en matière d’organisation IT et telecom.
Le forum a permis au DSI de se familiariser avec quelques bonnes pratiques internationales présentées par des fournisseurs et sociétés de conseils présentes, et en particulier les sponsors du colloque :
• SAP avec sa nouvelle organisation africaine et son recentrement stratégique permettant désormais de satisfaire les besoins des PME
• Gainde 2000 avec son guichet unique qui au Sénégal de raccourcir de 58 à 9 jours le temps de dédouanement, a plate-forme APIX, sur la création d’entreprises, qu’il est désormais possible de faire en ligne en mois de deux heures, entreprises entre mai et octobre 2015 avec un délai moyen de création en ligne de 2 heures etc.
• GD expert, avec son expertise sur les cinq étapes de la chaîne de la dématérialisation des documents et de l’information (data) qu’elle contient. Si les DSI parviennent à capturer, gérer, accéder, intégrer, mesurer, archiver les informations de l’entreprise, il est apparu qu’ils pourront réduire les coûts d’archivage, contrôler la diffusion de l’information, maîtriser les flux documentaires et renforcer la collaboration.
• Olium et Bearing Point avec leur vision du numérique comme facteur de la transformation des processus économiques vers plus d’efficience, de valeur ajoutée, de participation des usagers et collaborateurs actionnée par des technologies clés : internet, réseaux sociaux, mobilité, cloud, big data et confiance numérique
Plus généralement, les DSI et les experts internationaux qui sont intervenus au forum ont échangé sur le rôle du numérique dans la modernisation des entreprises et des administrations et sur leur propre rôle dans le processus de transformation numérique du Gabon. Ils ont estimé qu’ils étaient légitimes pour définir et mettre en œuvre la stratégie de transformation numérique au sein de leurs organisations, à condition d’être en permanence force de conseil et de proposition, d’englober dans la DSI les dimensions « Organisation » et « Processus » et de faire évoluer les pratiques, la culture et les compétences de leurs équipes :
• l’agilité devient la règle, les DSI épousent les méthodologies de développement agiles et intègrent les experts métiers dans les équipes projets.
• la curiosité pour les métiers de l’entreprise, le respect du client, une attitude « pro business » sont devenues des qualités indispensables des candidats aux postes d’informaticiens.
• l’élaboration préalable du modèle économique des projets, et l’évaluation de leur retour sur investissement, sont désormais exigés de leur direction générale, mais les DSI ont insisté sur le fait que tout ne peut pas être planifié, et que les entreprises désireuses de s’engager dans la transformation numérique doivent accepter une part de risque.
• la maîtrise du SI (re)devient une priorité stratégique, et les décisions d’externalisation / infogérance deviennent plus sélectives, l’important étant que l’entreprise soit en permanence capable de tenir ses engagements de niveaux de services vis à vis de ses clients.
Pour remplir plus efficacement leur métier, les DSI ont évoqué une série de difficultés dans l’espoir d’être entendus par le Gouvernement. Ils ont notamment cité :
• la fracture numérique géographique ou sociologique, qui fait qu’actuellement la société de l’information gabonaise profite pleinement à environ 15 % de la population qui a la chance d’habiter dans une zone disposant d’une électricité fiable et couverte par des réseaux de télécommunication à haut-débit, tout en disposant de revenus suffisants pour acquérir un ordinateur ou un smartphone et pour payer le coût des liaisons à haut-débit ? ;
• l’absence d’un cadre législatif stable, sachant qu’il y aurait sept textes de loi sur la table du gouvernement , tandis que les professionnels ont besoin de visibilité ;
• la difficulté de connexion des sites distants avec un taux de fiabilité suffisant, et un coût abordable,
• l’instabilité de l’électricité à certains endroits et le coût élevé des énergies renouvelables
• la résistance au changement des populations âgées ou mal informées sachant qu’en matière numérique, les personnes qui les ont connues en demandent plus tandis que les autres n’en voient pas l’intérêt,
• la présence insuffisante des partenaires économiques sur le territoire et, par exemple, la répartition inégale des agences bancaires,
• l’absence d’un data center national permettant de mettre en œuvre des solutions déportées (cloud)
• un besoin transparence sur les projets publics comme IBOGA (Identification. Biométrique Officielle au Gabon) ou RAG (Réseau de l’administration gabonaise) et, plus généralement, sur l’avancement du volet numérique du plan stratégique Gabon émergent, constitué des onze actions du plan sectoriel « Economie numérique et communication »
• Un besoin d’adaptation du système de formation gabonais existants sachant que plusieurs DSI présents ont signalé qu’ils n’employaient actuellement que des personnes formées à l’étranger ou formées au Gabon après une expérience dans des entreprises étrangères.
Plusieurs recommandations ont été formulées pour améliorer les compétences IT gabonaises et favoriser le recrutement de jeunes diplômés gabonais, notamment : renforcer et pérenniser l’Institut Africain de l’Informatique, dont la qualité de l’enseignement est reconnue ; organiser la profession pour peser davantage sur les politiques publiques d’enseignement ; se regrouper pour financer des programmes de formation.
A titre d’information, Mohamadou Diallo, journaliste informatique en France, a créé la société CIO Mag pour répondre aux attentes des DSI africains en matière d’information
Il édite la revue Cio Mag, un bimestriel destiné aux Directeurs des Systèmes d’information (DSI) d’Afrique francophone, actuellement tirée à 9 000 exemplaires et distribuée en France et dans tous les pays d »Afrique francophones. Une lettre électronique hebdomadaire complète le dispositif avec des informations sur l’actualité du numérique en Afrique francophone.
Avec son équipe et ses partenaires dans chaque pays, il incite les DSI des pays francophones à se fédérer pour s’aider mutuellement dans la profonde mutation qui touche leur métier (voir la fiche)
Pour leur permettre de se rencontrer et de rencontrer leurs partenaires, CIO Mag organise des rencontres annuelles appelées forum IT dont la deuxième édition vient de se tenir à Libreville.
Cio Mag a réalisé 27 forum IT en Afrique et en Europe depuis 2008 : 7 éditons en Côte d’Ivoire, 5 éditions au Sénégal, 5 éditions en France, 2 éditions au Maroc, 2 éditions au Congo Brazzaville, 2 éditions au Cameroun, 2 éditions en Algérie, 1 édition en Tunisie, 1 édition au Burkina Faso, 2ème édition au Gabon.
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