La société de l’information gabonaise et les DSI gabonais

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D’après le rapport 2015 sur la mesure de la société de l’information , le Gabon a progressé de 2010 à 2015 :

En matière d’accès :
_ Abonnements au téléphone fixe : 2 % → 1 %
_ Souscriptions au téléphone mobile : 104 % → 210 %
_ Liaisons internationales (Bit/s/internaute) 6,88 → 19,66
_ Maisons avec un ordinateur 7,6 % → 12,5 %
_ Maisons reliées à internet 6 % → 9,7 %

En matière d’usage :
_ Nombre d’internautes 7,2 % → 9,8 %
_ Liaisons haut-débit fixes 0,3 % → 0,6 %
_ Liaisons haut-débit mobiles 0 % → 0 %

En matière de compétences
_ Enseignement secondaire 53,9 % → 53,9 %
_ Enseignement supérieur 8,5 % → 8,5 %
_ Taux d’alphabétisation 82,3 % → 85,2 %
Par contre, les autres pays ont progressé plus rapidement que le Gabon qui a perdu du terrain dans le classement mondial :

2010 2015
En matière d’accès : 117 → 121
En matière d’usage : 139 → 157
En matière de compétences 126 → 132
Sur l’ensemble (IDI index) 122 → 133

Le Gabon reste un des pays africains francophones leaders, mais il a perdu sa 1ère place au profit du Sénégal, beaucoup moins bien pourvu que lui en ressources naturelles. Voici le classement des pays africains francophones à l’indice IDI de l’UIT de 2015 :

Sénégal 132 (+ 5)
Gabon 133 (- 11)
Gambie 135 (- 6)
Côte d’Ivoire 137 (+ 5)
Congo 141 (- 5)
Mali 145 (+ 10)
Cameroun 147 (+ 2)
Bénin 151 (- 4)
Togo 152 (- 7)
Burkina Faso 159 (+ 6).

Par ailleurs, au cours des dernières années, le métier de directeur des systèmes d’information (DSI) a profondément évolué, en passant d’un développeur et exploitant informatique à un véritable architecte d’entreprises.

Généralement, en charge de la gestion du parc informatique de l’organisation, le DSI a pour notamment mission de gérer l’ensemble des outils et des logiciels composant le parc informatique. Il y a quelques années, et encore parfois de nos jours, les DSI se focalisent sur la gestion quotidienne de leur environnement de travail qui a de quoi les occuper puisque ces outils vont des applications aux données en passant par les infrastructures nécessaires au stockage, aux sauvegardes, aux impressions ou encore aux télécommunications.

Certains n’ont pas pu voir venir les principales mutations intervenues lors des dernières années. Très logiquement, ils sont alors considérés au Gabon, et un peu partout en Afrique, comme centre de coûts apportant un service informatique aux pôles métiers de l’entreprise, et donc écartés des hautes instances de décision.

Cet état de fait est en train d’évoluer car un nombre croissant de DSI cherche à anticiper sur les évolutions technologiques, et ils deviennent capables de proposer des choix stratégiques innovants. Ils renforcent ainsi leur légitimité dans le processus de la transformation numérique en cours.

Dans cette optique, l’agilité devient incontournable en collaboration avec les Directions métiers, ils se doivent de travailler en vue d’harmoniser les processus. D’un point de vue opérationnel, la DSI doit donc disposer à la fois d’une forte compétence technique, ce qui est nécessaire pas suffisant, mais aussi des aptitudes en termes de management et de gestion de projets.

La société Performancesgroup a présenté une enquête inédite sur la maturité numérique des entreprises et des administrations gabonaises et sur les modalités de Gouvernance de leurs SI . Cette enquête fondée sur les 24 outils permettant de piloter un système d’information donne les résultats suivants :
• presque toutes les entreprises interrogées utilisent l’internet, la voix sur IP, les imprimantes partagées et une partie seulement débute avec des outils de Web conférence.
• leurs projets informatiques portent sur l’interconnexion des réseaux et es applications métiers (60%), des outils de collaboration (50%), les ERP (40%), les SI décisionnels (20%) et les CRM (10%).
• les principales tendances technologiques qu’elles ont signalées, sont la virtualisation et la dématérialisation (50%) l’archivage ou GED (40%), le Cloud (30%).
• Une grande majorité des entreprises interrogées possèdent un schéma directeur des systèmes d’information aligné sur les objectifs stratégiques de leurs entreprises tandis qu’une partie seulement de leur DSI sont membres du comité de direction de l’entreprise .
Lors du forum IT, les sociétés Performancesgroup et CIO Mag ont décidé de coopérer pour pérenniser ce baromètre de la maturité informatique des entreprises, en permettant des comparaisons d’un pays à un autre.

S’agissant maintenant des DSI, ils doivent « nager à contre-courant » pour faire évoluer l’informatique d’un simple poste de coût à un poste de services qui contribue activement à la réussite de l’entreprise. Ils appellent alors de leurs vœux une plus franche collaboration entre eux, avec le monde académique et avec l’administration, ce qui nécessite la mise en place d’un cadre de concertation qui devient force de proposition pour les professionnels, les politiques et enfin le monde académique.

Ainsi, au terme du colloque, les DSI présents ont été unanimes pour plébisciter la création d’un club des DSI gabonais pour poursuivre les travaux du forum, réfléchir ensemble aux solutions à apporter aux problèmes toujours nouveau du métier de DSI en pleine évolution et contribuer au débat national sur le numérique.

Le débat a plutôt porté sur les modalités de ce club, et notamment le statut des membres personnes physiques ou entreprises, les modalités d’adhésion, le statut du club, sa gouvernance et son plan d’action. Une dizaine de volontaires ont décidé de constituer un groupe de préfiguration.

L’expérience des clubs des autres pays a montré les diverses retombées possibles :
• – Promouvoir les bonnes pratiques
• – Promouvoir l’échange des meilleures pratiques en vue de faire émerger l’excellence
• – Faire sortir le DSI de son isolement (fondamental)
• – Défendre et faire valoir les intérêts légitimes de la fonction DSI face aux patrons, face aux autres corps de métiers
• – Devenir une force de proposition pour participer et contribuer activement au débat sur le développement du numérique.
• Contribuer à l’avènement d’une véritable économie numérique,
• – Coopérer avec le monde académique pour orienter les profils et les enseignements dont l’entreprise/l’administration aura besoin

Même si, le dialogue avec les autorités en charge du numérique n’ont pas été possible à ce stade, les DSI gabonais ont décidé de ne pas baisser les bras et de suivre cet adage : « Au Gabon on aime voir avant de croire, construisons et ils viendront ».

Qu’à cela ne tienne l’expert français de la transformation numérique de l’Afrique, Alain Ducasse a posé un regard sur le Gabon de la manière suivante: En arrivant pour la première fois au Gabon, il a été frappé par la richesse du centre de Libreville, qui transparaît dans la beauté des bâtiments officiels de la ville, et par des services de qualité, à des prix très élevés.

A l’heure de la COP 21, une inscription devant le ministère de l’énergie a frappé son esprit : « Les richesses naturelles s’épuisent, mais l’innovation ne s’arrête jamais. »

Il lui a semblé que ce slogan officiel pourrait utilement aider le Gabon à reprendre un nouveau souffle dans le numérique, où il a perdu sa place de premier, sous réserve que trois conditions soient respectées :
• libérer la parole des décideurs, qui reste en deçà de celle qu’elle pourrait être, comme j’ai pu le constater, en observant que le Gabon était le seul pays africain, où personne, lors du forum IT, n’avait pointé cette vertu bien connue du numérique, à savoir qu’il contribue à la lutte contre la corruption,
• libérer l’innovation numérique des employés qui, pour ce que j’en ai vu, s’autocensurent en attendant les ordres officiels du patron, comme s’ils étaient des enfants,
• libérer les potentialités des jeunes qui sont en général plus performants que les anciens pour maîtriser les technologies numérique et en tirer de la valeur, mais qui sont souvent découragés par les obstacles quotidiens, les obligeant par exemple à se lever au cœur de la nuit pour affronter les embouteillages et « les mange-mille », avant d’arriver au travail.

Il retiendra de nombreux enseignements de son premier séjour au Gabon, et en particulier le fait que :
Les ressources de la terre s’épuisent, mais celles des Gabonais ne demandent qu’à s’exprimer.

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