
Dans un contexte international marqué par des crises, des conflits armés et des tensions de toute nature, y compris la barbarie terroriste, la rencontre de Libreville sur « Les rôles et responsabilités des médias dans les processus de consolidation de la paix », trouve tout son sens.
En effet, aux quatre coins de la planète, des populations se trouvent soumises à un flot continu d’attaques et de menaces que l’humanité n’avait pas connu avec une telle intensité.
Il en est de même des vagues migratoires dont l’ampleur et la persistance menacent la stabilité des Etats et des équilibres régionaux.
Tous ces phénomènes se trouvent scrutés, analysés, diffusés et amplifiés par les médias traditionnels, et par les nouveaux médias qui sont devenus leurs pendants naturels grâce aux réseaux sociaux.
De fait, les médias ont aujourd’hui une fonction et une puissance centrales dans la vie internationale, en ce qu’ils donnent à chaque évènement une résonnance planétaire que nul ne peut nier.
Les nouveaux médias, quant à eux, accordent la parole et la visibilité à chacun. Ce qui fait de chaque individu un témoin, un commentateur, un amplificateur du « fait » dont il n’a que vaguement connaissance.
Ainsi, à l’aide d’un simple téléphone portable, chacun peut-il devenir un émetteur, un récepteur, un agitateur, un facilitateur de paix autant qu’un fauteur de troubles.
L’Afrique, qui a salué avec bonheur le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, -en ce qu’ils sont facteurs de développement et de croissance économique- doit aujourd’hui faire face aux effets pervers de ces technologie, déclinées en différents vecteurs d’information, de désinformation et trop souvent hélas, de manipulation.
L’utilisation des réseaux sociaux par des filières djihadistes, terroristes et mafieuses déborde désormais les cadres juridiques de gestion des risques par les Etats.
Les médias traditionnels, confronté à la concurrence grandissante de ces réseaux sociaux, perdent de plus en plus la distance nécessaire au traitement et à la diffusion de l’information. La course au scoop s’en trouve ainsi amplifiée.
La rumeur dans nos sociétés de l’oralité prend désormais le pas sur l’information collectée, traitée et diffusée selon les règles simples qui guident le métier de journaliste.
C’est dans ce contexte trouble des faisceaux et des canaux d’informations que le continent africain doit affronter de nouvelles menaces.
Et la sous-région Afrique centrale, confrontée au terrorisme, à la piraterie maritime, au braconnage des espèces fauniques protégées, de même qu’à de nombreuses tensions sociales et politiques internes à certains États, s’organise.
Avec le soutien de la communauté internationale et des organismes multilatéraux, elle lutte pour éradiquer ces menaces et retrouver la paix, ce bien précieux qui ne s’apprécie véritablement que lorsqu’on l’a perdu.
C’est donc le lieu et l’occasion de saluer l’aide multiforme de la Communauté Internationale pour son action dans la résolution des conflits sur le continent africain.
C’est également l’occasion de remercier mes pairs, Chefs d’État d’Afrique centrale, pour la lutte acharnée contre ces nouvelles menaces, grâce notamment aux différents instruments de la CEEAC.
L’histoire du Gabon est incontestablement liée à une longue tradition de dialogue et paix. Ces deux valeurs, forgées et consolidées par des rencontres et des échanges séculaires, constitue aujourd’hui l’ADN de la société gabonaise.
Par une visibilité sans conteste sur la scène continentale, le Gabon a toujours apporté sa part à la résolution des conflits.
Cette vocation historique à la paix et à la fraternité, le Gabon entend la consolider sur son propre sol d’abord, et auprès de tous ceux qui en éprouveront le besoin.
Au plan national, nous avons su améliorer, grâce à la contribution des uns et des autres, notre système électoral et nos référents démocratiques.
Nous nous sommes en effet dotés d’un code électoral parmi les rigoureux au monde.
Combien de pays en effet peuvent, comme nous l’avons fait par souci de transparence, impliquer les partis politiques de la Majorité et de l’Opposition dans le processus d’élaboration de la liste électorale, dans l’organisation du scrutin, et jusqu’à la proclamation des résultats ?
Combien de dispositifs électoraux de par le monde prévoient que tout candidat soit représenté dans chaque bureau de vote à travers le territoire et en dehors selon le cas ?
Combien de dispositifs électoraux prévoient enfin de donner à chaque candidat un exemplaire du procès-verbal du déroulement du scrutin dans chaque bureau de vote ?
Comme on peut le constater, sans être exhaustif dans notre présentation, le dispositif électoral gabonais est aujourd’hui gage de transparence et de sincérité des résultats.
On demeure profondément attaché à l’exercice des libertés et principalement à la liberté de la presse.
Notre engagement dans ce domaine vise à améliorer les conditions d’exercice du métier de journaliste de même que les conditions de collecte de l’information.
Mais cette liberté de la presse, n’est à comprendre que dans la mesure où, aux droits octroyés correspondent autant de responsabilités pour les acteurs dans des contextes très sensibles de veille des élections aussi bien présidentielles que législatives.
Il ne s’agit pas de produire une lecture du journalisme et des médias qui soit biaisée.
Bien au contraire, il faut inviter les uns et les autres à travailler avec responsabilité, à lutter contre l’instrumentalisation, la désinformation, la manipulation afin de permettre une libre expression de la démocratie dans un climat politique et social apaisé.
Il est question également d’explorer les outils et mécanismes dont peuvent disposer les médias pour contribuer à l’établissement de la paix et de la stabilité de nos États.
Le partenariat qui se veut dynamique entre le Gouvernement de la République Gabonaise et l’UNITAR vise donc à atteindre ces objectifs. Seule une collaboration active et permanente des différents acteurs permettra d’y parvenir.
SKB

