
On vit dans un monde en constante mutation, qui connait parfois des ruptures et des transmutations. Des mutations de toute nature et à des degrés variés. Naturellement la politique ne peut échapper à ce cycle de conversion.
La politique étant avant tout l’art et la pratique de gouverner la société, tout au tant que la volonté de conquérir et de conserver le pouvoir. L’histoire nous apprend qu’un pays qui reste en retrait de ces conversions, de ces transformations, risque une fâcheuse déconnexion, source de crises et de conflits récurrents qui perturbent la paix et plombent son développement.
Aussi, pour prévenir les crises et les raptus populaires déplorables, il est judicieux que, périodiquement, un pays fasse l’évaluation de sa gouvernance politique, sociale, culturelle et économique. Et, le cas échéant opère, à son rythme, les reformes, les ajustements qui s’imposent. Il paraît tout autant souhaitable, qu’à l’occasion, les gouvernants associent toutes les forces vives, les représentants des courants de pensée, afin de revisiter ensemble les instruments de la gouvernance et, si nécessaire, de proposer des pistes de solution consensuelle aux crises multiformes qui surgissent ça et là.
Par ailleurs, et c’est dans la nature des choses, il arrive que l’affrontement politique démocratique entre le pouvoir et l’opposition, génère des dissensions, que le combat politique dégénère en crise, que la polémique habituelle se traduise en violente discorde et que le débat républicain déserte les espaces appropriés pour déraper dans la rue, rue par nature incontrôlable, et que le fil de la confiance s’effiloche dangereusement.
Dans ces discordances parfois extrêmes que constituent la réalité des problèmes politiques, les solutions adéquates restent toujours politiques, croyons-nous. C’est dans cette optique que le CND (Conseil National de la Démocratie) avait proposé dans sa 7ème recommandation, la voie du Dialogue encadré, l’organisation d’une concertation nationale à l’initiative du Chef de l’Etat. Le CND qui est une plate-forme de cogitation, de réflexion, de débats contradictoires et de propositions, mais aussi plateau de capacité d’écoute et d’analyse où siègent tous les 56 partis politiques légalement reconnus qui sont effectivement l’émanation de la population gabonaise.
En effet, le Gabon étant par tradition, un pays de dialogue, cette suggestion semble aller de soi, dans un contexte de tension socio politique aigu. Le souci majeur au Conseil étant d’agir ensemble sur l’histoire de notre pays et d’œuvrer également dans la recherche de solutions efficaces et durables qui pèseront significativement sur notre destin commun.
Le Dialogue que nous voulons ne doit pas être qu’un dialogue politique. Il doit être un dialogue civil, un dialogue social, un dialogue culturel, un dialogue intergénérationnel, un dialogue impliquant tous les gabonais, militants ou non des partis politiques ou des associations. Un dialogue duquel doit naitre un pacte républicain définissant comment vivre le mieux possible ensemble.
Le dialogue est inné dans la société gabonaise, notre constitution actuelle est d’ailleurs le produit d’un dialogue. Les consultations nationales permanentes pour l’élection présidentielle, pour l’élection du parlement et d’autres élus locaux reposent sur le fondement d’un dialogue permanent au Gabon. Le législateur a élargi ce dialogue en allant plus loin par la création du Conseil National de la Démocratie avec une implication étendue sur les conditions d’organisation des élections dans notre pays.
Aussi convient-il d’insister sur le fait que le CND doit être un organe d’encadrement, d’appui et de proposition pour que la politique nationale trouve ici toute sa place dans l’œuvre démocratique de construction nationale. Ainsi notre héritage commun pourra mieux y être organisé.
SKB

