

L’African Transformation Forum (ATF), qui s’est déroulé les 14 et 15 mars à Kigali, au Rwanda, s’est conclu par le lancement officiel de la Coalition pour la transformation en Afrique – un réseau d’experts de différents secteurs et pays pour engager des réformes politiques et institutionnelles. L’ATF a été organisé par l’African Center for Economic Transformation (ACET) et le gouvernement du Rwanda.
K.Y. Amoako, président de l’ACET, a expliqué que la Coalition pour la transformation de l’Afrique regrouperait des acteurs des secteurs privé et public répartis en sections, chacune centrée sur des questions spécifiques. Les sections continueront à travailler et à se réunir et présenteront leurs travaux à l’occasion du prochain Forum.
Paul Kagame, Président de la République du Rwanda, a prononcé un discours détaillé sur la manière dont ce petit pays a pu se développer grâce à la participation importante des citoyens pour renforcer l’économie.
Dede Amanor Wilks, consultante en développement à la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a été vivement applaudie lors de son discours en affirmant que les femmes étaient la clé de la révolution verte en Afrique. « Les gouvernements doivent aller beaucoup plus loin pour améliorer la situation des femmes s’ils veulent encourager la transformation de l’agriculture », a-t-elle souligné.
L’une des solutions proposées est la création de coopératives agricoles tenues par des femmes. Celles-ci permettraient d’inciter au changement et d’assurer l’indépendance économique des femmes dans les sociétés africaines.
Alemayehu Konde Koira, responsable des programmes liés aux ‘Opportunités économiques pour la jeunesse’ à la MasterCard Foundation, a ajouté que la transformation agricole dépendait également des jeunes : « On a longtemps abordé l’agriculture sous un mauvais angle. On l’a considéré comme un secteur social où l’objectif était d’améliorer la vie de gens pauvres dans des zones rurales. Mais l’agriculture est une activité commerciale. Les semences représentent une industrie, de même que les engrais, le stockage, la valeur ajoutée, la logistique et les transports. »
Inclusion financière
L’élargissement de l’accès aux services financiers a fait l’objet d’une discussion animée. Les membres du panel ont soutenu que les citoyens ruraux devaient avoir accès au système financier africain pour que la transformation économique soit véritablement inclusive.
Les participants – parmi lesquels figuraient Thomas Kigabo de la Banque centrale du Rwanda, Amolo Ng’weno de Bankable Frontiers Associates, et Henry Kerali, directeur pays à la Banque mondiale – ont débattu des moyens qui permettraient aux établissements financiers d’atteindre les petites et moyennes entreprises dans les zones rurales.
Beaucoup d’entre elles sont privées des capitaux dont elles auraient besoin pour offrir davantage de services aux communautés locales et s’étendre. Compte tenu du fait que les PME représentent environ 90 % de la création des emplois africains dans les secteurs formel et informel, les membres du panel ont jugé qu’il était temps d’agir. Ils ont conclu que les banques commerciales considéraient trop souvent les PME comme un investissement risqué – plutôt que comme une opportunité commerciale viable. Les gouvernements doivent formuler des politiques pour encourager la croissance des PME, faciliter leur accès aux capitaux, et supprimer des réglementations coûteuses. Une formation – dispensée par des bureaux d’information sur le crédit – aiderait les PME à obtenir les financements qu’elles sollicitent.
D’autre part, il serait utile de piloter des programmes de crowdsourcing auprès de la diaspora africaine afin d’obtenir des fonds pour les PME qui souhaitent se développer. Les délégués ont précisé qu’il était indispensable d’aider les entreprises à se transformer en géants commerciaux présents sur l’ensemble du continent africain.
Le commerce et l’intégration régionale
Richard Sezibera, secrétaire général de la Communauté de l’Afrique de l’Est a souligné qu’il était nécessaire de faciliter le commerce pour parvenir à la transformation économique. Les marchés intérieurs africains sont simplement trop petits pour permettre aux industries locales de réaliser des économies d’échelle. À moins de 13 %, le continent affiche de loin le taux de commerce interrégional le plus faible du monde, alors que le coût des échanges dans les pays africains est plus élevé qu’ailleurs. Selon lui, de nombreuses politiques ont été mises en œuvre pour promouvoir le commerce au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Ce commerce est passé de 10 % à 26 % en moins de dix ans au Rwanda – ce qui constitue un progrès important.
Richard Newfarmer de l’International Growth Centre, a insisté sur le fait que le réel problème était celui des barrières au commerce intra-régional. La facilitation du commerce est cinq fois plus importante pour l’augmentation des exportations que la négociation des tarifs douaniers, a-t-il indiqué. Mais le coût des échanges est toujours beaucoup trop élevé. L’Afrique de l’Est est une rare exception. La région a accompli de grand progrès ces dix dernières années : le coût des échanges a chuté, les délais d’attente au port de Mombasa sont passés de 13,5 jours à 5,8 jours et les temps de parcours à partir du Kenya ont été réduits de moitié, pour atteindre deux jours. Ailleurs, le coût des échanges demeure exorbitant. Enfin, il a conclu que l’Afrique devait trouver des solutions simples en collaborant avec l’Organisation mondiale du commerce pour avoir plus de poids sur le plan international.
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