
Sur une autre planète tout au long de la saison, Stephen Curry a été le premier MVP à être élu à l’unanimité dans l’Histoire de la NBA. Que ce soit par ses performances exceptionnelles ou par son style de jeu unique, le meneur de jeu des Golden State Warriors est aujourd’hui la tête d’affiche de la plus grande ligue de basket au monde.
En remportant officiellement son second trophée de MVP d’affilée mardi dernier, Stephen Curry est entré dans le cercle très fermé des joueurs ayant remporté cette distinction deux années de suite. Ils ne sont que onze, depuis 1956, à avoir réalisé cet exploit. Parmi eux, on retrouve évidemment les plus grands noms qui ont donné au basket ses lettres de noblesse, comme Kareem Abdul-Jabbar, Magic Johnson, Larry Bird, Michael Jordan ou encore LeBron James et Tim Duncan, ces deux derniers étant toujours en activité. Cependant, aucun d’entre eux ni aucun autre MVP dans l’Histoire de la NBA n’avait réussi à mettre d’accord l’ensemble des votants afin d’être élu à l’unanimité. Est-ce que cela signifie que Stephen Curry a effectué la meilleure saison individuelle de tous les temps ? Pas forcément. Est-ce que cela montre que le meneur de jeu des Warriors est tout d’un coup devenu le joueur le plus dominant à avoir foulé un parquet NBA ? Non plus. Mais est-ce que cela prouve à quel point il a écrasé la concurrence cette saison ? Absolument.
Avec 30,1 points, 5,4 rebonds, 6,7 passes décisives et 2,1 interceptions (meilleur intercepteur de la NBA) de moyenne, le tout à des pourcentages au shoot ahurissants (50,4 % au tir, dont 45,4 % à trois points et 90,8 % aux lancers francs) et le record NBA de trois points en prime (402 tirs primés inscrits cette saison !), Stephen Curry a survolé les débats et a permis à son équipe de réaliser ce que beaucoup pensaient encore impossible il y a quelques mois, à savoir battre le record du nombre de victoires en une saison qui était détenu par les mythiques Chicago Bulls de 1995-1996 (73 victoires pour les Warriors cette saison, soit une de plus que les Bulls de l’époque). Mais plus que les chiffres, c’est sa façon de faire le spectacle (avec des tirs impossibles et des dribbles qui ont brisé plusieurs chevilles) et de dominer ses adversaires impuissants qui rend sa campagne si exceptionnelle. Considéré par la plupart des spécialistes comme le plus grand shooteur de tous les temps (à juste titre), Curry laisse cette impression rare d’une grande supériorité, comme s’il venait d’un autre monde. A de nombreuses reprises cette saison, il semblait tout simplement intouchable, imperturbable et incontrôlable, comme s’il était touché par la grâce de ce Dieu qu’il a remercié lors de son discours d’acceptation du Maurice Podoloff Trophy. Ce sentiment a notamment atteint son paroxysme il y a à peine une semaine à Portland, quand il a inscrit 17 de ses 40 points en prolongations (encore un record NBA) alors qu’il revenait tout juste d’une entorse du genou, ou encore le 27 février dernier lorsqu’il a battu presque à lui tout seul Oklahoma City (le prochain adversaire des Warriors en Playoffs) avec 46 points et un tir victorieux au buzzer d’une extrême insolence. L’utilisation de l’ensemble de ces superlatifs peuvent laisser penser qu’une pointe d’exagération voire de fanatisme se cache derrière ces lignes, mais il n’existe pas vraiment d’autres mots pour qualifier ce que réalise Stephen Curry cette année.
Elu MVP de la saison régulière à l’unanimité, Stephen Curry a cumulé des stats à titre individuel qui lui procurent une place à part dans l’histoire de la NBA. Voici la saison 2015-2016 du double MVP Stephen Curry en chiffres:
-Stephen Curry est le 3e joueur à finir la saison à plus de 50% de réussite aux tirs, 45% à 3 points et 90% aux lancers-francs. Les autres étaient Steve Nash et son coach actuel, Steve Kerr, lors de saison à 72 victoires de Chicago en 1995-96. .
-Stephen Curry est le 4e joueur à tourner à au moins 30 points, 6 passes décisives, 5 rebonds et 2 interceptions sur une saison après Rick Barry (1974-75), Michael Jordan (1988-89, 1989-90 et 1991-92) et Dwyane Wade (2008-09). .
-Stephen Curry a amélioré sa moyenne de points de 6,3 unités d’une saison sur l’autre (de 23,8 à 30,1). Jamais un MVP sortant n’avait réussi une telle performance.
-Stephen Curry est le onzième joueur à conserver le trophée de MVP après Bill Russell, Wilt Chamberlain, Kareem Abdul-Jabbar, Moses Malone, Larry Bird, Magic Johnson, Michael Jordan, Tim Duncan, Steve Nash et LeBron James. .
-Stephen Curry a battu son propre record de paniers à 3 points réussis en une saison de 116 unités. Il est le premier à passer la barre des 300… et des 400 ! .
Cette saison, il a réussi 402 tirs à trois points. Il faut se souvenir que jusqu’au début des années 1990, aucun joueur – hormis deux arrières un peu dingues nommés Michael Adams et Vernon Maxwell – n’osaient ne serait-ce que tenter 400 tirs à 3 points. Mêmes des cadors comme Reggie Miller, Glen Rice ou… Dell Curry, son père.
-Stephen Curry est le premier joueur de l’histoire à passer la barre des 30 points de moyenne en saison régulière (30,1) en ayant joué moins de 35 minutes en moyenne (34,2). .
-Stephen Curry a été classé premier dans le vote du MVP par les 130 journalistes interrogés et par le public, qui comptait pour une voix. Une unanimité inédite. .
Il avait manqué une voix à LeBron James en 2013, celle d’un journaliste du Boston Globe qui avait voté pour Carmelo Anthony. Même chose pour Shaquille O’Neal en 2000, à qui un commentateur de CNN avait préféré Allen Iverson. En 1996, à l’issue de la saison la plus marquante des Bulls, il avait manqué quatre premières places à Michael Jordan (deux pour Penny Hardaway, une pour Hakeem Olajuwon et une pour Karl Malone).
-Stephen Curry obtient plus de points (1310) que les deuxième (Kawhi Leonard, 634) et troisième (LeBron James, 631) cumulés.
Symbole parfait de la NBA actuelle qui est basée sur le tir extérieur, le small ball et le jeu rapide, Stephen Curry et ses Warriors sont en train de marquer l’Histoire de la NBA à leur manière, eux qui sont rapidement devenus le nouveau modèle à suivre pour les autres franchises de la ligue. Sorti de la petite université de Davidson et doté de qualités athlétiques loin d’être exceptionnelles, Curry n’était pas vraiment destiné à devenir le joueur qu’il est aujourd’hui, surtout lorsqu’on se souvient de ses nombreux problèmes de blessures (aux chevilles) qui ont ralenti son ascension lors de ses premières années dans la ligue. C’est en partie ce qui fait son authenticité mais des belles histoires, on peut en compter des dizaines. Par contre, il n’existe pas d’autres joueurs comme Stephen Curry. Jamais, dans l’Histoire du jeu, on avait vu un basketteur combinant un tel shoot avec de telles qualités de création (notamment pour se créer son propre tir) et de dribble. Autrement dit, celui que l’on surnomme parfois « Baby Faced Killer » fait partie de ces rares phénomènes de la balle orange qui ont su repousser les limites du jeu, le faire évoluer, le révolutionner.
Inutile donc d’entrer dans le jeu lassant des comparaisons, elles qui manquent souvent de cohérence et qui ne servent qu’à faire passer le temps. Au lieu de ça, il vaudrait mieux profiter tout simplement de ce magicien qui pourrait bien remporter un second titre NBA dans quelques semaines, accompagné du trophée de MVP des Finales en guise de cerise sur le gâteau.
BS

