Forum des associations de développement social: Une passerelle vers le succès

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Le Service de Coopération et d’Action culturelle de l’Ambassade de France au Gabon et Sao Tomé-et-Principe développe un ensemble d’actions visant à renforcer et à structurer la société civile gabonaise et santoméenne.

Comme en 2014 et 2015, l’évènement phare de ce plan d’action a été l’organisation d’un forum associatif dédié cette année aux associations de développement social et qui a eu lieu à l’Institut français du Gabon les 23 et 24 juin 2016 dernier.

Les associations gabonaises et santoméennes contribuent à la lutte contre la pauvreté et au développement social par de nombreuses initiatives sans pour autant arriver à rendre visibles leurs actions.

L’objectif du forum était donc de : (1) favoriser les échanges entre organisations non gouvernementales œuvrant dans les secteurs du développement social (tel que défini à Copenhague par les Nations Unies en mars 1995), (2) développer les synergies entre acteurs (ONG locales, organisations internationales non gouvernementales, partenaires institutionnels, etc.) et (3) mutualiser les bonnes pratiques en matière de gestion de projet.

Le forum a réuni sur les deux jours près de 223 participants, membres de 151 structures.

Près de quarante contributeurs sont intervenus : associations gabonaises de défenses des droits humains, d’insertion et de formation, des universitaires (Groupe de recherche sur le Genre de l’Université Omar Bongo), des associations santoméennes (Santa Casa de Miséricordia, Association des femmes juriste de Sao Tomé-et-Principe), françaises (Fédération Nationale Solidarités Femmes, Entrepreneurs du Monde, Institut Européen de Coopération et de Développement), africaines (Mutuelles d’Epargne et de Crédit de Congo), de fondation (Fondation SUCAF Gabon), des agences des Nations Unis (UNICEF, FNUAP), de la Délégation de l’Union Européenne et des Ministères sectoriels gabonais (Justice, Formation professionnelle et insertion de la jeunesse, Affaires sociales).

Pendant ces deux jours les associations gabonaises intervenant dans les secteurs de l’aide aux groupes sociaux vulnérables, des activités génératrices de revenu et de l’entreprenariat social, de l’insertion par l’emploi / la formation professionnelle et de la santé communautaire ont pu soit débattre lors de tables rondes dédiées aux différentes thématiques, soit assister à des ateliers de renforcement de compétences en matière de gouvernance associative, de conception de projet, de gestion et d’utilisation des TIC pour une communication associative plus efficace.

Dans les interventions, l’accent a été mis sur les actions dans la durée, la rigueur de l’utilisation des outils de financement, la professionnalisation des agents engagés dans l’exécution des programmes.

L’approche participative a été soulignée fortement, pour assurer la pérennisation des actions : part active prise par les bénéficiaires, intervention de volontaires (essentiellement des jeunes souvent provenant des quartiers sous intégrés et déconsidérés) qui trouvent une occasion de se valoriser.

Concernant les conditionnalités pour le partenariat entre les grandes organisations et les associations locales ; les critères pour l’éligibilité des projets, les réponses sont en termes de structuration des associations : la bonne gouvernance, la professionnalisation, l’abnégation et le sérieux dans le travail, surtout au moment de la conception et la mise en place des programmes. Le renforcement des capacités des gestionnaires et des équipes est capital pour les associations qui se veulent sérieuses.

« Ne pas trop disperser ses activités pour développer une expertise fine («on ne sait pas tout faire»!), mais diversifier les sources de financement, en particulier en allant voir du côté du privé (ex : fondations d’entreprises), en vendant des prestations, en faisant contribuer les bénéficiaires (cf. modèle « entreprenarial » IECD ; l’approche « humanitaire » Croix-Rouge n’est pas si éloignée en invitant les populations à contribuer concrètement par leurs travail/efforts, etc.) »

Au Gabon il y a peu ou pas de donateurs nationaux, les fonds proviennent surtout de l’extérieur (même dans le privé, cf. filiales de multinationales…). A Sao Tomé, les fonds publics sont nombreux mais arrivent tardivement et ne peuvent subvenir aux besoins des associations.
Pour que des ONG internationales viennent s’installer au Gabon, il faut -entre autres- que des fonds publics puissent être captés auprès des principaux partenaires techniques et financiers (PTF) et que le cadre légal soit incitatif (facilités juridiques, administratives, fiscales, etc.).

La dimension de « contribution » des bénéficiaires (sous une forme ou une autre) a régulièrement été rappelée. De même que le choix d’un « modèle économique » viable pour pouvoir durer.

Pour les intervenants, « il est temps de se responsabiliser et de changer de référentiel, de refuser la corruption, d’encourager l’engagement et le « sacrifice » (ex : les cotisations des OSC…) »

Il est noté que les jeunes s’engagent, sans rémunération en retour : ils sont acteurs de changement, se responsabilisent face aux problèmes. L’utilité et la reconnaissance qu’ils trouvent dans leur engagement les fidélisent et participent à changer l’image de la jeunesse. Mais il ne peut y avoir de bénévoles à temps plein sur la durée !

Fidéliser les bénévoles et s’assurer d’un vivier conséquent sont de réels enjeux pour les associations, qui reposent sur plusieurs facteurs : le partage d’une philosophie d’action et de changement, la formation, tenir à jour les fichiers de bénévoles et les associer ponctuellement sur des temps forts (en fonction des disponibilités), être rigoureusement transparents (possibilité de vérification, justifications disponibles…), etc.

Les intervenants reviennent sur « la « motivation » des bénévoles/volontaires qui peut être valorisée dans les demandes de financements auprès de certains PTF (prise en charge de transports, de repas…) »
Pour réussir dans la durée, il faut partir des besoins (des populations) et se centrer sur ceux-ci. Cela donne la légitimité à l’intervention, assure l’adhésion/acceptation (dépasse les résistances locales), permet de rester neutre/impartial (sans récupération politique).

Auxiliaire des pouvoirs publics, la Croix-Rouge gabonaise est parfois mieux acceptée que l’Etat sur le terrain.

Renforcer les acteurs locaux (OSC, IMF, organismes de formation/de santé…) prend du temps. La crédibilité et la notoriété se construisent progressivement, en même temps que sont prouvés probité, engagement, rigueur, transparence…

Le parallèle est fait avec l’appui aux individus dans le cadre de la formation professionnelle et de l’insertion à l’emploi : le renforcement des capacités des partenaires locaux nécessite un accompagnement de long terme, et une optique tournée vers l’investissement dans les ressources humaines.

NB : Tout au long du Forum, cette dimension d’accompagnement (d’OSC…) et d’encadrement (de jeunes, étudiants, micro-entrepreneurs, personnes formées…) ressortira fortement pour en souligner le degré d’exigence, le besoin de proximité, et la nécessité d’un appui régulier et constant à moyen-terme.
Il faut avant tout : 1/ la volonté de s’améliorer/la motivation de progresser ; 2/ un esprit d’ouverture (chercher à se rapprocher d’autres structures, donner à voir) et une exigence de rigueur ; 3/ ne pas voir trop grand tout de suite : s’étendre et croître par étapes, progressivement.

Le respect des fondamentaux associatifs est un vecteur essentiel d’accès aux partenariats, aux financements, etc. Les OSC doivent travailler pour aller vers l’excellence si elles souhaitent recevoir des fonds et remporter les appels à projets dans un contexte de forte concurrence et de peu de moyens à capter. La dimension de « veille » sur les financements (et possibilités d’accompagnement) disponibles est essentielle, de même que la volonté d’apprentissage (ex : bien lire les termes de référence (TdR), poser des questions, s’y prendre à temps, tirer les leçons, etc.).

Très important, la nécessité de s’assurer d’une bonne structuration et organisation internes : ne pas cumuler les fonctions et bien se répartir les tâches/rôles, pouvoir transmettre les valeurs et les compétences (éviter le turn-over rapide) pour être identifiés sur des métiers forts, asseoir des procédures administratives et financières claires, chercher à progresser en ingénierie de projet, etc.

NB : Une participante a souligné le fait que, depuis la fin de Progreane, il n’existe plus de cadre institutionnalisé pour permettre aux OSC d’être formées, de se rapprocher, de progresser… (de même, le dernier jour du Forum, la dimension « projet » a été à nouveau soulevée dans le cadre de l’AFIP pour en questionner les perspectives de pérennisation…).

AF

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