
A coup sûr ces ralliements de Guy Nzouba Ndama et de Casimir Oye Mba à la candidature de Jean Ping va donner un regain de tonus au camp de l’opposition dans la perspective de l’élection présidentielle du 27 août prochain. Longtemps souhaitée par une grande partie de leurs bases respectives, cette entente conforte l’idée d’une candidature unique qui est encore loin d’être le cas si l’on se réfère aux dix autres candidats se réclamant de l’opposition qui ne se sont pas encore prononcés sur cette alliance entre les trois « grands ».
Et c’est le lieu de s’interroger sur les conditions sui ont prévalu à la conclusion de cette alliance. Les autres candidats ont-ils été conviés ou non à prendre à la négociation? Quels ont été les termes de cette négociation? A-t-été question de partage du pouvoir (ce qui somme toute serait logique du point de vue politique)? Ou s’agissait-il d’un marchandage avec sur le tapis, de fortes compensations financières, ainsi que le rapportent certaines mauvaises langues? Il serait vain, on le sait, de tenter d’obtenir le fin mot de l’histoire de la bouche des trois protagonistes. Surtout pas aujourd’hui, ni demain. « Secret d’Etat » oblige. C’est peut-être là de leur part une erreur qui pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour la suite des événements; car il en va de la crédibilité de cette alliance aux yeux des électeurs, de la confiance que les Gabonais placeront en eux. Parce qu’il s’agit de confier le destin du pays entre leurs mains, beaucoup aimeraient savoir les vrais termes du « marché ». Déjà qu’on apprend de la bouche de M. Ping que « les Français nous enjoignent de nous rassembler en une candidature unique ». Mais quels « Français »? S’agit-il de l’Élysée ou des tenants de la tristement célèbre francafrique si chère au défunt Jacques Foccart, à son héritier spirituel Robert Bourgi; cette francafrique pour qui roulent Pierre Péan et les forestiers français « spolies » à juste titre par la réforme de l’exploitation forestière initiée par Ali Bongo Ondimba? Alors, qu’elle est cette France qui, en 2016 vient dicter sa ligne de conduite à notre opposition nationale? Le fait est proprement choquant. Et rien ne saurait le justifier; encore moins le désir d’alternance. L’accepter sans exiger des éclaircissements est une forfaiture.
Si c’est cela, le prix à payer pour obtenir le départ du pouvoir d’Ali Bongo Ondimba, il est trop élevé pour nous Gabonais, ainsi que pour tous les patriotes Africains francophones qui portent encore les blessures non cicatrisées des méfaits de cette francafrique. Gageons que cette alliance des « trois grands » n’a pas été conclue avec la bénédiction de cette pieuvre puante. Mais ce soupçon de collusion avec les vieux colons de la francafrique suffit à jeter le trouble dans les esprits et susciter quelque méfiance vis-à-vis de cette alliance. Alors, aussitôt finies les congratulations tout à fait justifiées du peuple de l’opposition, il faudrait dire aux Gabonais en quoi consiste ces « Amis français « , ces grands électeurs tout-puissants devant les injonctions desquels, nos trois leaders ont cédé. Parce qu’aujourd’hui la lutte pour la vraie libération du Gabon n’est pas celle que nous vend l’opposition à savoir faire partir Ali Bongo Ondimba et sa « légion étrangère » du pouvoir; c’est plutôt celle qui consiste à enlever les chaînes dans lesquelles notre ancienne métropole nous maintient depuis 56 ans et que le président de la République tente de briser en retirant certains privilèges aux entrepreneurs français (le bois notamment ).
Ceci expliquant cela, on comprend que la francafrique ait décidé de changer de fusil d’épaule en jetant son dévolu sur l’opposition qui avait quelque peine à envisager sérieusement la victoire sans procéder à une alliance. Alors, dites-moi en quoi cela nous avancera de renouer avec la France des « mallettes » et du diktat de l’Hexagone? Évidemment qu’il y en aura qui diront: « laissons comme ça; on verra plus tard ». Justement non. C’est maintenant que nous voulons savoir à « quelle sauce nous serons mangés ».
MPN

