
Il s’agit d’un moment décisif pour l’Europe et pour notre région, qui demande de l’innovation, un nouveau mode de pensée et une nouvelle vision des choses. Nous devons encourager la croissance intérieure et favoriser le bien-être de nos citoyens. Nous devons également coopérer avec nos voisins pour soutenir la croissance, la stabilité et le bien-être sur leur propre
territoire. Il y a deux ans, la Commission européenne a présenté un ambitieux plan d’investissement pour l’Europe destiné à remettre notre continent sur les rails en mobilisant de nouveaux investissements privés. Ce plan, qui non seulement permet d’accéder plus facilement au financement, aux garanties et à l’assistance technique mais prévoit également des mesures visant à créer un environnement propice aux entreprises, a donné des résultats impressionnants. Pour chaque euro dépensé, il mobilise environ 10 euros sous la forme d’investissements.
Les pays de notre voisinage pourraient tous tirer un immense bénéfice de cette même approche innovante. C’est la raison pour laquelle nous proposons à présent un plan d’investissement extérieur européen. Ce nouveau plan concrétise les engagements pris par la communauté internationale en ce qui concerne le financement du développement et dans le cadre du programme mondial de développement durable à l’horizon 2030. À Addis-Abeba et à New-York, nous avons pris l’engagement collectif de stimuler la productivité, la croissance inclusive et la création d’emplois, dans le respect total des droits de l’homme et des droits sociaux, de l’environnement et des préférences de nos pays partenaires et des communautés
locales.
Des régions comme la Corne de l’Afrique, le Sahel ou la région des Grands Lacs possèdent un énorme potentiel socio-économique qui est freiné par la guerre, la pauvreté, le manque d’infrastructures et la faiblesse de la gouvernance.
Le Sahel est une région caractérisée par des traditions anciennes, bien ancrées, où les jeunes ayant reçu une éducation et dotés de qualifications peuvent faire évoluer la situation: ils doivent simplement avoir l’occasion de montrer ce qu’ils sont capables de faire. La région des Grands Lacs est extrêmement riche en ressources naturelles, mais les investisseurs estiment souvent que les risques y sont trop élevés. La Corne de l’Afrique est en passe de devenir l’une des régions les plus intégrées du continent; la croissance est tirée par des centaines de milliers de micro, petites et moyennes entreprises (MPME). Il s’agit d’un marché en expansion, mais
les moyens financiers font toujours défaut.
Des millions d’Africains cherchent le moyen d’améliorer leur vie ou sont contraints de fuir les conflits, l’insécurité ou les catastrophes naturelles. Pour ce faire, bon nombre d’entre eux entreprennent de dangereux périples vers l’Europe au péril de leur vie. D’autres deviennent la cible de la propagande venant de groupes terroristes et de réseaux criminels.
L’Union européenne est déjà le premier bailleur de fonds et le premier investisseur en Afrique. À chacune de nos visites sur ce continent, les gouvernements, les chefs d’entreprise et les ONG témoignent des retombées considérables de nos investissements et insistent sur la nécessité d’intensifier notre partenariat. Le plan d’investissement extérieur permet à l’Europe d’apporter son expérience et son soutien à l’Afrique pour qu’elle puisse exploiter son potentiel et de garantir la poursuite du dialogue politique et stratégique, l’appropriation des stratégies et la promotion des valeurs universelles tout en stimulant l’économie locale. Il peut s’agir
d’un élément essentiel pour la réussite du sommet UE-Afrique de 2017.
Lorsque nous disons l’«Europe», il ne s’agit pas seulement des institutions
européennes et nationales. Aux côtés des entreprises locales, les entreprises
européennes emploient déjà des centaines de milliers de personnes en Afrique, ce qui donne à de nombreux jeunes la possibilité de s’épanouir dans leur pays d’origine et contribue à la lutte contre l’une des causes profondes de la migration.
Ces investissements peuvent contribuer aux objectifs de notre politique étrangère et de notre stratégie en matière de développement, tels que la stabilité et l’éradication de la pauvreté. Mais les initiatives privées ne peuvent être couronnées de succès que dans un environnement sûr, où les perspectives l’emportent sur les risques. Cela vaut pour les entreprises de toutes tailles, mais tout particulièrement pour les petites et micro entreprises, ainsi que pour les jeunes entrepreneurs et les femmes entrepreneurs.
C’est pour cette raison que l’Europe intervient. Le plan d’investissement extérieur a pour objectif d’attirer au moins 44 milliards d’euros d’investissements en Afrique et
dans les pays du voisinage de l’UE que les investisseurs privés délaisseraient sans cela. Ce montant pourrait être doublé pour atteindre 88 milliards d’euros si les États membres et d’autres institutions y contribuent.
Le nouveau Fonds européen pour le développement durable facilitera les
investissements privés grâce à l’accès au financement et au partage des risques. Les investisseurs privés bénéficieront d’une garantie contre les risques liés à la création d’entreprises en dehors de l’Europe. Cette garantie ne favorisera pas seulement des projets individuels, mais aussi des portefeuilles d’investissements de plus grande envergure grâce à des «volets d’investissement» dans des régions ou des secteurs stratégiques.
Un «guichet unique» encouragera les investisseurs privés et institutionnels, comme les banques de développement, tant en Europe que dans les pays partenaires, à orienter leurs propositions vers les volets d’investissement concernés. Les entreprises ayant un projet seront mises en contact avec des partenaires potentiels et recevront des informations sur les mesures d’incitation qui existent. Le plan d’investissement extérieur fournira une assistance technique pour améliorer la qualité, le nombre et la viabilité des projets. La Commission européenne, la Banque européenne d’investissement et d’autres institutions financières internationales coopéreront étroitement pour procéder à une sélection rapide et adaptée à la logique commerciale des projets en s’appuyant sur les conseils spécialisés d’experts indépendants.
Les investissements iront de pair avec des dialogues stratégiques et des activités destinées à renforcer les capacités: notre action sera coordonnée et concertée, dans l’esprit de notre stratégie globale concernant les questions de politique étrangère et de sécurité. Nous ne sommes pas seulement un bailleur de fonds, le principal avec nos États membres, mais nous sommes aussi un partenaire politique, ce qui est plus important encore.
Avec le plan d’investissement extérieur, notre politique de développement franchit une nouvelle étape. Les subventions sont essentielles, mais pas suffisantes, pour réaliser les objectifs de développement durable que nous avons fixés. La politique de développement ne se résume pas à l’aide publique au développement. Nous avons également besoin de la contribution du secteur privé alors que nous intensifions notre engagement financier en faveur du développement durable. En collaboration avec nos partenaires en Afrique et dans les pays de notre voisinage, nous pouvons aider les jeunes générations à réaliser pleinement leur potentiel. Un nouveau chapitre de la politique européenne de développement vient de s’ouvrir.

