ECONOMIE: Contribution de Dominique Renaux, Ambassadeur, Haut Représentant de la République française au Gabon

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Comment l’environnement actuel, marqué par la baisse du prix du pétrole, affecte-t-il les relations économiques et commerciales entre le Gabon et la France ?

Dans la conjoncture mondiale actuelle et le contexte de baisse des cours pétroliers, les relations commerciales entre la France et le Gabon ont connu un léger tassement en 2015 du fait, en particulier, de la baisse des  exportations françaises.

La réduction des dépenses de l’Etat, et de certains programmes d’investissement, ont impacté particulièrement nos ventes de biens d’équipement, qui représentent plus des deux tiers de notre commerce bilatéral. Elles se sont élevées ainsi à 540 M€ contre plus de 600 M€ en 2014.

Les entreprises françaises ont, en revanche, maintenu sur la période des flux importants d’investissement. Total Gabon a continué d’investir, même si l’année 2015 est caractérisée par un repli sensible qui concerne toutes les compagnies pétrolières.

Hors secteur pétrolier, le lancement du Complexe Métallurgique de Moanda (Comilog-Eramet) en 2015, comprenant deux unités de production pyro-métallurgique et hydro-métallurgique, constitue un investissement industriel majeur d’un montant de plus de 200 millions d’euros. Le projet de réhabilitation du chemin de fer Transgabonais (Setrag – Comilog) est tout aussi important. Cette réhabilitation s’étalera sur plusieurs années et  s’élèvera à quelques 300 millions d’euros.

Ce ne sont là que deux exemples d’investissement parmi tant d’autres. Ces flux d’investissements importants préparent le futur de ce pays et accompagnent son développement. En stock et en tenant compte des investissements d’élargissement de capacité, la France cumule plusieurs milliards d’euros d’investissement. Près de 110 filiales d’entreprises françaises sont présentes au Gabon et 200 entreprises à capitaux mixte soutiennent la relation entre nos pays. Les échanges de services sont par ailleurs très soutenus entre la France et le Gabon.

Comment les entreprises françaises peuvent-elles contribuer à la diversification de l’économie gabonaise ?

Remettons les choses en perspective. L’économie gabonaise connaît actuellement, une double mutation : le Gabon est à la fois engagé dans la diversification de son économie et dans la transition énergétique.

Le pays a privilégié, pendant de nombreuses années, le développement de l’industrie pétrolière et minière par rapport à d’autres secteurs productifs comme l’industrie agricole ou la transformation locale.

Le Gabon importe aujourd’hui les trois-quarts de ses besoins en produits alimentaires. Le pays a entamé une diversification de ses activités qui va modifier en profondeur la répartition des richesses. Cette politique est déjà bien avancée dans les secteurs des mines, de l’industrie forestière, etc., l’objectif du gouvernement étant de maximiser la valeur des ressources primaires, en encourageant la transformation sur place. Cette diversification économique doit aboutir à une croissance alternative. Les entreprises françaises sont attentives à ces évolutions et je dirai que leur savoir-faire est adapté à cette donne nouvelle, où de nouveaux besoins doivent être satisfaits.

La deuxième mutation réside dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui l’économie verte, avec le recours aux énergies renouvelables pour réduire notamment les émissions de gaz à effet de serre et protéger durablement l’environnement.

Le modèle énergétique évolue progressivement, tout en sachant que les énergies fossiles vont garder une place importante pour encore un certain temps, mais avec des inflexions, par exemple, pour la production électrique.

Les autorités ont lancé en 2012 un vaste plan de développement du secteur de l’énergie devant permettre de quadrupler la production d’électricité en ciblant un niveau de production de 1.2 GW à l’horizon 2020, basé à 80% sur l’hydroélectricité. Les entreprises françaises sont déjà là et accompagnent le Gabon dans cette mutation. Le Gabon, qui a intégré la nécessité de concilier l’accès à l’énergie, le développement durable et les changements climatiques, offre sans doute de nombreux atouts dans le secteur des énergies renouvelables pour attirer les investissements étrangers.

Quels sont les avantages pour le Gabon de réintégrer l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) ?

L’ITIE est une norme mondiale visant à promouvoir une gestion ouverte et responsable des ressources naturelles. Le Gabon a manifesté sa volonté de réintégrer l’organisation et c’est une bonne chose.

Il a mis en place cet été un « plan de retour du Gabon à l’ITIE ». Ce retour permettra au Gabon de conforter son attractivité tout comme le climat d’investissement. Ce sera pour le Gabon, grand pays minier, le signal de son engagement dans la gestion responsable de ses industries extractives.

TOG

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