POLITIQUE: Les défis d’Emmanuel Macron

Emmanuel_Macron_par_Claude_Truong-Ngoc_avril_2015

S’il gagne les législatives, Macron est mort s’il laisse passer les 100 premiers jours de son quinquennat sans réaliser, à la hache, l’essentiel de son programme.

Les deux tours de cette présidentielle ont envoyé des messages contradictoires, mettant au jour les deux faces d’une même France. D’un côté, un peuple rongé par le ressentiment, qui ne croit plus en lui et fait du libéralisme le bouc émissaire de tous ses maux. De l’autre, une nation responsable, décomplexée, européenne et ouverte au monde.

Laquelle des deux est la vraie France  ? Le 23 avril, une majorité de Français a voté pour une conception infantile de l’économie, où 2 et 2 font au moins 9 ou 10. Naufrage démocratique, la campagne avait été un concours de pères Noël avec des nez de Pinocchio. En additionnant les suffrages de Le Pen, Mélenchon, Hamon, Dupont-Aignan et de la plupart des petits candidats, il apparaissait que plus de 50  % des électeurs vivaient hors sol, dans la pensée magique, séduits par des farceurs ou des jobastres.

Au second tour, la France est redescendue sur Terre en donnant à Emmanuel Macron une majorité qu’il n’aurait jamais pu imaginer même en rêve. Sans doute notre pays n’est-il pas redevenu, soudain, raisonnable. Sans doute n’appelle-t-il pas de ses vœux les réformes nécessaires. Fort de ce succès électoral, le nouveau président a peu de temps pour conquérir et entraîner ce peuple souvent ronchon, tailladé de blessures et habité par le sentiment d’un irrémédiable déclin.

Nous sommes en 1958, quand les politiciens étaient à la ramasse, que le fond de l’air sentait la poudre et que les Français n’avaient plus confiance en personne, fors de Gaulle. Même s’il a aussi une passion un brin mystique pour Jeanne d’Arc, Emmanuel Macron n’a certes pas grand-chose à voir avec le Général, qui a relevé puis porté la France en faisant croire qu’elle était vivante. Mais son résultat électoral lui donne au moins les moyens de tenter une refondation de la politique. Avec qui  ? Telle est la question.

Pour faire bouger les lignes, Emmanuel Macron s’appuiera d’abord sur le centre et les débris du PS, qui constituent aujourd’hui sa base électorale. Après avoir saccagé le quinquennat de François Hollande, les «  frondeurs  », parasites soutenus par la presse bien-pensante, ont quasiment réussi à autodétruire leur parti : désormais condamnés à regarder passer les trains, ils ne manqueront à personne. À partir de son socle, le nouveau président cherchera des soutiens ailleurs et d’abord dans une partie de la droite qui l’observe avec bienveillance.

Avant et après les législatives, ce fils prodigue et prodige de François Hollande entreprendra de construire une majorité d’idées sur les ruines des majorités idéologiques et sclérosées, celles qui, depuis plus de trente ans, n’ont mené le pays nulle part. S’il réussit, ce sera un grand bol d’air frais dans une atmosphère confinée qui sent la naphtaline : la France en finira avec des années de pessimisme. Sinon, ce sera le retour de la IVe République, des combinaisons d’appareil et de la tyrannie des partis.

Peut-il échouer  ? Chance, compétence, habileté, sang-froid : telles sont les qualités qu’Emmanuel Macron aura montrées pendant la campagne électorale, et ça n’est pas rien. Il devra maintenant faire preuve de ruse, d’ingratitude, de méfiance, traits de caractère qui ne sont pas des défauts, loin de là, pour qui s’adonne à la politique.

«  Simule et dissimule  » est le grand précepte du Bréviaire des politiciens, opuscule attribué au cardinal Mazarin, à l’intention des gouvernants. Dans un pays qui est en dépression nerveuse permanente, le nouveau président a intérêt à mettre en œuvre de toute urgence les quelques réformes pour lesquelles il a été élu plutôt que s’enferrer dans la pédagogie, les arguties, les concessions, les marathons parlementaires.

Au cas où il gagnerait les législatives, Emmanuel Macron est mort s’il laisse passer les cent premiers jours de son quinquennat sans réaliser, à la hache, l’essentiel de son programme, notamment la simplification et l’assouplissement du droit du travail, qui permettront de faire reculer le chômage à un niveau proche de la plupart des pays développés (4,4  % aux États-Unis). Nous ne sommes pas plus bêtes que les autres…

Dans La Tyrannie du statu quo , un livre lumineux, le Prix Nobel d’économie Milton Friedman a démontré que les responsables politiques qui ont le mieux réussi sont ceux qui ont réformé leurs pays pendant les trois premiers mois : Roosevelt, Thatcher, Reagan, Mitterrand. Ce délai passé, ils ont les pieds dans le béton, et le béton est sec. Allez, en marche  ! S’il veut entrer dans l’Histoire et réconcilier la France avec elle-même, Emmanuel Macron n’a pas une seconde à perdre pour agir, avant que l’opinion ne se retourne. Après quoi il aura tout son mandat pour réfléchir  !

FOG

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