
« Oui, j’ai décidé de quitter ma vie de footballeur pour ouvrir une nouvelle page. Il y a toujours une fin à tout…’’. Voilà les mots qu’a prononcés Henri Camara, le recordman des sélections en équipe nationale de football du Sénégal.
Du haut de ses 99 sélections et de ses 31 buts, celui qui est surnommé le « Lapin Flingueur » par la presse sénégalaise et qui depuis 2010 offre ses services à des clubs grecs de l’élite et de plus en plus dans d’obscurs clubs de division 3, a fermé le chapitre de footballeur pour prendre du bon temps avec sa famille « d’abord ».
« Ça fait quand même plus d’une année que je ne suis pas revenu à Dakar. Dans un premier temps, je soignais une blessure et ensuite, j’ai dû répondre à des obligations professionnelles’’, dit le natif de la capitale sénégalaise en mai 1977.
A 41 ans, « c’est fini et bien fini ».
« C’est avec un pincement au cœur. J’ai eu avant de venir en vacances une proposition d’un club grec de division 3 mais j’ai été obligé de décliner l’offre », a avancé le footballeur formé au Jaraaf de Dakar et qui fait partie des footballeurs sénégalais ayant lancé la génération 2002, quart de finaliste du Mondial en Corée du Sud et au Japon.
Quand il lui a été demandé de prendre un rétroviseur pour raconter sa carrière de footballeur, les anecdotes fourmillent mais Henri Camara ne peut oublier les deux buts qu’il a marqués en huitième de finale de la Coupe du monde 2002 contre la Suède.
« Oui, ce sont de loin les meilleurs souvenirs de ma carrière de footballeur, marquer deux buts dans un match de Coupe du monde et permettre au Sénégal de se qualifier en quart de finale, c’est mon Graal », reconnaît-il.
« Il ne faut pas oublier les circonstances dans lesquelles j’ai joué ce Mondial où je ne suis pas arrivé dans la peau d’un titulaire surtout après la CAN 2002’’, rappelle l’ancien attaquant des Lions.
France, Angleterre, Ecosse, France
Henri Camara a démarré sa carrière professionnelle européenne en Suisse, au Neuchâtel Xamax (1999-2000), même s’il a connu un bref passage au RC Strasbourg (France) une année auparavant en 1998-1999.
« Des gens ont raconté que je ne savais pas faire des efforts sur le plan défensif et que je n’étais pas concentré quand le niveau s’élève », se souvient Camara qui avait débuté la Coupe du monde 2002 contre le Danemark (1-1).
« J’avais les boules d’avoir raté le match d’ouverture contre la France (1-0) et au moment d’entrer contre le Danemark, j’avais dit à mes coéquipiers que je ne sortirais plus jamais du 11 », informe le footballeur qui de la Suisse, est revenu en France (CS Sedan) avant de s’exiler en Angleterre (Wolverhampton, Southampton, Wigan, West Ham, Stoke City, Sheffield United) avant de pousser en Ecosse (Celtic) et en Grèce (Atromitos, Panelotikos, AEL Kallonis, PAS Lamia, Appollon Smyrnis, Ionikos Le Pirée) où il a bouclé la boucle en mai dernier.
« C’est cette rage qui m’a habité pendant toute la Coupe du monde et j’ai été peut-être le plus déçu de notre élimination par la Turquie (0-1 en quart de finale) d’autant plus que je pensais dur comme fer que nous avions largement les moyens de passer’’ dit-il, en pesant les mots comme s’il voulait rattraper des choses.
Au contraire de la génération actuelle, Henri Camara indique que celle de 2002 avait profité de la qualité des adversaires dans les phases finales de Coupe d’Afrique des Nations.
« A l’époque, les sélections africaines avaient le niveau mondial, avec le Cameroun, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Egypte et d’autres… Et quand on finissait de se coltiner des défenseurs comme RigobertSong (Cameroun), Joseph Yobo et Taribo West (Nigeria), Dianbobo Baldé (Guinée), Kolo Touré (Côte d’Ivoire), on n’avait peur de rien sur le plan mondial’’, ajoute l’attaquant sénégalais qui a joué sa première CAN en 2000 au Nigeria.
« J’y avais joué ma plus belle Coupe d’Afrique des nations, le premier but que je mets lors de mon premier match contre le Burkina Faso à Kano (3-1), ce quart de finale épique contre le Nigeria (1-2) que nous avons réussi à ébranler au stade Surulere de Lagos, un stade où il était difficile voire impossible d’aller gagner », ajoute le Lapin Flingueur.
Le titre continental s’est toujours dérobé
« Ne me posez pas la question de savoir pourquoi le Sénégal n’arrive pas à gagner une Coupe d’Afrique des Nations parce que je n’ai pas la réponse’’, répond-il à sa propre question.
« Nous avons tout eu, les joueurs et l’encadrement mais rien au bout. On attend tous la génération mais sur laquelle ne pèse aucun poids, aucun souci, qui va nous rapporter enfin ce trophée continental’’.
Avant de se reprendre : « Peut-être que Sadio (Mané) et ses coéquipiers nous permettront de la saisir en 2019. Je le souhaite parce que cette génération a tout, même si la CAN ne se gagne pas sur les seules qualités des joueurs. Sinon, avant nous, les anciens de 1986 l’auraient réalisé et, après la Coupe du monde 2002, tout le monde pensait que le Sénégal allait enfin devenir champion d’Afrique. Curieusement cela ne s’est jamais produit. Au point que c’est devenu quelque chose d’incompréhensible.
« Il nous a manqué une équipe après 2002. Il y avait de la qualité chez les joueurs mais l’esprit n’était plus là, la concurrence était malsaine, c’était du ôtes-toi de là que je m’y mette’’, souffle-t-il, soulignant que les Lions avaient un boulevard à la CAN 2006.
« En Egypte, on avait le trophée à portée de main mais cette demi-finale contre les Pharaons…. ‘’, il ne termine pas sa phrase parce qu’en plus des contestations sur l’arbitrage, Henri Camara se demande quelle mouche avait piqué le staff technique pour le faire rappeler sur le banc à ce moment-là.
« Je commençais à bien entrer dans le match, les Egyptiens, on le sentait, commençaient à prendre peur et patatras, le staff me demande de sortir », rappelle-t-il. « Je n’ai pas de rancœur contre les techniciens de l’époque (Abdoulaye Sarr et Amara Traoré) mais je n’ai jamais compris les raisons de ce changement. A mon humble avis, je pense qu’ils ont eu tort et ce remplacement a certainement pesé sur le destin de cette demi-finale », soutient l’ancien attaquant sénégalais.
« J’espère que tout le monde a appris des leçons du passé pour que le football sénégalais puisse s’inviter sur la table de ceux ayant gagné », dit-il en confessant que le Sénégal a besoin d’avoir un palmarès. « On vit quand même une grosse anomalie, voir toutes ces grandes générations défiler sans rien apporter, c’est bizarre », constate-t-il, ajoutant n’avoir pas compris comment le Sénégal s’est fait éliminer à la coupe du monde 2018.
Prêt à servir
Désigné ambassadeur par la Fifa, Henri Camara était dans les tribunes de Samara (Russie) quand Sadio Mané et ses coéquipiers se sont fait sortir (0-1) par les Colombiens de Yerry Mina.
« J’avais l’impression que rien ne pouvait leur arriver et en première période, il leur suffisait d’appuyer pour marquer ce but mais patatras …, on sort de la compétition alors qu’on avait les cartes en mains’’, déplore-t-il.
En attendant de reprendre une activité « pas loin du football », Henri Camara veut prendre du bon temps en famille. « C’est sûr je resterai dans le football mais ce que je ferai je ne le sais pas encore’’. Pourquoi pas dans son club de coeur, le Jaraaf de Dakar. »Je dois beaucoup à cette équipe et d’une manière à une autre, je dois leur tendre la perche et voir dans quel domaine, je peux apporter à court ou à moyen terme, ma contribution’’, déclare encore le très alerte « Lapin Flingueur » appelant les footballeurs à garder une vie saine s’ils veulent performer et durer sur les terrains.
« J’aurais pu encore continuer parce que j’avais une hygiène de vie, une vie d’athlète de haut niveau pour être tous les jours frais et disponible pour les entraînements ». Une carrière de joueur professionnel a ses exigences même si on a tendance à trop souvent l’oublier. Pour sûr Henri Camara rebondira autour des terrains. Il est aujourd’hui en pleine réflexion.
CAF

