Football: Fatou Thioune, l’autre visage du football féminin sénégalais


Au moment où le Cameroun, l’Afrique du Sud, et le Nigeria se préparent pour bien représenter l’Afrique à la Coupe du monde féminine prévue en juin 2019, l’arbitre sénégalais Fatou Thioune, ne ménage aucun effort pour être de la fête continentale après avoir officié lors de la dernière CAN féminine au Ghana.

Avec des tresses en nattes sur la tête et son bas de survêtement de couleur sombre accompagné d’un tee-shirt immaculé et des baskets aux pieds, Fatou Thioune ne déparerait en rien aux jeunes de son âge.

Sauf que cette dame est un ancien sous-officier de l’armée sénégalaise doublée d’une arbitre internationale depuis 2013 et arbitre de réserve lors de la finale de la CAN féminine 2018 au Ghana entre le Nigeria et l’Afrique du Sud.

De Fatou Thioune, on peut dire qu’elle a beaucoup de chances de tomber dans la grande marmite du football même si elle est native de Kolda dans une région sud-est du Sénégal ancrée dans la tradition Peul.

Ce bout de femme née dans une fratrie de quatre internationaux sénégalais, a préféré taper dans un ballon au contraire des jeunes filles de son âge qui préféraient jouer avec les poupées ou auprès de leurs mamans à la porte des cuisines.

‘’Je ne faisais rien comme les autres filles et on m’a collé le surnom de « garçon manqué », ce qui m’allait très bien’’, dit-elle dans un rire sonore dans cette salle vide de la salle Marius Ndiaye où elle a arrangé le rendez-vous avec cafonline.

‘’Moi, c’était tout le temps avec les garçons, je n’avais pas d’amies filles, je préférais de loin la compagnie des garçons au grand désarroi de ma mère, qui n’hésitait pas à me corriger’’, rappelle-t-elle.

‘’Je jouais au football avec les garçons jusqu’à la fin de la journée et quand je rentrais à la maison, je m’attendais aux corrections mémorables de ma mère’’, poursuit-elle sans gêne.

‘’Mais au finish, elle avait fini par se lasser parce qu’elle devait aussi s’occuper seule de l’éducation des quatre garçons, notre père étant décédé très tôt’’, raconte-t-elle en baissant la voix.

Mais, c’est pour poursuivre que l’amour du football l’a poussé à prendre une licence aux Amazones de Kolda, une équipe féminine où malgré sa petite taille, elle jouait en libéro.

‘’Mais, on manquait cruellement de soutien comparé aux garçons et doucement, j’ai glissé vers l’arbitrage étant donné qu’il y avait une internationale habitant la même ville que moi’’, a-t-elle dit relevant qu’au début, c’était pour assouvir son amour pour le football qu’elle s’était dirigée vers le sifflet.

Le sifflet à la place du ballon pour assouvir sa soif de football

L’ancienne capitaine des Amazones de Kolda a surtout subi la pression amicale de ses frères, tous footballeurs et internationaux sénégalais.

“Ce sont mes grands frères Saher (qui joue en Irak) et Makhtar (ancien international sénégalais qui a joué pendant plusieurs année en Norvège) qui m’ont poussée à pratiquer ce métier’’, a indiqué celle qui a le bonheur de siffler l’un d’eux lors d’un match de ligue 2 sénégalaise.

‘’J’étais en 2016 et j’ai été obligée de lui donner un carton jaune pour le calmer parce qu’il faisait beaucoup trop de fautes’’, a-t-il dit de ce frère cadet devenu champion d’ Afrique avec l’équipe du Sénégal de Beach soccer en 2018.

‘’Mais ils restent de grands amis et des confidents qui comptent à l’heure des choix’’, a-t-elle fait savoir.

Et les garçons n’ont pas lâché leur sœur qui son bac littéraire en poche, a été poussé à prendre plus souvent le sifflet pour les matchs masculins, le football féminin étant encore balbutiant au Sénégal.

Mais comme elle ne faisait jamais les choses comme les autres, elle avait fait le pari de dérouter davantage ses proches en intégrant l’armée sénégalaise.

‘’Nous étions la première promotion de femmes à faire l’armée et j’avais décidé de m’engager et de poursuivre avec le concours de l’ENSOA (Ecole nationale des sous-officiers d’active)’’, a dit l’arbitre du match de la 3e place du tournoi féminin des Jeux africains de Brazzaville 2015.

‘’Ma vie était devenue, armée et arbitrage’’, a ajouté celle qui a finalement décidé de se retirer de l’armée ‘’pour convenances personnelles’’ en août dernier. Actuellement, elle gère une salle de sports en plus de ses affaires qui ne lui laissent pas beaucoup de temps.

‘’Je me sens bien dans ma vie et actuellement l’arbitrage occupe une large place’’, a indiqué celle qui s’occupe entre la salle de sport dans la matinée et les entraînements l’après midi.

A 33 ans, quand on lui demande s’il y a autre chose ou quelqu’un dans sa vie, elle préfère en rire soulignant que pour être avec elle, il faudrait accepter son indépendance et ses choix.

En acceptant son choix d’avoir fait du sport en général et de l’arbitrage un choix fort dans ma vie, a-t-elle insisté soulignant que grâce à l’arbitrage, elle se sent plus équilibrée.

Si elle a du mal à cuisiner faute de temps, elle ne rechigne pas à porter beau en mettant des tenues traditionnelles ou à la mode pour « vivre sa vie de femme sénégalaise », insiste-t-elle.

‘’On connaît les Sénégalaises comme des femmes très élégantes et ne comptez pas sur moi pour faire exception à la règle’’, a-t-elle déclaré avant de prendre congé pour aller suivre des cours d’arbitrage dans une salle aménagée à cet effet par la Commission régionale d’arbitrage de Dakar.

Après avoir sifflé une Coupe du monde des moins de 20 ans, des Jeux africains et une CAN au Ghana, la native du sud veut se donner tous les moyens pour atteindre le Graal – à l’instar de Malang Diédhiou, formateur du jour qui avait officié lors du Mondial russe en juin-juillet dernier.

Mais cela passe par des matchs de très haut niveau dans le championnat national local, plaide Fatou Thioune qui estime que les femmes arbitres ne doivent plus être cantonnées à siffler la Ligue 2. ‘’On doit pouvoir nous confier les matchs de ligue 1’’, a-t-elle insisté.

CAF

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