Noureddin Bongo Valentin: Petit prince et consort


Sorti non pas de la cuisse de Jupiter, mais de la dynastie des Bongo, le fils de l’enfant-roi nourrirait, dit-on, des ambitions présidentielles. Si la santé précaire d’Ali Bongo ouvre la voie aux scénarios de succession les plus fous, il n’est pas sûr que cet héritier d’envergure quelconque soit prêt à maîtriser les arcanes du pouvoir comme il manie ses consoles de jeux.

A peine un mois et demi nommé dans le Saint des saints de la présidence de la Ré- publique du Gabon, voilà que Noureddin Bongo Valentin se retrouve dans la tourmente judiciaire et déjà « condamné à perpétuité » par la clameur populaire. D’autant plus que ses débuts calamiteux n’augurent rien de bon pour le Gabon et les Gabonais. Vendredi dernier, trois plaintes le visant ont été déposées auprès du président de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI). Initiées par Ghislain Malanda (Sauvons la République), Marcel Libama (Ça Suffit Comme ça), Georges Mpaga (ROLBG) et Jean Rémy Yama (Dynamique unitaire), ces actions font déjà trembler le Coordinateur des Affaires présidentielles, qui a immédiatement riposté. Maître Dumont Beghi, toujours illusionnée par le clinquant des dictateurs, vient à son tour de porter plainte, histoire de soutirer des espèces sonnantes et trébuchantes à un jeune homme complètement perdu, pour dénonciation calomnieuse, pour tenter de laver le fils du président d’une impressionnante tourbe d’accusations, qui vont de la corruption active et passive à l’association de malfaiteurs et pillage, ou la criminalité financière en bande organisée.

PIRE QUE LES PETITES FRAPPES DE L’AJEV ?

L’affaire, qui répand encore une fois une odeur de soufre dans le clan présidentiel, remonte au 06 janvier après une altercation au carrefour Rio entre des gendarmes et un groupe d’agents de la Garde républicaine sur lesquels sont retrouvées d’importantes sommes d’argent, on parle de milliards ! destinées au Coordonnateur, d’après les dires des convoyeurs. Cette étonnante découverte, intervenue alors que l’opération Scorpion bat son plein, et que les Gabonais subissent les effets d’une précarité injustifiable, aura suffi pour convaincre les activistes de la société civile à soupçonner le délit de corruption. En attendant que la Justice gabonaise, ces derniers mois prise dans l’œil du cyclone, fasse impartialement son travail, une question au moins mérite l’attention de l’opinion.

« Avec quels moyens et quelles sources de finance- ment un jeune homme qui n’a jamais travaillé peut-il justifier d’un tel patrimoine ? », s’est demandé l’accusation, faisant référence aux biens dont dispose Noureddin Bongo Valentin. En effet, même pas trentenaire, il est propriétaire d’un immeuble face au Conseil économique et social, serait actionnaire de l’hôtel Nomad et de la société Transurb. En outre, il est soupçonné d’activités opaques à Dubaï, à travers notamment des sociétés- écrans basées dans des para- dis fiscaux. Si l’on ajoute les sacs de liasses saisis à Rio, le tableau de chasse potentiel de l’aîné d’Ali Bongo ferait pâlir de honte les petites frappes de l’Ajev envoyées au frais récemment.
Alors que son géniteur prône, sans vraiment y croire lui- même, une République irréprochable et combat « apparemment » la corruption, Noureddin Bongo Valentin il- lustre à merveille les contra- dictions entre le discours moralisateur d’Ali Bongo et la réalité des agissements de ses proches, inspirés, au demeurant par son propre exemple. Là où le commun des mortels bâti sa fortune sur un temps long nécessitant des sacrifices, l’enfant-roi, lui, est parvenu à amasser des centaines de milliards de Cfa en dix ans, sans craindre de se mettre en porte-à faux avec la Constitution qui lui interdit toute activité lucrative. Son héritier ne marche-t-il pas sur ses pas, avec un temps d’avance qui laisse augurer une précocité d’enrichisse- ment appelée à battre tous les records ? À moins que la Commission dédiée à réprimer une telle criminalité sorte enfin de sa longue léthargie…

A L’OMBRE DE SES « PARENTS »

Un Bongo traîné devant la Justice ? Image familière an- crée dans nos mœurs avilies depuis que l’affaire des Biens mal acquis a révélé l’étendue du pillage des ressources de l’Etat par la famille Bongo. Omar n’y a échappé que par la grâce ironique de la mort ; son fils Ali se dépense et dépense des fortunes afin de sauvegarder une fortune indue ; rien n’interdit de conjecturer que le cycle va se poursuivre avec le « petit-fils » bercé depuis sa tendre enfance par des pratiques qui ne craignent forcément pas les rigueurs de la loi.

Cependant, va-t-on oublier que si jusqu’ici ce jeune homme pouvait jeter sa gourme à loisir, ses nouvelles fonctions de Coordonnateur des affaires de papa, pardon, « présidentielles » imposent un minimum de décorum et d’intégrité ?

Avant de faire subitement parler de lui, Noureddin Bongo Valentin est long- temps resté à l’ombre de ses parents. Aujourd’hui âgé de vingt-six ans, il n’a jamais fait grande impression aux Gabonais, les rares fois où on l’a entendu s’exprimer laissant planer des doutes sur la qualité de son rang social, limite bangando, même si l’éclat de sa peau prouve qu’il aime se laver. Officiellement, il serait issu de l’union d’Ali Bongo et de Sylvia Valentin, bien que l’histoire d’amour de ces deux tourtereaux, mariés en 2000, et l’histoire personnelle de Sylvia dissipent toutes mauvaises interprétations quant à leur rôle de géniteurs. Même si, une hypothèse persistante fait de Noureddin un enfant adoptif de ce couple, le choix de l’enfant ayant été fait, personne n’a réussi à le confirmer dans la famille du roi Mohamed VI, omniprésent dans la chronique des affaires du Gabon. Dans cette famille, de père en fils, la filiation consanguine dégénère en quadrature du cercle ! Mais bon, passons !

Marié en juin 2015 à une Française, les Bongo Ali ne se « compromettent » pas avec les Gabonaises Noureddin est supposé avoir fait ses classes en Angleterre. D’après une version de sa biographie officielle, il serait diplômé de l’Ecole des études orientales et africaines de Londres. Selon d’autres griots témoins vivants des dictées au baccalauréat et des doctorats imaginaires à la Sorbonne il aurait effectué l’essentiel de ses études scolaires et universitaires, en management des affaires publiques, relations internationales et finances, à Londres. « Complément d’enquête » n’ayant pas renera à constater que la trajectoire brillante de son oncle Omar Denis Junior à Harvard a plus de classe et de consistance. Il est fort étrange qu’on n’entende pas ce dernier, du fait de cette loi bien de chez nous qui fait un sort inattendu aux tonneaux vides…

LA TRANSFIGURATION DU DÉSŒUVRÉ D’OLAM

Pour certains, dans un passé à portée de main, ce prince consort aura rempli ses longues journées désœuvrées au sein du groupe Olam, où il est resté deux ans, histoire d’apprendre comment « se faire du pognon », disent ses contempteurs, en qualité de directeur général adjoint. C’est l’époque où il se lie d’amitié avec Brice Laccruche Alihanga, un grand croyant des vertus de la Ré- publique comme lui, fraîchement nommé directeur de cabinet d’Ali en août 2017. Entre ses allers à son restaurant et sa boîte de nuit en face du Conseil économique et social, et ses venues au siège d’Olam, il se familiarise avec le futur « envoyé spécial » de l’enfant-roi. De nombreux témoignages relèvent son goût des culottes « bagghy » et le langage fleuri employé à l’endroit de ses employés. Et la présence de l’inséparable Abdoul Océni Ossa, dircab adjoint du Raïs Ali, rejeton de l’Imam bien connu, chantre des noces d’Islam et de la fée CFA. Le prince consort va connaître une véritable transfiguration le 05 décembre, lorsqu’il est nommé coordinateur général des Affaires présidentielles, à l’issue d’un Conseil des ministres révolutionnaires. La fonction, controversée, existait depuis un décret de 2003, mais va prendre un autre sens dans un contexte singulier.

En effet, éloigné des affaires depuis plus d’un an en raison d’ennuis de santé, Ali Bongo sort cette carte de sa poche pour éloigner le spectre d’une vacance du pouvoir. Et surtout, exorciser toute répétition de la trahison supposée de son directeur de cabinet Brice Laccruche Alihanga, lancé avec sa bande de coquins dans une appropriation des postes clés de l’Etat.

Censé assister « le président de la République dans la conduite de toutes les affaires de l’Etat et de veiller à la stricte application de ses décisions », ce poste hautement décisionnel va cristalliser les débats. Non pas seulement du fait des liens de parenté de l’impétrant avec le président, délit de népotisme, mais surtout à cause du déficit de « compétence et de légitimité » relevé dans la foulée par Jean Ping, lequel dénonce une « monarchisation de la République » mise en boîte depuis la révision constitutionnelle de 2018. Cette « mauvaise décision », selon Raymond Ndong Sima pour qui « le premier assistant du président de la République au Gabon et partout ailleurs dans le monde est le directeur de cabinet » questionne l’ordonnancement administratif de la présidence. Quid de Théophile Ogandaga, à peine nommé ? Pourquoi dépenser 4 millions de solde mensuelle au coordinateur, sans compter le cabinet et les agents de sécurité ?

SAUVER LES BIJOUX DE LA FAMILLE BONGO EN 2023 OU AVANT ?

Pour aggraver la défiance inaugurale suscitée contre lui, Noureddin Bongo Valentin va s’entourer de collaborateurs qui vont davantage lui aliéner les suffrages de ses compatriotes. Inconnue au bataillon, sans racine ni attache particulière avec le Gabon, Laetitia Yui- nang, ex directrice juridique à Olam est nommée conseillère juridique et administrative du coordinateur. Pour s’occuper des questions économiques et financières, il fait appel à Emmanuel Leroueil, ex patron du bureau Afrique centrale de Performances Group, pompeusement présenté comme un « jeune économiste africain post-keynisianiste ». En réalité, ce Franco-Rwandais, les Bongo n’aiment pas les fils du terroir et sont animés d’une haine viscérale du Gabonais fait partie du cabinet qui a conçu le PSGE, machin impraticable depuis lors. Et pour donner une touche originale à son équipe, le rappeur « Massassi », de son nom Max-Samuel Oboumadjogo, a été appelé à la rescousse.

Gabonais, vous pouvez dormir tranquille, votre pays le Gabon est entre de bonnes mains ! La médiocrité n’étant pas une tare congénitale, il serait fort prématuré de condamner l’œuvre à venir de Noureddin Bongo Valentin, passé en un tourne- main du baby-foot en cristal de « papa » à la gestion quotidienne des dossiers les plus sensibles de l’Etat. Mais il est permis de s’inquiéter du devenir de notre pays, lequel se dessine avec les mêmes pointillés que l’horizon en teintes brumeuses d’un enfant-roi intellectuellement amoindri, réduit à ce pari risqué de confier le Gabon à un «gamin».Si tel est le prix à payer pour que Noureddin sauve les bijoux de la fa- mille Bongo en 2023 ou avant, à une présidentielle où on l’annonce déjà partant, cela accréditerait l’idée répandue selon quoi le Gabon serait la propriété éternelle de cette dynastie. Avec la complicité de la France de son « grand-père », cette nation naguère brillante, dont la civilisation aujourd’hui en déclin survit grâce à ses tours de passe- passe diplomatico-politique, à des fins de parasitisme économique et financier sur le dos de son ancien empire colonial.

Mais pour l’heure, telles les reliques de l’âne de la fable, Noureddin Bongo Valentin doit passer l’épreuve du feu, faire valoir son intégrité, libérer les prisonniers politiques, organiser un dialogue inclusif pour apaiser la forte tension dans le pays, mettre fin à l’action nocive de la Haute autorité de la communication contre les médias libres, dissiper tout un chapelet de soupçons : corruption active et passive, corruption d’agents publics étrangers et blanchiment de capitaux, détournement de deniers publics et biens mal acquis, enrichissement illicite, blanchiment de produit de crime, criminalité financière en bandes organisées, associations de malfaiteurs et pillage. Et s’il lui reste un peu de dignité chevaleresque propre à son jeune âge : se mettre en retrait des affaires publiques !

Mathias Otando (MOUTOUKI)

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