Le Gabon est-il en guerre pour proposer une paix des braves ? Et ces braves, qui sont-ils en réalité ?
Les Gabonais méritent de savoir car c’est de leur destin commun dont il s’agit.
RAPPEL HISTORIQUE
C’est maître Louis-Pierre Agondjo Okawe, alors leader historique du Parti Gabonais du Progrès (PGP) qui proposa la première fois une « paix des braves » entre les protagonistes d’un Gabon incandescent au début des années 1990. Le père Paul Mba Abessole revendiquant férocement une victoire que venait de lui voler le président sortant Omar Bongo Ondimba au cours de la présidentielle de décembre 1993.
Cet appel fut scellé par les Accords de Paris en 1994 qui permirent « aux braves » de l’opposition de rentrer au gouvernement du Dr Paulin Nguema Obame. Me Agondjo Okawe refusa le maroquin de la Justice tandis que d’autres opposants s’engouffraient voluptueusement dans la brèche gouvernementale.
Finalement, avec le recul de trente ans, à quoi cette paix des braves a-t-elle vraiment servi ? Nous répondons en disant d’abord (1) qu’elle a consolidé le régime Bongo-PDG qui a pu survivre jusqu’aujourd’hui, (2) ensuite elle a permis de corrompre une opposition pourtant en position de force car soutenue par un peuple qui aspirait à l’alternance et au changement (3) et enfin, elle a douché les espoirs de bonheur d’une population gabonaise qui a constaté avec amertume l’appétence des braves de l’opposition au ripaille de la mangeoire.
Le bilan de cet appel fut un échec stratégique. Disons-le tout net, au regard des conséquences socio-politiques qui s’ensuivirent. Le bain de sang que l’on voulait éviter a pourtant bien eut lieu : il s’est simplement étalé sur plus de trente ans. La solution, nous en sommes convaincus aujourd’hui, était la conquête de la souveraineté populaire confisquée depuis 1968 par le système monopartite qui vola en éclats en 1990 à l’occasion de la conférence nationale.
Paul Mba Abessole incarnait cette souveraineté exprimée dans les urnes le 5 décembre 1993. Me Agondjo Okawe aurait fait œuvre utile s’il s’était battu inlassablement pour la reconnaissance du verdict des urnes. Et si son combat avait porté, le Gabon présenterait aujourd’hui un autre visage. Il a fait le choix de « l’appel des braves », et les Gabonais peuvent constater malheureusement l’inefficacité de cette option.
ACTUALITE POLITIQUE
Aujourd’hui, l’histoire funeste de notre pays semble se répéter avec l’appel de « la paix des braves » lancé par le porte-parole des 60 partis politiques du Conseil National de la Démocratie (CND). Beaucoup de ces acteurs politiques qui reformulent la même proposition que celle du regretté Me Agondjo Okawe ont-ils simplement tiré les leçons de cette initiative politique qui permit au système Bongo-PDG de s’enraciner ?
Que pensent les partis politiques du scrutin du 27 août 2016 ? Et du massacre du 31 août 2016 ? Et de l’arrestation des opposants politiques ou des activistes résistants ? Que pensent nos acteurs politiques du CND de la dernière modification constitutionnelle qui institue un triumvirat en cas de vacance du pouvoir ? Et de la révolution des casseroles ? Et de la gestion de la pandémie du Covid-19 par le gouvernement gabonais ?
Le peuple gabonais souhaiterait entendre nos « braves de la paix » du CND sur des questions aussi importantes qui interpellent toute la nation gabonaise. Mais si l’appel des braves est une énième pirouette pour ne pas traiter les vraies problématiques nationales et plutôt permettre à certains opposants, au nom du peuple sollicité, d’entrer au prochain gouvernement où l’identité du ministre de la Défense nationale est très attendue, alors cela est très peu pour les Gabonais.
La nouvelle génération des Gabonais souhaite désormais une chose fondamentale et reste intraitable sur cette question : le respect de sa souveraineté, de son indépendance et de sa capacité à conduire son destin.
Les arrangements d’arrière-boutique ne peuvent plus être acceptés comme autrefois car ils se font toujours sur le dos du peuple gabonais.
Si ces 60 partis politiques de la CND sont représentatifs de la population, qu’ils aillent sur le terrain convaincre les populations du bien-fondé de leur initiative. Elles réagiront forcément et suggéreront à « leurs mandataires » les pistes de solution pour la résolution de la crise aiguë et multidimensionnelle que vit le Gabon depuis 1986.
Pour notre part, cet appel de « la paix des braves » est un énième mirage aux alouettes qui éloigne la nation gabonaise de la seule et réelle question qui vaille : mettre un terme définitif à l’imposture au sommet de l’Etat et restaurer la souveraineté du peuple confisquée le 27 août 2016.
Fait à Libreville, le 19 mars 2021
Par Privat Ngomo

