Le Congrès de Mitzic, est selon l’histoire le premier sommet international qui rassembla tous les Fang de l’Afrique centrale, notamment, ceux du Gabon, Cameroun, Guinée Equatoriale, Congo, etc, en vue de re-débusquer l’immense patrimoine culturel que leur avait légué leur Ancêtre Afiri Kara. Aussi, ce Congrès consista à protester contre l’occupation européenne et à re-définir les clauses de leur installation dans cette région stratégique de l’Afrique centrale, considérée selon eux, comme un espace stratégique sur le plan sociopolitique, culturel, linguistique et économique. C’est le début de ce que j’appelle la Fanguisation de la sous-région.
Ce fut la première tentative du peuple Fang à prendre à bras le corps son destin en souhaitant ériger dans cette zone une très grande Nation Fang, ayant des Institutions selon le modèle fañ. D’après, Julián BIBANG OYEE, La migración fang, Dulu Bon Be Afrikara, Ávila, Ed. Malamba, 1995, p. 17, cette énorme entreprise vit le jour au Cameroun vers les années 1925 sous la dénomination d’ETAT AYONG (l’Union du peuple). Et les protagonistes furent le peuple Béti (l’ensemble, Ewondo, Eton, etc.), les Bulu, les Fang, les Ntumu et les Okak. Mais, c’est en 1947 que, hormis les groupes et sous-groupes que nous venons de citer, s’ajoutèrent les Mekè (Mekègn), les Zaman, les Mvègn et les Bene. C’est dire que tout le peuple Fang était au rendez-vous. A l’issue de ce Congrès, Léon Mba Minko, futur premier Président de la République gabonaise fut nommé premier Président de l’UNIFANG (l’Union du peuple Fang), nom donné à ce Congrès. Par conséquent, quels furent les principaux objectifs de cette rencontre ?
Les objectifs :
Pour mieux comprendre les motivations de l’organisation de ce Congrès Fang, il paraît judicieux de retracer succinctement dans un premier temps le climat politique qui prévalait à partir des années 1940 jusqu’en 1947. D’abord, ce qu’il faut retenir c’est qu’en 1947, le peuple Fang vivait déjà de multiples agressions externes non seulement de la part des Colons français et allemands, mais aussi de la part des populations autochtones ainsi que des populations qui vivaient déjà sur les côtes gabonaises.
L’année 1946 marqua particulièrement les esprits suite à l’entrée des premiers députés gabonais en l’occurrence à l’assemblée nationale française. Celui du Gabon fut enlevé par Jean-Hilaire Aubame lors du scrutin du 10 novembre 1946. Toujours en 1946, Léon Mba, après son retour d’exil avait fondé le Comité Mixte Gabonais.
Donc, pour les Fang en général, c’était l’occasion de s’imposer face à ce foisonnement d’idées libertaires et face à ce sentiment d’appartenance à un ensemble dit homogène, inaliénable et socialement bien structuré.
Aussi, convient-il de le souligner que les événements des années 1940 marquèrent le début de la fin du régime colonial, ponctué par une intensification de la lutte des peuples colonisés contre leurs oppresseurs et un recul de plus en plus accéléré de l’emprise coloniale, selon, Nicolas METEGUE N’NAH, Histoire du Gabon, des origines à l’aube du XXIème siècle, Paris, l’Harmattan, 2006, p. 128.
Les Gabonais exigèrent, en échange de leur sacrifice, de plus en plus de droits, de liberté et d’autonomie, lançant ainsi le processus qui devait aboutir à leur indépendance. Dès la fin du mois de janvier 1944, se tint à Brazzaville, sous la présidence du général de Gaulle, une conférence réunissant les gouverneurs et gouverneurs généraux des colonies françaises, baptisée « conférence africaine française de Brazzaville », avait pour but de réfléchir sur l’amélioration de l’administration coloniale française.
Par conséquent, pendant que tous les Africains se battaient pour acquérir leur indépendance, y compris les Fang, qui, intérieurement, avaient d’autres intentions celles notamment de créer une scission complète avec leurs pays d’accueil pour enfin fonder un Etat souverain Fang. Vous trouverez les principales raisons de cette tentative de dissidence sur le plan social, plus bas dans notre développement. Il fallait, dans le même ordre d’idées, définir les stratégies de lutte contre une éventuelle domination coloniale ou celles des autres peuples voisins.
De ce fait, la nécessité et l’urgence de fanguiser la sous-région était une préoccupation majeure.
La suite, prochainement.
L.B

