Gabon/Congrès de Mitzic : Partie 2

La lutte pour l’acquisition de l’indépendance au Gabon constituait singulièrement un double enjeu pour le peuple fañ. Pour cette raison, toutes les passerelles qui s’offraient à eux furent minutieusement exploitées ainsi que toutes les velléités pour la création de leur Etat autonome, avaient été dans l’imaginaire collectif un Idéal à atteindre.

Tous les Ancêtres avaient œuvré pour qu’enfin voit le jour cet énorme projet. Mais, malheureusement, pour ce qui concernait l’intégration et la politique française au Gabon, ce désir de s’autonomiser sonna le glas de son hégémonie dans ce pays. En filigrane, se fut la naissance d’une prise de conscience collective du peuple fañ à vouloir re-vivre selon le parangon d’Odzambogha, la patrie d’antan.

Vous comprenez par là que le souhait des Fañ de vouloir se détacher de leurs pays d’accueil permis indubitablement aux Occidentaux de leur mettre la main dessus pour mieux les maîtriser enfin comme ce fut le cas.

Sur le plan culturel, notamment pour ce qui est de la religion, les Congressistes visaient aussi à la perpétuation du culte Biere car il incarne la déification des Ancêtres chez ce peuple. Il est considéré chez les Fañ comme étant une pratique religieuse capable de résoudre les maux qui minent leur société. Il est pragmatique, juste, tolérant, impartial, amour et inévitablement compatissant. Car il matérialise à la fois les relations entre chaque Fañ et Nane Ngoghe et le dieu de celle-ci.

Les reliques de Nane Ngoghe constituent le support de ces relations, mieux de cette alliance. On peut voir, dans le terme Biere la déformation, au fil des siècles, du mot hébreu bérit qui veut dire « alliance », d’après l’ouvrage de Paul MBA ABESSOLE, Aux sources de la culture fan, Paris, l’Harmattan, 2006, p. 57. C’est cette « alliance » que ce Congrès visait afin que tous, à l’unanimité, oeuvrassent pour l’unification de tout le peuple fañ de l’Afrique, ce fut une mission jugée très « noble » par ses pairs.

Allant dans le même ordre d’idées, à l’issue de ce Congrès, les participants ressentirent la nécessité de choisir un emblème à partir duquel tous s’identifieront. Ils choisirent un gros arbre, symbole d’« Adzab ou Aza », c’est-à-dire « un grand arbre de la forêt gabonaise », d’ailleurs, il convient ici de le rappeler que c’est l’un des plus grands arbres que possède notre forêt, voir, Paul MBA ABESSOLE, p. 60. Et son tronc servit au peuple fañ de rejoindre l’autre rive pendant leur migration.

Par conséquent, tous s’accordèrent pour le choix de ce dernier comme symbole de l’UNIFANG. C’est au Département du Woleu, en plein cœur de la ville d’Oyem qu’ils trouvèrent cet arbre, baptisé en langue fañ : « NKUM EKI » ou « NKUM EKIEGN » selon les régions, c’est-à-dire « une colonne d’acier », voir Marc MVE BEKALE, Pierre Claver Zeng et l’art poétique fang, esquisse d’une herméneutique, Paris, l’Harmattan, 2001, p. 82. C’est ce grand arbre qu’on retrouve sur l’emblème du drapeau de la Guinée Equatoriale car, Macias NGUEMA BIYOGO, premier président de la République équato-guinéenne, était en faveur de ce projet, alors pour le matérialiser dans son pays, il suggéra à ce que cet arbre, symbole de l’UNIFANG apparût sur le drapeau de son pays, selon les dires d’une grand-mère originaire de ce pays que j’ai pu consulter. Aussi, en 1972, fit-il un voyage aux Etat- Unis, pour demander aux Conseils de Sécurité de l’O.N.U de proclamer solennellement l’UNIFANG comme un Etat indépendant et libre, voir Liniger GOUMAZ, La Guinée-Equatoriale. Malheureusement, le projet n’aboutit pas parce qu’il fut le seul à plaider pour cette cause.

En effet, depuis plusieurs décennies, cet arbre promouvait l’épanouissement de tout le peuple fañ de la sous-région, tant sur le plan social que sur le plan intellectuel, culturel et économique. Selon les dires du défunt, AKOMO ZOGHE Simon Pierre, la force du peuple fañ y résidait. Car disait-il qu’à chaque rentrée académique, tous les grands féticheurs du pays fañ, c’est-à-dire ceux du Gabon, Cameroun, de la Guinée Equatoriale, du Congo, etc, se retrouvaient au pied de cet arbre une fois par an afin de faire des sacrifices aux Ancêtres en immolant poules, canards, cabris, moutons, etc.

A l’issue de ces sacrifices, tous les vœux que ces derniers émettaient se réalisaient à coup sûr. Selon lui, leurs vœux les plus chers étaient de demander à ce que tous leurs enfants soient toujours les meilleurs dans leurs études ; que le peuple fañ aille toujours de l’avant ; que les récoltes, la chasse, la cueillette et l’agriculture se fructifient davantage et que la paix règne éternellement en pays fañ.

Tous les participants à cette cérémonie se tenaient de garder scrupuleusement le secret car si l’un d’entre eux le divulguait à un profane, un malheur grave devrait s’abattre sur lui et les siens. Parfois, le dévoilement du secret par l’un des congénères anéantissait le pouvoir de ce rituel annuel.

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