Le jeudi 4 août 2022, à 10h, la Cour criminelle spécialisée a repris son audience suspendue la veille.
Le Président de la Cour, après avoir appelé l’accusé Renaud Akoué Allogho à la barre, rappelle à Renaud Akoué Allogho qu’il est accusé d’avoir détourné entre 600 et 700 millions de FCFA.
Puis, il donne la parole à l’accusé. Mais aussitôt les deux avocats de la défense, Mes Loundou et Stéphane Eyogho, vont se lever et demandent la parole au Président. Ils disent à la Cour qu’ils ont appelé les 4 témoins. Parmi eux un expert comptable, l’ancien agent comptable de la CNAMGS; les deux autres témoins sont absents.
La Cour appelle le premier témoin pour vérifier son identité. C’est un expert comptable.
Après avoir donné sa pièce d’identité au Greffier en Chef, la Cour demande à la défense pourquoi avoir choisi un expert comptable ? Me Eyogho répond à la Cour que, lui, il est juriste, il n’y a qu’un financier qui peut mieux éclairer la Cour.
Le Ministère Public, représenté par l’avocat Général Pambou Lingombe Brice Arnaud, pose la question de savoir si cet expert est agréé par la Cour d’appel judiciaire.
Le Président décide alors que le témoin sera entendu à titre de renseignement.
Un autre témoin est appelé à la barre, l’ancien Comptable de la CNAMGS, Monsieur Bouka. À son tour, le Président de la Cour lui demande de donner sa pièce d’identité au Greffier en Chef. Ensuite, le Président demande à l’ancien agent comptable de la CNAMGS si Renaud Akoué Allogho était son chef à la CNAMGS. M. BOUKA répond qu’il a connu Monsieur Allogho Akoué, dès les années 2002-2003, quand il était agent comptable à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS).
L’avocat Général pose la question au témoin si c’est Renaud Akoué Allogho qui a favorisé sa nomination en qualité de comptable de la CNAMGS.
M. BOUKA dit à la Cour que, quand Renaud a été nommé DG à la CNAMGS, il était déjà comptable là-bas.
Le Ministère Public, répondit en demandant encore à Monsieur BOUKA pourquoi il a quitté la CNAMGS?
M. BOUKA explique à la Cour qu’il préparait un concours en qualité d’inspecteur des impôts. Il était donc allé en formation en France pour une durée de 7 mois.
Le Présence de M. BOUKA comme témoins ne fait pas l’unanimité. Mais le Président va également décider qu’il sera entendu à titre de renseignement.
M. Renaud Akoué Allogho, précise à la Cour qu’il a connu M. BOUKA à l’époque il était agent comptable de la CNSS, et Renaud Akoué Allogho travaillait dans un cabinet de contrôle. Il était commissaire au compte de la CNSS, donc c’est au cours de ses opérations de contrôle qu’il a connu M. BOUKA. Il renchérit en disant que c’est lors de la passation de service à la CNAMGS qu’il a revu M. BOUKA. Ils n’ont pas de relation particulière.
Le Président reprend la parole. Il demande à Renaud Akoué Allogho de présenter l’organigramme de la CNAMGS. Pendant que l’accusé était en train d’expliquer l’organigramme, le Ministère Public sollicite la parole et fait observer à la Cour, que les témoins sont encore dans la salle, qu’il serait judicieux de les mettre dans la salle de témoins, afin qu’il ne puisse pas suivre les débats. Le Président demande alors aux agents de la sécurité pénitentiaire d’amèner les témoins dans une salle.
Le Président demande à M. Akoué Allogho de continuer ses explications. L’accusé poursuit en disant qu’il y a le Conseil d’administration, qui est l’organe de contrôle et décisionnel, après il y a le Directeur Général, qui est ordonnateur de crédit, et enfin, l’agent comptable pour l’exécution et le contrôle de la comptabilité.
En terme de contrôle, il y a le commissaire au compte et la Cour de Compte.
Le Président demande à l’accusé de parler des évacuations sanitaires.
L’accusé explique que si un médecin estime qu’un patient ne peut pas être soigné ici (au Gabon), il transmet le dossier à la commission qui est chargée d’étudier les dossiers, ensuite les documents sont envoyés à l’étranger pour faire une évaluation.
Mais le Président interrompt l’accusé en lui disant que « Vous êtes reproché de payer les prestations rien que sur les bases de devis. »
Renaud Akoué Allogho réagit en disant que tant que le patient n’est pas allé se faire traiter, il n’y a que le devis que la CNAMGS reçoit. C’est seulement après le traitement du patient à l’étranger qu’ils ont la facture.
L’instruction à la barre se poursuit, le calme dans la salle est un silence de cathédrale. La Cour dit à Renaud Akoué Allogho qu’il est accusé d’avoir envoyé les patients à l’étranger dans les structures qui n’ont pas de convention avec la CNAMGS.
Mais l’accusé répond à la Cour en disant qu’il y a des cas spécifiques. Il prend l’exemple d’un patient qui devait subir une greffe du rein, mais dans les structures du Maroc qui ont des conventions avec la CNAMGS, aucune structure ne fait pas cette greffe. Il a donc fallu aller en Inde, dans une structure non conventionnée. L’accusé précise également à la Cour qu’il n’est pas médecin, par conséquent il ne connaît pas les pathologies qui doivent être évacuées ou pas.
Le Ministère Public réagit à son tour en disant à la Cour, que deux ans après, dans son dossier, il y a toujours 385 millions décaissés sans justificatifs pour le paiement de structures non conventionnées.
L’accusé explique que pour les structures publiques en France, le paiement se fait directement au Trésor public français, et qu’il a été démis de ses fonctions le 8 novembre 2019, puis arrêté le 13 novembre 2019. Il ne sait pas pourquoi il n’y a toujours pas de justificatif.
Le Président de la Cour criminelle spécialisée réagit en disant à l’accusé qu’il devait dire à ses avocats d’aller chercher les factures auprès du Trésor français.
Mais Me Loundou, l’un des avocats de l’accusé, fait observer à la Cour qu’il y a la continuité de l’administration, que la CNAMGS est une entité publique, et donc que si les documents ne figurent pas au service archive, c’est donc une carence de l’administration et non de son client.
Mais le Ministère Public rétorque en disant à la défense : « ce n’est pas la CNAMGS qui est poursuivie, mais Renaud Akoué Allogho. »
Le Président continue sereinement son instruction. On arrive à l’affaire du loyer d’une maison au Maroc à hauteur de 2.700.000 FCFA par mois au compte de la CNAMGS.
L’accusé explique à la Cour, qu’une maison avait éré prise en location au Maroc pour accueillir les patients qui partaient et le personnel qui partait au Maroc, parce que rester à l’hôtel coûtait plus cher à la CNAMGS.
Le Président fait donc observer à l’accusé que c’était un contrat gré à gré sans appel d’offres, en violation du code des impôts.
L’accusé reprend la parole en disant au Président, disant qu’il n’a pas violé la loi, car l’appel d’offre c’est à partir de 35 millions.
Le Président fait également observer que, lors de la signature du contrat de location, une disposition stipulait dans quel compte l’argent du loyer devait être versé. Mais dans lors du versement, l’argent a été viré dans une autre compte qui n’était pas mentionné dans le contrat. Pourquoi ce changement ?
L’accusé explique qu’une entreprise peut avoir plusieurs comptes bancaires, et que l’entreprise peut mentionner un compte dans le contrat, mais par la suite, demander au débiteur de payer dans un autre compte. Il renchérit en disant qu’en 2019, il y a eu un problème de transferts internationaux. Et, suite à cela, il avait demandé à tous les prestataires étrangers d’ouvrir un compte au Gabon pour le paiement.
La Partie civile, par l’entremise de Me Moutsinga, va réagir en disant que donc c’est l’argent comptable qui a fait puisque le contrat stipule qu’on doit payer sur tel compte, mais il va payer sur un autre compte.
L’accusé répond en disant encore à la Cour que, quand il a été nommé, il avait trouvé cet agent comptable, que ce n’est pas le DG qui va effectuer le paiement .
À 11h05, soit une heure après le début de l’audience, une passe d’armes va donc s’ensuivre entre la défense et la partie civile.
Me Angondjo revient à la Charge : « donc on peut dire qu’Allogho a dit que son comptable a failli ? »
La défense ne laisse rien passer, elle répond à la partie civile : « Monsieur Allogho Akoué n’est pas dépositaire des dépenses. »
Comme dans un match de ping pong, Me Angondjo renvoie la balle : « Donc l’argent comptable faisait n’importe quoi, il paie qu’il veut. »
Cette fois-ci, la réplique de Me Agondjo va conduire le Public à faire « le bruit » dans la salle d’audience. On entend plus rien, et ce n’est même pas encore le week-end !
Mais le Président interpelle la salle « Silence, sinon je vais évacuer toute la salle ! »
Le comptable en question, c’est Monsieur BOUKA, qui sera appelé aussi à la barre.
La sérénité semble regagner la salle d’audience. Le Président demande à l’accusé s’il n’avait pas instruit le comptable de faire le paiement ? “Vous ne l’avez pas influencé ?”
Réponse : L’accusé répond qu’il n’a pas influencé Monsieur BOUKA.
Sur le prestataire “Off for You » (pardon oh Car SOS Prisonniers Gabon, ne connaît pas encore écrire les noms du Commeweath !), le Président demande aux parties si elles n’ont pas de question sur ce sujet.
Me Agondje pose la question : “Pourquoi c’est dans la nuit de votre départ de la CNAMGS que vous avez ordonné le paiement de ce prestataire ?”
Réponse : L’accusé explique qu’il a été nommé le 27 octobre 2017, et que la passation de service s’était faite deux à trois semaines après. Il dit que pendant cette période, il n’a pas posé d’acte de gestion. Il ajoute que les fonctions de DG finissent après la passation de service. Il dit aussi que, quand il avait appris son départ de la CNAMGS, il avait appelé les responsables de direction pour leur dire d’apprêter tous les dossiers en instance, qu’il va venir au bureau le lendemain matin pour la signature de ces dossiers. L’accusé ajoute quelques jours après, son Ministre de tutelle l’avait appelé pour venir faire la passation de Service. Mais quand il est parti au bureau, c’est là qu’il a été arrêté…
Le Ministère Public fait observer à la Cour que, sur la gestion du Prestataire “off for You”, un rapport dit qu’il n’a pas d’anomalie.
Sur le prestataire Dupont Consulting.
La Cour fait observer à l’accusé qu’il a signé un contrat avec ce cabinet alors qu’au sein de la CNAMGS certains agents pouvaient faire se travail.
Réponse : Renaud Akoué Allogho dit à la Cour, que ce cabinet avait été choisi pour aller faire l’audit financier des prestataires qui étaient à l’étranger, et qu’il ne pouvait pas demander à ses agents de faire ce travail, parce qu’il devait aussi contrôler ses services.
Le Président fait observer que ce cabinet Dupont Consulting revient toujours à tous les procès. La CNAMGS a payé 15 millions pour faire une expertise.
L’accusé répond en expliquant que le Cabinet Dupont Consulting avait été payé à 15 millions pour réaliser un contrôle qui porte sur 6 milliards avec les prestataires. Pour lui, c’est donc un prix raisonnable.
Le Ministère Public fait observer que le Directeur de Dupont Consulting est Gregory Laccruche. Est-ce qu’il s’agit de la même famille avec Brice Laccruche Alihanga?
L’accusé répond par l’affirmative, il ajoute que ça n’a rien avoir avec BLA, qu’il a choisi ce cabinet sur le critère du prix et l’efficacité du travail des collaborateurs.
Sur le Prestataire ONIASS
Le Président fait observer que le projet a coûté 3 milliards, mais la CNAMGS a payé 73% avant le début du lancement du projet.
L’ancien DG la CNAMGS explique qu’il avait constaté que tout était manuel à la CNAMGS, que les Gabonais n’arrêtaient de se plaindre sur les longues files d’attente pour être servis en pharmacie comme dans les hôpitaux. Il dit que pour mettre un terme à cela, un projet avec la structure ONNIAS avait été mis sur pied à hauteur de 3,41 milliards de FCFA, pour la mise en place d’une carte vitale et la digitalisation des services de la CNAMGS, dans l’ensemble du pays. 73% avait donc été payé.
L’accusé poursuit en disant que seule le groupe ONNIAS faisait dans les cartes digitales. En Afrique il n’y avait pas de structure capable de réaliser ce projet, que le groupe ONNIAS travaillait avec le réseau PHARMA qui a une longue expertise en la matière.
Renaud Allogho précise que ce contrat avait été signé par le Ministre de tutelle et d’autres Ministres de la République.
Me Agondjo pose la question : Combien le réseau Pharma a touché ?
Mais l’accusé répond que c’est la société qui dirigeait le projet qui a été payée.
La défense va à nouveau réagir en disant que le réseau PHARMA a seulement touché 421 millions.
Le Ministère Public, demande à l’accusé pourquoi jusqu’à ce jour nous n’avons pas encore le déroulement du projet ?
La défense réagit en disant que selon le décret 510 sur le fonctionnement de la CNAMGS, leur client ne peut pas décaisser l’argent à partir d’un montant, que sur le paiement de 2 milliards, c’est le conseil d’administration qui a donné son accord.
Mais le Président fait observer que même si c’est le Conseil d’administration qui a validé le projet, le DG doit veiller si la tâche pour laquelle l’argent est sorti a été effectuée .
Me Angondjo fait observer que Allogho a donné 2 milliards à une société qui n’avait pas d’expertise.
L’accusé réagit en disant que le projet s’était arrêté parce que la Direction de la CNAMGS a décidé d’arrêter le projet.
L’accusé fait lecture du document de la société ONNIAS qui avait invité le DG à une réunion de travail sur la digitalisation. C’était 6 mois après son arrestation.
L’accusé veut lire un 2e document, mais le Ministère Public va faire observer que les documents que Allogho lit ne sont pas communiqués aux autres parties. L’avocat Général demande à la Cour de dire à l’accusé de retirer ses pièces.
Le Président, à son tour, explique à l’accusé le principe du contradictoire que tous les documents doivent être remis à la partie civile et au Ministère public.
Me Moutsinga charge l’accusé en déclarant que la société ONNIAS « est une société de façade, elle n’a aucune expérience en matière de télétransmission. «
Me Loundou fait observer à la Cour que les propos de son confrère de la partie civile ne sont pas élégants. Ensuite, il dit que ce sont des affirmations gratuites.
La défense va également réagir sur les deux rapports d’audits de Ernst & Young et le cabinet Norton .
Selon la défense, le rapport Norton avait été fait sous la demande du juge d’instruction, mais n’avait pas été communiqué à la défense à la défense. Ils ont pu l’obtenir par d’autres moyens. Et le rapport Ernst & Young qui avait été fait sur la demande du successeur de Renaud. La défense ajoute qu’il y a un problème entre les deux rapports.
Sur le volet social.
Le Président fait observer que la CNAMGS a décaissé l’argent pour des associations, mais ces associations nient avoir reçu l’argent de la CNAMGS.
Il s’agit de l’orphelinat de Kinguele, le centre d’accueil d’Akebé, le lycée Awassi.
Il est également reproché à l’ancien DG d’envoyer l’argent par airtel money. Il fait aussi observer que c’est plus les associations du Woleu Ntem qui ont reçu plus d’argent.
L’accusé explique à la Cour que les aides sociales aux associations sont prévues dans les statuts de la CNAMGS, qu’ils ont un budget de 700 millions par an pour les aides. Il ajoute que les associations du Woleu-Ntem ont reçu de l’argent au même titre que les autres provinces.
Sur le Lycée Awassi, l’accusé explique à la Cour que chaque année scolaire, le Ministère des Affaires Sociales envoyait une liste des enfants orphelins avec les factures de leur scolarité. Et, c’est à ce titre que la CNAMGS soldait la scolarité des orphelins.
Sur l’association de Ndong Bibang Rodrigue, qui a reçu 92 millions de la CNAMGS, alors que l’objet social de son association était l’espace vert. “Est-ce que ça fait partie de votre objet?” s’interroge le Président de la Cour.
Renaud Akoué Allogho explique que cet argent était pour un projet qui avait été validé par la CNAMGS. Le projet consistait à faire les veuves âgées des plantations. Le projet concernait 4000 femmes.
13h07. Le Président de la Cour va faire lecture d’un Procès-verbal contenant les déclarations de Ndong Bibang Rodrigue. « J’ai reçu 92 millions pour la réalisation d’un projet de plantation sur 200 hectares. Quand j’ai reçu l’argent, j’ai subi des menaces de la part d’Allogho. J’ai même été obligé de déménager à deux reprises. Je lui ai remis 30 millions sur le coup de menaces. »
Mais l’accusé va nier en bloc les accusations de Ndong Bibang Rodrigue. Renaud Akoué Allogho dit qu’il n’a jamais eu une rétro commission de la part de ce dernier, il en veut pour preuve que 3 mois après le lancement du projet, il avait constaté que cela ne fonctionnait pas bien. Il avait même porté plainte à Ndong Rodrigue au Tribunal d’Oyem. Le Tribunal avait même ordonné la confiscation de ses biens.
Renaud Akoué Allogho, met les déclarations de Ndong Bibang Rodrigue sous le coup de la vengeance.
Il ajoute encore que c’est au B2 que ce Monsieur était venu faire ses déclarations sur les 30 millions.
Le Ministère Public fait observer que Renaud ne répond pas clairement aux questions sur le financement des associations.
Le Président de la Cour pose également la question à Renaud sur les 3 chèques qu’ils avaient signés à 3 personnes à hauteur d’un total de 140 millions.
L’ancien DG dit à la Cour que ces chèques avaient été décaissés à des collaborateurs en prévision de dépenses .
Me Agondjo va revenir sur l’affaire de 92 millions à une association. L’avocate dit que monsieur Mboussou, le prédécesseur de Renaud Akoué Allogho à la CNAMGS, a déclaré que le montant limite pour aider une association est de 10 millions.
Mais la défense réfute cette assertion en disant que les textes disent que la CNAMGS peut donner à une association jusqu’à 100 millions.
Sur le paiement par airtel money.
L’accusé explique que la CNAMGS avait décidé de payer les personnes handicapées par airtel money pour leur éviter d’aller encore faire la file d’attente au Trésor public. Il dit que la CNAMGS mettait l’argent dans ses puces airtel money, et il se rendait dans les différents sites mis en place pour le paiement. Les bénéficiaires venaient simplement avec un numéro airtel money et l’opération se faisait séance tenante. Ceux qui n’avaient pas de numéro airtel money, la CNAMGS mettait également une puce airtel à leur disposition.
Sur les régis d’avance, le Président explique que 194 millions ont été décaissés sans justificatif.
L’ancien DG dira à la Cour que, conformément à leur décret, les pièces comptables sont de la responsabilité de l’agent comptable et non du DG.
Question du Ministère Public : « qui était responsable des pièces comptables ? »
Réponse de l’accusé : « Conformément au décret 510 c’est le comptable qui est responsable. »
Le Président de la Cour dit au Ministère public de prendre ses responsabilités quand l’agent comptable va venir témoigner à la barre.
Sur le contrat avec Alpha BT d’un montant de 1,8 milliards pour la construction de l’annexe de la CNAMGS.
L’accusé explique que la procédure d’attribution de marché public avait été respectée et que c’est le Ministre qui a signé le contrat.
Le Président demande à l’accusé: pourquoi donner 50% d’avance?
L’accusé répond que c’est ainsi qu’ils étaient tombés d’accord dans le contrat, et la société avait estimé qu’il s’agit d’un bâtiment R+5 et que les travaux avaient débuté un mois avant son arrestation.
L’audience commence à peser, la fatigue commence à gagner la salle. Les avocats qui parlaient fort, se font déjà entendre à peine.
Aussi, le responsable de la structure avait été entendu par le juge d’instruction. Il a reconnu avoir perçu 50% du montant. Il a ajouté qu’il ne connaît pas Renaud.
Me Angondjo fait observer à la Cour que Dieng Alpha, le responsable de cette structure, avait également déclaré qu’il avait donné l’argent à plusieurs agents de la CNAMGS.
Mais Me Loundou va faire observer à la Cour que les noms qui ont été cités, son client n’est pas mentionné. La responsabilité pénale est individuelle .
Mais l’avocat Général dit que : comment une société qui n’est pas connue, sans expérience, peut bénéficier d’un tel projet?
Me Stéphane Eyogho répond en disant que dans les déclarations de Alpha Dieng, il a dit qu’il a une expérience de 20 ans. Il a travaillé déjà avec Colas, Socoba etc. En plus, l’avocat ajoute qu’Alpha Dieng a payé une caution de 700 millions.
Sur les 178 millions décaissés pour les frais de missions.
Le Président dit qu’il n’y a pas de justificatifs. Le Président fait également observer à l’accusé, que lors des missions à l’étranger, c’est la CNAMGS qui prenait en charge les dépenses du Ministre.
Quant à l’accusé, il dit que c’est lui qui signait les ordres de mission en qualité de DG, qu’avant d’aller en mission les agents viennent prendre leur ordre de mission. C’est avec ce document qu’ils partent se faire payer. Il précise que les pièces comptables sont avec le comptable conformément à la loi. Il renchérit en disant que durant ses deux années de gestions, il a participé qu’à deux missions à l’étranger. Comment peut-il détourner les frais de missions s’il n’a participé qu’à deux missions hors du Gabon ? S’interroge l’accusé.
Sur les 177 millions décaissés pour les travaux du bureau du Ministre de la prévoyance sociale.
L’accusé dit que les travaux ont été faits, que lui-même est parti là-bas à plusieurs reprises.
14h44. On passe à l’achat des véhicules de la CNAMGS.
L’avocat explique à l’accusé que les voitures ont été données aux agents et bout d’un an. Sans même payer, les voitures leur revenaient.
L’accusé explique qu’à la CNAMGS, il y a une commission chargée de réformer les voitures et qu’une voiture ne peut être réformée sans l’accord du Conseil d’administration.
Renaud Akoué Allogho ajoute que lui-même n’a jamais bénéficié d’un véhicule. Il avait rendu sa voiture de fonction au lendemain de son départ en qualité de DG.
Sur les émoluments du DG.
Renaud Akoué Allogho dit que son salaire mensuel s’élevait à 10 millions par mois. Chaque trimestre il avait une prime de recouvrement de 15 millions par trimestre, et 35 millions pour le 13e mois.
Il a bénéficié aussi d’une prime de performance de 100 millions.
Toutes ces primes sont décidées par le Conseil d’administration.
Me Moutsinga fait observer qu’en 2019, le montant des primes était de 700 millions, alors que les recouvrements étaient de 545 millions.
Mais l’accusé fait comprendre à la Cour que les primes sont payées en fonction des recouvrements annuels, et non des recouvrements de contentieux.
Sur la mise à disposition de 60 millions à l’agent comptable pour la prospection de la mise en place des pharmacies à l’intérieur du pays. Le Président fait également observer qu’il manque les pièces justificatives.
Mais l’accusé répond encore que c’est le comptable qui garde les pièces justificatives.
15h16. L’ancien Comptable de la CNAMGS est appelé à la barre.
Question de la Cour : lorsque Monsieur Allogho Akoué signe un chèque, est-ce que vous retournez vers lui pour lui montrer les pièces justificatives ?
Réponse : Je ne traite pas directement avec lui, c’est le contrôleur budgétaire qui me transmet les dossiers. Si le dossier n’est pas complet, je rejette, je ne paye pas.
Il ajoute que que tout le temps qu’il est resté à la CNAMGS, aucun paiement n’a été effectué sans justificatifs, sans dossier.
Le Président réagit en parlant des associations qui ont reçu de l’argent sans dossier. Comment on justifie ça ?
Réponse : « aucun paiement n’a été fait sur la base du néant. »
Le Ministère Public pose la question de savoir : « Est-ce que vous êtes le dépositaire des pièces comptables ? »
Réponse : Monsieur BOUKA veut expliquer, mais l’avocat Général demande à l’agent comptable d’épargner la Cour de Procédure et de répondre directement à la question posée.
Monsieur BOUKA répond en disant que c’est le comptable qui est dépositaire des pièces comptables. Sa réponse est un ouf de soulagement auprès de ceux qui sont venus soutenir Allogho Akoué.
Le Ministère Public dit au témoin que plus de 573 millions ont été mis à la disposition du Comptable, mais qu’il n’y a pas de justificatif.
Le comptable dit à la Cour que c’est difficile pour lui de répondre sans expliquer la procédure, car il risque de donner une réponse biaisée.
Mais il ajoute que s’il n’y a pas de pièce comptable donc ça été distraites.
La défense pose la question de savoir : À qui doit-on s’adresser pour avoir les justificatifs ?
Réponse : à l’agent comptable.
Le Ministère Public pose encore une autre question : À quel moment une pièce comptable qui est supposée être dans vos mains disparaît ?
Réponse : j’ai évoqué cette possibilité comme je n’étais plus à la CNAMGS. Ses fonctions ont pris fin le 28 octobre 2019. Sur la distraction des pièces comptables, il précise qu’il n’a pas affirmé » c’est une éventualité » martele l’ex agent comptable.
La défense réplique en disant que : comment expliquer que les deux rapports d’audits disent qu’ils manquent les pièces justificatives ?
Réponse: en ce qui me concerne, j’ai déposé mes pièces de gestions de 2017 et 2018 à la Cour des comptes. Le comptable ajoute que la CNAMGS, il n’y a pas de système d’archive. Et que depuis la création de cette entité, elle n’a jamais envoyé sa gestion de comptes à la Cour des comptes.
La défense fait observer que les deux cabinets d’audits n’ont jamais saisi la Cour des comptes pour demander les pièces comptables.
Le Ministère Public pose encore la question de savoir si l’agent comptable a déjà participé à une mission ?
Réponse : la seule mission à laquelle il a participé était à Lambaréné avec le Ministère de la Santé.
15h48. La Cour rappelle l’accusé à la barre.
Sur les finances de ses activités politiques, Renaud Akoué Allogho va déclarer qu’il avait reçu 140 millions en 2018 pour la campagne électorale.
Sur le blanchiment des capitaux.
La Cour fait observer à l’accusé que, durant ses deux ans à la CNAMGS, son patrimoine à subitement augmenté.
L’accusé explique que son patrimoine immobilier avait été bâti depuis. Sa maison d’Okala, Agondje et autres sont avant 2017. Il affirme à la Cour qu’il apporté toutes les pièces justificatives de ses biens devant le juge d’instruction.
Question de la Cour : à combien est évalué votre patrimoine ?
L’accusé hésite à répondre, mais le Président ajoute : 4 milliards ?
L’accusé lance un énorme cri : » Oh non! »
Cependant il reconnaît que, lors de ses fonctions, il a acheté un terrain à 20 millions, et qu’il a construit un bâtiment R+2 avec 6 appartement à l’intérieur en location. Au Togo, il a créé une société immobilière avec un ami.
Sur l’acquisition de ses voitures, l’accusé explique à la Cour que toutes ses voitures ont été achetées avant sa nomination à la CNAMGS. À l’exception d’un véhicule qui a été saisi au lendemain de son arrestation.
Le Ministère Public va faire observer que, lors des déplacements de Renaud Akoué Allogho à Oyem, il avait toujours un impressionnant cortège de voitures. Mais l’accusé explique que sur sa liste de candidature à l’élection municipale, il n’avait que des cadres, donc chacun venait avec son véhicule. Aucune voiture n’était louée.
Après la réponse de l’accusé, le Président annonce la suspension de l’audience. Mais Me Eyogho Stéphane, signale vite à la Cour que le deuxième témoin ( l’expert comptable)n’a pas été entendu. Le Président va réagir que la Cour a déjà été suffisamment éclairée, donc ce n’est plus nécessaire de l’entendre.
L’audience est suspendue. La suite pour les plaidoiries les réquisitions du Ministère Public enfin , le délibéré de la Cour ce vendredi 5 août 2022.
SOS Prisonniers Gabon, pour l’indépendance de la Justice.

