Nous connaissons bien les librairies traditionnelles, dans les allées desquelles nous aimons flâner à la recherche de notre prochain coup de cœur. Mais il existe d’autres formes de commerce littéraire qui nous sont encore relativement inconnues… Et si l’expérience était inversée ? Si c’était la librairie qui venait à nous ?
La librairie itinérante, c’est l’aventure dans laquelle s’est lancée Laurie en juin 2020. Un choix audacieux où les livres voyagent avec elle à bord d’une roulotte, poétiquement nommée La Tête dans les Nuages, avec laquelle elle sillonne les routes de France. Elle nous en dit plus dans cette interview.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis Laurie, j’ai 32 ans et je suis native de Seine-et-Marne où j’ai passé mon enfance. J’ai fait mes études à Nancy, en Meurthe-et-Moselle, où j’ai vécu pendant 9 ans.
Pourquoi avoir choisi la voie de la librairie itinérante ?
Après une licence en arts du spectacle puis un Master en Lettres, art, et culture, je me suis dirigée vers les métiers du livre par lesquels j’ai toujours été attirée. J’ai travaillé dans une maison d’édition associative vosgienne, puis en médiathèque et en librairie.
Depuis longtemps, je projetais d’avoir mon propre commerce, mais la forme classique ne me séduisait pas. Je me suis très vite tournée vers l’itinérance, qui ouvrait totalement le champ des possibles pour moi : avoir un magasin mobile qui puisse voyager, aller vers un public, et faire varier son environnement. La formule parfaite et adaptée à mes envies de casser la routine salariale, et de suivre ma propre voie.
Comment avez-vous aménagé votre roulotte ?
La roulotte est aménagée comme un petit magasin roulant à petite échelle : elle dispose d’étagères de livres et jeux, d’un espace comptoir et d’un espace lecture avec banquette, table et coussins qui permettent un endroit calme. L’aménagement intérieur a été conçu entièrement sur mesure avec l’aide et les conseils d’un menuisier à Nancy. De sa fabrication à la mise en place des livres sur les étagères en passant par l’aménagement et la décoration, il aura fallu six semaines pour faire naître la roulotte qui m’accompagne désormais au quotidien.
L’espace disponible pour présenter les livres est forcément plus réduit que dans une librairie classique, comment choisissez-vous ceux que vous souhaitez présenter ?
Même si je peux référencer près de 1200 livres, le manque de place est un des côtés frustrants de l’activité ; on voudrait pousser les murs pour toujours permettre un plus grand espace ! J’effectue une sélection qui vise à satisfaire tout le monde : on trouvera des best-sellers et les livres les plus demandés, mais également des petits éditeurs ou auteurs indépendants ou locaux que le format roulotte me permet de mettre en avant. La possibilité de présenter des pépites et coups de cœur qu’on ne retrouvera pas partout est aussi l’un des facteurs qui ont motivé l’ouverture de ma librairie.
Comment organisez-vous vos voyages ? Quelle est votre prochaine destination ?
Je reste 1 à 2 mois dans un département, une région, et j’étudie avant les possibilités d’implantation sur le court terme pour pouvoir participer à la vie communale une fois sur place.
Je contacte les communes et l’office du tourisme pour avoir les bonnes adresses, et je choisis des emplacements ou événements phares d’une commune pour pouvoir être présente de façon ponctuelle ou régulière (hebdomadaire en général) avec la roulotte pour de la vente ou des animations : marchés, festivals, campings, bases de loisirs, écoles.
Les destinations sont grossièrement établies au mois, puis détaillées à la semaine avec la parution de l’agenda hebdomadaire. Entre le 19 septembre et le 31 octobre prochain, je serai dans les Hauts-de-France, entre Lille et Valenciennes.
Quels sont les lieux dans lesquels vous préférez vous arrêter ?
J’aime beaucoup l’ambiance des petits marchés sur lesquels les commerçants se connaissent déjà et travaillent ensemble depuis plusieurs années. Les clients sont des habitués, et on sent que le marché est devenu un vrai lieu d’échange et de lien social.
Pour mon pied à terre durant la durée du séjour (hébergement chez l’habitant, location…), je privilégie les campagnes ou les communes un peu éloignées de grandes villes ou des grands pôles, ce qui permet des voyages avec plus d’espaces verts et de magnifiques paysages.
Une anecdote particulière à partager ?
Je sèche… Je n’ai rien de croustillant ! Ma roulotte a été enlisée dans les graviers en début d’année, lors de mon premier jour en Indre-et-Loire, lorsque je me garais à l’emplacement convenu avec le propriétaire de mon logement pour les deux mois à venir. Le gravier venait d’être refait, et il n’avait pas encore été tassé. Ajoutez à ça les pluies torrentielles des jours précédents, ça n’a pas aidé ! On a passé la soirée à essayer d’en dépêtrer la roulotte, d’abord à la camionnette, puis au 4×4. J’ai eu quelques sueurs froides !

