« Faut-il une formation pour devenir pasteur ou prêtre ? » s’interroge le pasteur Rostand Essono Ella

Une discussion oppose souvent les défenseurs de la tradition ecclésiastique des « exaltés de l’Évangile », pour reprendre l’expression de Luther, pour affirmer qu’on ne saurait être prêtre sans une bonne formation théologique de base. D’autres pensent que l’inspiration directe suffit pour tout maîtriser et que la révélation suffit. Que peut-on dire sur ce sujet qui parfois oppose les chrétiens ?

Il faut dire qu’être prêtre ou pasteur, c’est un métier qui a pour fondement la vocation. Celui qui voudrait s’y lancer doit reconnaître avoir reçu l’appel pour l’exercer, et c’est le Souverain Maître, créateur de toutes choses qui appelle pour remplir une mission pour que Sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. L’Eglise reconnaît cette vocation et examine, par des épreuves et le discernement si l’appel reçu est vrai. L’Eglise peut se tromper, mais être rattrapé plus tard par cette erreur, en constatant des errements, des déviances et des dérives morales.

Ensuite, lorsqu’on remonte depuis le début de l’histoire, le terme « Pheraa », traduit de « pharao » pour former le terme « pharaon » vient d’une forte culture égyptienne, où il s’agit ici d’une personne noble, avec une culture soutenue, et une formation pour la maîtrise des « mystères ». En Egypte, il s’agit bien sûr d’une personne qui maîtrise le monde temporel et celui dit invisible lié à la spiritualité. Moïse, par exemple dans la Bible a bénéficié des connaissances « ésotériques » et « exoteriques » réservées aux princes de la cour royale de « pharaon », une connaissance qui lui a permis d’opposer le DIEU vivant qui s’est révélé à lui, avec les divinités d’Égypte, « Aeke gyptos » sachant qu’Akenathon était la toute première personne de l’histoire à parler du DIEU unique au dessus des autres dieux, en parlant du DIEU Soleil. Cette tradition réservée à la grande culture et à la maîtrise des connaissances a été préservée pour les religions perses, les religions Cananéennes, les religions grecques, romaines, babyloniennes, jusqu’à la religion celte d’Europe.

Le christianisme a hérité de cette tradition, et le judaïsme a confirmé la grande culture livresque et de connaissance des rabbins (docteurs de la loi), appelés à enseigner.

C’est dans ce contexte que Jésus Christ lui-même se fait appeler « Rabbi », « maître, ou encore « Rabbouni » mon maître. A t-il été dans une école ? OUI, même s’il était Dieu lui-même pour avoir toute la connaissance, mais il n’a pas manqué de fréquenter les synagogues pour apprendre la Torah, les nebi’im et les qetubi’im (loi, écrits et les prophètes), les Talmuds, mishna, gemarra, jusqu’au moment où il a été trouvé en train d’enseigner. Les synagogues sont des lieux d’apprentissage et d’enseignement.

Si Jésus Christ lui-même se présente comme le maître, par contre il a pris avec lui des personnes qui l’ont accompagné, et qui apprenaient durant tout son ministère terrestre, jusqu’au moment où il est monté au ciel. La méthode utilisée était réservée pour les grands maîtres comme en philosophie « péripatos », apprendre tout en marchant avec le maître. En même temps, il y avait une doctrine : c’est à dire un enseignement à retenir appelé « Évangile », il a utilisé les figures de style comme des litotes, des paraboles, des syllogismes, des métaphores ….il a enseigné la symbolique des chiffres, il a parlé des signes présents et à venir…. l’enseignement du Royaume Céleste tout en donnant la recette pour y accéder. Parfois, il reprochait à ses disciples le manque d’intelligence et le manque de foi. Pourtant, il y avait des collecteurs d’impôt, des médecins comme Luc, des architectes comme Thomas ….tous avaient une base intellectuelle assez solide. L’apôtre Paul reconnaissait avoir appris auprès du célèbre rabbin Gamaliel, Paul lui-même était rabbin, c’est à dire Docteur de la loi et pharisien très zélé.

Dans les recommandations de Paul à Timothée, il est question de réfuter les faux prophètes, de rejeter les faux enseignements appelés hérésies. Cela veut dire qu’il y a ici, la formation requise à la base pour cet exercice, qui signifie l’habilitation dialectique.

L’Eglise de tous les âges reconnaît qu’il faut une bonne formation théologique, pour la fidélité de la doctrine à enseigner (apostolat), et la défense de cette doctrine des dangers intérieurs et extérieurs de l’Eglise (apologete). L’Eglise forme ses ministres, ses prêtres et ses pasteurs selon les niveaux et les grades selon ses besoins. Les Catholiques disposent de toute une congrégation de prêtres intellectuels appelés les « Jésuites ». Les protestants disposent des centres de formation théologiques comme des sciences humaines. C’est pourquoi, les meilleures universités appartiennent souvent aux Églises en Amérique comme en Europe, seuls les riches pouvaient envoyer leurs enfants.

Enfin, on ne s’autoproclame pas pasteur ou prêtre. Certes, il y a au départ une vocation, mais il faut une bonne formation théologique à la base, qui est la certification d’une orthodoxie doctrinale, des capacités à diriger des communautés et de paître le troupeau de Dieu.

Rostand Essono Ella, pasteur de l’Eglise Evangélique du Gabon

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