Gabon : Avec « Les veuves de Bifoula », Armel OYAMA remporte le Prix MILA DU LIVRE FRANCOPHONE 2022, livre dans lequel il dépeint l’écrivain, l’écriture et la veuve

Armel Oyama fait partie des écrivains de la nouvelle génération de la littérature gabonaise. Il a publié Les veuves de Bifoula (2020) aux Editions ODEM, roman dans lequel la thématique de la veuve refait surface. Si Sylvain Nzamba (Le supplice d’une veuve) et Hallnault Mathieu Engouang (Les veuves) ont, en amont, abordé le sujet, Armel Oyama apporte une vitalité et fait du sujet un véritable motif avec pour fond du récit la défense des femmes et des orphelins. Le point saillant de cette expérience de veuve dans le récit s’ouvre avec la mort de Thiburce Vandji qui plonge Grésilia Vandji, sa mère et ses frères dans une solitude sans précédent. La mère de Grésilia, qui tente de refaire sa vie, rencontre Maurice Folloni qui abuse de cette dernière par des viols répétés. Grésilia se défend et le tue. Par l’intermédiaire d’Angélique Boileau, une psychologue française, envoyée par l’ONU pour une mission d’inspection dans les prisons de Bifoula, Grésilia bénéficie d’un jugement. Elle est acquittée puis réhabilitée par la première Dame du pays qui va la choisir comme égérie de sa fondation œuvrant pour la défense des femmes.

Ce cadre supérieur à la CNSS, diplômé de l’Ecole nationale supérieure de sécurité sociale de Saint-Etienne écrit avec sobriété et donne l’impression d’avoir toujours vécu dans ce milieu. C’est un passionné de la littérature, proche de Sembene Ousmane, de Divassa Nyama et lecteur d’Alain Mabanckou, il sait que la réussite dans ce milieu exigeant et difficile passe par un travail acharné. En écrivant sur les veuves, il prend un engagement pour une cause juste, d’abord pour sa mère veuve, dont l’image de la première de couverture assure la transition avec les idées qui traversent linéairement tout le récit, puis pour ceux qui pensent que la société du XXIe siècle devra compter sur les femmes. Oyama est un écrivain actuel qui progresse par un discours alternatif, en faisant corps avec la mission symbolique d’être le porte-drapeau de la cause féminine tout en inscrivant Les femmes qui pleurent (2020), titre de son deuxième roman, dans un récit national.

Armel Oyama prépare actuellement un essai critique sur « L’émergence en Afrique : une affaire de tous ». C’est un auteur prolixe sur qui il faut désormais compter dans un champ littéraire gabonais toujours en mouvement.

Pierre Ndemby Mamfoumby est Enseignant de sémiotique littéraire et des mathématiques appliquées à l’UOB.

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