Une entreprise qui veut continuer à prospérer doit savoir couper des têtes, y compris la première d’entre elles.
Il n’y a rien de pire pour une entreprise qu’un patron de droit divin. J’en ai connu quelques-uns au cours de mes pérégrinations entrepreneuriales. J’ai pu constater qu’il venait toujours un moment où un patron resté trop longtemps en place perdait le sens de ses responsabilités, mettant dans la difficulté son entreprise, ses actionnaires et ses salariés.
C’est pour cela que les actionnaires sont indispensables au bon fonctionnement d’une entreprise parvenue à un certain stade de son développement. A travers le conseil d’administration, les actionnaires exercent un contrôle sain sur un patron qui, sans cela, n’en ferait qu’a sa tête. A l’image des contre-pouvoirs théorisés par Montesquieu dans la sphère politique, ils sont les garde-fous indispensables face à l’incompétence ou à la mégalomanie toujours possibles du chef.
Des contre-pouvoirs d’un genre particulier puisqu’ils sont avant tout mus par leur intérêt égoïste, ce en quoi ils ont parfaitement raison. Mais tant que tout le monde y gagne, les actionnaires, les salariés, il n’y a aucune raison à ce qu’on cherche querelle au chef. Plutôt que d’entretenir des controverses stériles sur la rémunération des patrons, on devrait se demander si ceux-ci sont pleinement responsables de leurs actes. On devrait s’attacher à remettre en cause les liens délétères qui existent, comme c’est le cas dans de trop nombreux pays, entre l’Etat, l’administration et les grandes entreprises.
En politique comme en affaires, le système le plus juste et le plus efficace, c’est la méritocratie. Celle-ci suppose la mobilité, l’injection régulière de sang neuf, la remise en cause permanente des statuts qu’on croyait acquis. Sans quoi c’est la sclérose, la stratification, la spirale du déclin. Cela vaut à tous les échelons du pouvoir. Rien de plus dangereux, pour une organisation, que les hiérarchies acquises, les privilèges décorrélés des résultats, les chefs qui s’estiment indéboulonnables. D’une manière ou d’une autre, par la révolte, le putsch ou la faillite, ils finissent toujours par se faire éjecter de leur fauteuil. Et d’autres, plus malins ou dotés d’un plus grand appétit, prennent leur place… jusqu’au prochain changement de direction.
Vitaly Malkin

