Littérature : 4 livres pour réinterroger votre rapport à la nature

La collection Mondes Sauvages des éditions Actes Sud, dirigée par Stéphane Durand, coauteur et conseiller scientifique des aventures cinématographiques de Jacques Perrin propose de repenser notre relation à la nature.

Avec cette collection, la maison « souhaite offrir un lieu d’expression privilégié à tous ceux qui, aujourd’hui, mettent en place des stratégies originales pour être à l’écoute des êtres vivants ». Une manière, en somme, de tendre la main aux êtres vivants qui nous entourent pour fonder, avec eux, une « nouvelle alliance ».

Les Fantômes de la nuit de Laurent Tillon

Parmi les mille et un êtres auxquels le chêne est lié – arbre dont Laurent Tillon nous a fait découvrir l’intimité et la palpitante histoire dans son précédent ouvrage –, il en est un particulièrement cher à l’auteur : la chauve-souris. Ou plutôt les chauves-souris car il en existe plusieurs dizaines d’espèces en France (record européen) et plusieurs centaines dans le monde. L’auteur revient à travers ce livre à ses premières amours : les chauves-souris forestières, qu’il étudie depuis les années 1990. 
La forêt, la nuit : l’occasion de solliciter d’autres sens que la vision et de découvrir une facette méconnue de cet écosystème qui pourrait nous paraître si familier de prime abord. Laurent Tillon n’a pas son pareil pour recréer en quelques lignes des ambiances forestières puissantes et immersives. Il nous emmène sur le terrain de ses recherches, en haut des arbres ou dans les grottes, en France comme sous les tropiques. 

On découvre que les chauves-souris sont les plus grosses consommatrices d’insectes nocturnes – les meilleures ennemies des moustiques ! On s’émerveille devant leurs incroyables capacités de vol et la précision de leur système d’écholocation, même dans le noir le plus profond, devant les secrets de leur exceptionnelle longévité et de leur résistance aux virus. On est captivé par leur vie sociale riche et solidaire, et l’on s’amuse à les voir déjouer avec une aisance confondante les tentatives de l’auteur pour les étudier, le narguant à voler juste sous son nez tout en restant insaisissables. Et cette étrange sensation où les rôles semblent s’inverser, où l’homme a la très nette impression que ce sont elles qui l’étudient : l’observateur observé… Comment pouvons-nous cohabiter de manière plus apaisée avec les chauves-souris ? Un voyage passionnant dans un univers fascinant, à la fois si proche et si étrange…

Quand les montagnes dansent d’Olivier Remaud

Olivier Remaud continue de nous inviter à porter notre attention sur des éléments naturels à première vue “inanimés”. Après avoir exploré la figure de l’iceberg dans son précédent ouvrage, il s’intéresse ici aux cailloux, aux roches et aux montagnes. Son enquête entremêle poétiquement une connaissance fine de la géologie à des réflexions philosophiques et sensibles, à la fois personnelles et de portée générale. Il met ainsi au jour les fractures intimes qui traversent la discipline depuis son origine : alors même que cette science en plein essor depuis deux siècles révèle la dimension historique des montagnes – elles surgissent, croissent puis disparaissent – et leurs liens inextricables avec le règne du vivant – si bien que la limite entre animé et inanimé devient extrêmement floue –, nous ne voyons bien souvent que des masses inertes de ressources tout juste bonnes à fouiller, à défoncer, à creuser et à exploiter. Dans cet ouvrage, le moindre rocher, une ligne de crête ou un plateau d’altitude apparaissent comme un arrêt sur image au beau milieu d’un ballet infiniment lent où les montagnes, flottant sur les couches visqueuses de la structure interne du globe, s’élèvent et s’aplatissent, se télescopent parfois, participent pleinement et intimement à l’ensemble des processus vitaux. Les plus hauts sommets sont de vieux fonds océaniques projetés vers les étoiles ; le fond des mers prépare les montagnes de demain ; la plupart des roches ne sont que des squelettes d’animaux disparus et reviendront dans le cycle de la vie au gré de l’érosion. 

S’émerveillant de la grâce de chamois funambules et de dentelles de lichens qui lèchent les rochers, rêvant éveillé ou profondément endormi – “nul ne connaît totalement la montagne à moins d’y avoir dormi” –, Olivier Remaud orchestre le ballet des réciprocités qui nous obligent : “Peut-être pourrons-nous alors nous réconcilier avec les rythmes lents de la Terre et toutes ses bonnes histoires ?”

Histoire naturelle du silence de Jérôme Sueur

Qu’est-ce que le silence ? En biologiste épris de littérature et de poésie, Jérôme Sueur nous emmène écouter les mille et un sons de la nature. Paysages enneigés, volcans, tempêtes marines, jungles tropicales, grenouilles et cigales, chants d’amour et de défis, laboratoires et chambres anéchoïques, l’auteur nous guide partout à travers le monde, au gré de ses expériences de terrain, pour nous révéler les secrets des sons de la nature, la relativité du silence et ses significations, la mécanique et la physiologie de l’audition, la pollution sonore anthropique. Avec un sens accompli du récit, Jérôme Sueur nous invite à méditer sur notre place dans le monde, sur la pollution sonore que nous produisons désormais à chaque instant, sur notre capacité d’écoute, notre aptitude à être à l’écoute des autres et du monde.

« Le silence n’est en rien un vide, une absence ou une négation. Il est riche et contient des informations essentielles à la communication animale et à la structuration des systèmes naturels. Il est une ressource disputée et un espace à occuper. […] Peut-être devrions-nous réduire nos bouches et agrandir nos oreilles pour tenter de rééquilibrer la balance sonore du monde. Écouter les silences et entrer parfois en silence, c’est aussi réfléchir un peu sur notre comportement et notre écologie. » Jérôme Sueur

Vivre en renard de Nicolas Baron

Une flamme rousse se faufile dans l’histoire de France : le renard est partout dans les archives, les arts et la littérature. Il fait partie du club très fermé de ces espèces compagnes qui, au fil des siècles, ont évolué avec l’Homme et l’ont fait évoluer. Le renard apparaît ainsi comme un acteur à part entière de notre histoire et non comme un simple figurant. Et il faut le regard aiguisé d’un historien tel que Nicolas Baron pour pister le goupil dans les archives et mettre au jour le long récit de ses relations tumultueuses avec les humains. Nicolas Baron représente la jeune génération d’historiens qui, dans les pas de Robert Delort puis d’Éric Baratay, souhaite réhabiliter la place primordiale qu’occupent les animaux et les plantes dans notre histoire.

Dans ce livre, on découvre que la vie et les comportements des renards se sont adaptés tant bien que mal à la transformation des paysages, des campagnes et des villes, et surtout du regard que les humains ont porté sur eux. L’accent est mis sur les deux derniers siècles et montre que cette histoire commune est loin d’être terminée : le renard continue d’évoluer, et nous avec lui. 

C’est la première fois que la collection Mondes sauvages accueille en son sein l’histoire des animaux, cette discipline qui les traque moins sur le terrain que dans les archives pour raconter la longue et étroite vie commune que nous menons avec eux.

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