L’histoire de l’opposition est ainsi écrite qu’elle n’atteint le Graal qu’avec une personnalité hors du commun en chef d’orchestre. De ce fait, depuis le vendredi 18 août dernier, la question brûle toutes les lèvres : Le candidat consensuel d’Alternance 2023 Pr. Albert Ondo Ossa peut-il être durant les prochains jours le Paul Mba Abessole de 1993, le Pierre Mamboundou de 2005, l’AMO de 2009 ou encore le Jean Ping de 2016 ? Tous ont laissé s’entretenir autour de leur personne et de leur action une propagande messianique et un culte idolâtre qui sont caractéristiques du mythe du sauveur.
Aujourd’hui, c’est au tour du Pr. Ondo Ossa de se poser en nouvel homme providentiel, porte-parole du peuple contre les élites discréditées dans un Gabon en crise d’identité. Il a explicitement proclamé qu’il entendait sauver le Gabon de son irréversible déclin et l’identité gabonaise de ses métissages politiques délétères. L’image imposante du Pr. Ondo Ossa, archétype moderne du sauveur gabonais, est dans toutes les têtes. Il est donc presque naturel pour cet homme politique de s’imaginer devenir “le héros de la chose publique”, le refuge vers lequel les électeurs vont se tourner. Mais saura-t-il en jouer le 26 août 2023 ?
Au Gabon, le contexte politique, avec un pouvoir incarné par la figure du PDG est favorable au recours fréquent au mythe de l’homme providentiel. Il est troublant d’observer la récurrence de ce mythe dans un pays qui se revendique comme un modèle démocratique, fondé sur la souveraineté du peuple et la défiance envers toute forme d’autocratie.
En rupture avec les raisonnements du Parti au pouvoir, Albert Ondo Ossa à la volonté de chasser l’ombre pesante qui a depuis trop longtemps, imposé aux Gabonais leur conduite. Se dégageant ainsi des préceptes qui ont modelé leurs comportements sociaux et politiques. Le candidat consensuel et homme providentiel apparaît en situation de crise, afin de lutter contre une rupture de l’équilibre. Le Gabon, si complexe, est aujourd’hui dans un état d’instabilité permanente. C’est donc presque logique, dans ce contexte, que la fascination permanente pour l’homme providentiel susceptible de guider la nation vers un avenir meilleur devienne très courant.
Pr. Ondo Ossa est censé être un recours extraordinaire à un problème d’apparence insoluble. Mais l’histoire nous a souvent montré que la réalité de l’action de l’homme providentiel est souvent bien différente de l’espoir qu’il a suscité. Le Gabon ressent le besoin de retrouver les figures héroïques de son histoire afin de combler une sorte de manque d’incarnation.
Gageons qu’à l’âge de 69 ans, le Pr. Ondo Ossa soit non seulement le rassembleur de toutes les résistances, mais aussi le reconstructeur du Gabon libérée et d’une nouvelle démocratie fondée sur l’État-providence. Un grand dessein pour le Gabon, restauré dans son indépendance et dans sa grandeur.

