Lire entre les lignes du Pr. Ondo Ossa

Je vais principalement me pencher sur l’interview du Pr. Albert ONDO OSSA du jeudi 31 août 2023 à la chaîne française TV 5 Monde.Je suis parmi les électeurs qui étaient indécis. Mais l’interview du Pr. Albert ONDO OSSA le jeudi 17 août 2023 devant les journalistes gabonais de Gabon 1 ère m’a emballé, j’allais dire convaincu. La même semaine le dimanche 20 août j’ai décidé d’aller récupérer ma carte d’électeur à mon centre de vote. Vous avez compris que j’ai donné mon vote au Pr. Albert ONDO OSSA parce que des Gabonais « normaux » comme lui se sont sacrifiés pour le choisir comme candidat à la présidence de la République.

Nous savons tous la fièvre populaire que Alternance 2023 a provoquée.Voilà, avec des conditions de vote pour le moins peu orthodoxes : aucun observateur international, déploiement d’un dispositif militaire et policier intimidant dans tout le pays, avec pour but de dissuader les civils de défier l’autorité publique et la coupure d’Internet. On savait alors sans l’ombre d’aucun doute que les Bongo allaient s’imposer de force.

Malheureusement les Gabonais n’allaient pas l’accepter, plutôt mourir. Et l’armée, les services de renseignements civils et militaires ont anticipé une guerre civile inévitable, car au moment où je vous parle on devait avoir perdu nos parents militaires et civils. On devait certainement entendre le bruit des roquettes, des rafales, des obus, des véhicules blindés de transport de troupes, des véhicules blindés de combat d’infanterie, etc. Il est vrai qu’un coup d’État n’a jamais été démocratique, mais le climat d’incertitude chronique actuel a pour responsables l’incompétence des civils (les Bongo et leurs alliés) qui ont gouverné l’État pendant 54 années.

L’armée a donc pris le pouvoir car les civils sont des incompétents. Si les militaires ont anticipé ces violences civiles, on doit être reconnaissant à notre armée. Les choses sont bien différentes de 2016 où sous le commandement du président sortant Ali BONGO, les militaires, les gendarmes et les policiers ont brutalisé les civils avec tout ce qu’on sait. Les militaires d’une certaine manière se sont rachetés auprès des populations qui les abhorraient, d’où la liesse populaire observée après leur prise de pouvoir.

Pour revenir sur les propos du Pr. Albert ONDO OSSA sur TV 5 Monde, son interview m’a inquiété. En effet, pour ceux qui écoutent entre les phrases, le Pr. Albert ONDO OSSA demande implicitement ou indirectement une insurrection populaire contre les militaires au pouvoir lorsqu’il affirme « j’ai le peuple avec moi ». En français facile, il demande indirectement au peuple de se soulever contre l’autorité militaire qui dirige actuellement le pays depuis quelques jours. Il se trouve que les militaires ont aussi le peuple avec eux, nous avons tous été témoins de la joie des Gabonais.Si le peuple suit cette démarche du Pr. Albert ONDO OSSA, les militaires massacreront les civils, mais malheureusement à cette répression militaire les civils ne reculeront pas au point où la violence atteindra un seuil incontrôlable comme au Rwanda, en Sierra Léone, en Angola etc..

Vous avez compris que le Gabon sombrerait alors dans une guerre civile. Ma question pourquoi en arriver là parce que quelqu’un a les ambitions du pouvoir? On concède au Pr. Albert ONDO OSSA la possibilité qu’il ait effectivement gagné ces élections présidentielles, d’accord. Le problème est que le Centre Gabonais des Élections (CGE) a été dissout par les militaires. En l’absence de cette institution nous ne pouvons pas procéder au recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote. En plus, le Pr. Albert ONDO OSSA dans la même interview demande la libération du président du CGE pour qu’il proclame le véritable vainqueur de l’élection présidentielle. Or, même s’il était possible de réhabiliter le CGE, on ne peut pas garantir l’intégrité des urnes de leur acheminement des différents centres de vote du pays au CGE. L’examen a été annulé, on doit tout simplement reprendre les épreuves. Je vais vous éclairer la lanterne sur le comportement des militaires.

Les Gabonais sont devenus incrédules face aux institutions de la République. En clair, ils ne croient plus en l’intégrité de ces institutions, qui sont toutes compromises. Cette incrédulité a été entretenue élections présidentielles après élections présidentielles, de 1993 à maintenant. Les militaires ont l’intention de « redresser » les institutions et pour cela il est tout à fait normal qu’ils utilisent la force si c’est nécessaire.

Je termine en disant que le Pr. Albert ONDO OSSA avait énoncé deux principaux objectifs pendant la campagne présidentielle :1. Chasser les BONGO du pouvoir car « 60 pour un pouvoir c’est trop ». 2. Mettre au sommet de l’État un Gabonais normal, c’est-à-dire un Gabonais dont on peut sans ambiguïté retracer l’origine. En français facile, un Gabonais de père et de mère.En toute objectivité, ces objectifs n’ont-ils pas été atteints ? Une transition dure en moyenne entre 12-24 mois. Il faut vous habituer à voir les militaires diriger le pays pendant un bon bout de temps avant l’organisation des prochaines élections présidentielles. Le Général Brice OLIGUI NGUEMA a clairement indiqué qu’ils (les militaires) sont là pour un temps pour « redresser » les choses.

Dr. Jean Cédric OBAME EMANEExpert en Sécurité et Défense

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