Tous les routiers le savent : le tronçon Lékori/Okondja c’est la piste de la mort. Pire que le chemin de Golgotha, c’est l’axe du mal. Bien avant le Pont de Lékori, en revenant du village Otala, il y a un éboulement monstrueux, jamais terrassé. Le danger y est permanent et la mort ricane à la moindre bifurcation. Une fois vous dépassez Lékori, l’Eternel sera votre seul Berger car au moindre croisement brusque et mal négocié, les enfers vous accueillent ; tellement les herbes ont envahi le bitume chinois depuis des années qu’aucun topographe ne saurait à ce jour les dimensions exactes de ce sentier. La symétrie et le parallélisme ont disparu. Seule la bande blanche médiatrice rappelle aux automobilistes que jadis ce fut une route à deux voies, aujourd’hui réduite à certains endroits à la moitié d’une seule voie. L’unique raison : l’herbe et rien d’autre.
Voulez-vous que je vous parle des axes Makokou/Okondja, Franceville/Andjogo/Okondja, Ambinda/Okondja, ou Aboumi/Okondja ? Non. Mieux je vous épargne les douleurs rénales, intestinales, dorsales et nasales. Vu l’état de putréfaction très avancée de ces calvaires, on a l’impression que Satan y joue à la pioche matin, midi et soir. Mais comment et pourquoi est-on arrivé à une telle affliction ? Tout simplement parce que la Subdivision des Travaux Publics d’Okondja ressemble beaucoup plus à une fake news qu’à une entité étatique rémunérée pour l’entretien routier. Que dire du Conseil départemental ?
Pendant cinq années, il a fixé ses priorités d’urgence à la construction des commerces, des bistrots et des bordels, oh que dis-je, des motels dans la commune, plutôt qu’à l’organisation des simples journées de désherbage des abords des routes départementales. Manque des finances ? C’est discutable. Manque de volonté ? C’est notre intime conviction.En longeant ces pistes par ailleurs, on arrive à Okondja, la Terre des Braves. Mais la beauté et la bravoure de cette vallée paradisiaque est obscurcie par une seule souffrance : le manque d’eau. Avec un château d’eau qui n’a pour seul rôle que son inutilité et d’autres installations hydrauliques ancestrales qui datent assurément des années 1980, les populations d’Okondja ont depuis environ cinq ans perdu la notion de l’eau coulant par un robinet dans la maison. Elles sont dans la contrainte infernale de faire à pied le tour des oasis c’est-à-dire des bornes-fontaines des quartiers Olongo, Sébé, Mouloundou et Gnenguelet dans l’espérance d’apercevoir des gouttelettes. Pour les plus nantis, à cause de la forte demande, il faut négocier les services de Chamssa et sa moto-benne à hauteur de 2500 francs CFA le tour pour aller puiser de l’eau. Les plus courageux quant à eux affrontent la bilharziose d’Atsia et d’Olongo.
Mais le Conseil Municipal est-il au parfum de cette sècheresse ? Certainement pas car la vente des terrains et la construction des cabanes du stade sont prioritaires. Le plus comique dans cette tragédie sociale c’est Dame SEEG qui a le toupet d’expédier chez ces populations indigentes des factures alors que leurs compteurs d’eau sont restés inanimés depuis des années. A Lékori, la situation est tristement dramatique. Il faut marcher environ 1,5 km pour s’abreuver et se laver dans la rivière.
Une vérité est indiscutable : au-delà de l’incompétence locale, le seul et unique responsable de cet état malheureux c’est le Gouvernement du défunt régime kounabéliste. Il y a donc urgence, en conclusion. L’urgence est d’autant beaucoup plus vitale que le Gouvernement de la Transition de Raymond Ndong Sima est appelé à trouver des solutions rapides et idoines.
Parmi les pistes de solutions, nous pensons que le Président de la Transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema doit exiger la clarté la plus absolue sur le montant et l’utilisation de la RSE de la Nouvelle Gabon Mining. Il est admissible qu’Okondja croupisse dans le dénuement le plus infâme pendant que les bénéfices de l’exploitation de son manganèse disparaissent dans les poches de la mafia locale et gouvernementale.
Youmou Potta

