Quand, en août dernier, nous descendions de cet avion commercial à POG, je me demandais bien comment allions-nous rattraper la semaine de campagne déjà perdue. Comment allions-nous faire sans notre avion loué puisque « confisqué ou expulsé » par ces « gens-là » qui séjournent aujourd’hui à « Gros bouquet ».
Je pris alors mon téléphone bien chargé et mes batteries portables. Mon sac en bandoulière. Et je lançais un « direct » qui allait permettre à d’autres compatriotes répartis sur l’ensemble du territoire et à travers le monde de vivre notre campagne comme s’ils étaient de notre délégation.
Pendant quatre heures, nous avons sillonné la ville de POG pour préparer le grand meeting de cet après-midi-là. Imaginez les émotions qui me traversaient quand je voyais tous ces compatriotes qui nous attendaient aux abords des routes en sachant exactement où se trouvait notre délégation grâce au « direct ».
Je me rappelle d’ailleurs que certains se proposaient patriotiquement de m’envoyer du crédit pour maintenir le « direct » le plus longtemps possible. Je pouvais ressentir depuis mon téléphone les émotions partagées. L’impression de me balader avec des milliers de personnes entre mes mains. Mais je n’étais qu’un maillon d’une organisation efficace et patriotique qui a permis tout ceci : Alternance 2023.
C’était une histoire magnifique que nous écrivions en août dernier grâce à l’engouement et l’engagement de nos compatriotes. Nous leur devons cette page inoubliable de l’histoire de notre pays. Malheureusement, et je le regrette, ces « gens-là », qui séjournent désormais à « Gros bouquet », avaient empêché notre délégation de se rendre dans le Haut-Ogooué, l’Ogooué-Lolo et l’Ogooué-Ivindo. Cela, après avoir regardé les belles images et le « direct » patriotique que nous réalisions à Tchibanga, Mouila et Lambaréné. Manque de fair-play alors même que personne ne perturbait leur campagne.
Quand je repense à toute cette dictature, comment m’imaginer qu’on puisse s’asseoir ensemble sans au préalable faire justice sur ces actes posés contre nous ? Ce n’est pas parce que nous pardonnons que nous oublions.
Malgré toute cette injustice durant notre campagne et bien avant, je me revois derrière ce pickup immortalisant chaque seconde de nos déplacements. Je revis la fatigue de nos équipes qui enchaînaient les meetings de jour comme de nuit jusqu’au grand final du Rond-point de Nzeng-Ayong.
Durant toutes ces étapes, j’avais mon téléphone entre les mains pour assurer le « direct ». C’était magique et patriotique. C’est pourquoi j’ai le sentiment d’une histoire inachevée…Aussi, au-delà des arrestations spectaculaires et des sommes d’argent récupérées ici et là, je reste convaincu que le problème de fond demeure la gouvernance électorale. C’est-à-dire : la transparence électorale. Une exigence pour laquelle nous nous sommes publiquement engagés durant ces dernières années à travers des mémorandums et des propositions. Pour prévenir au lieu de guérir.
Parce que la vraie liberté et la vraie légitimité, en démocratie et en République, sont celles qui naissent de la volonté et du choix du Peuple à travers les urnes. C’est pourquoi j’ai le sentiment d’une histoire inachevée…
Peut-on oublier pourquoi nous exigions hier l’introduction du Procès-Verbal Vidéo (PVV) dans le processus électoral ? Si on avait ce PVV en août 2023, on aurait eu la possibilité de vérifier, même après la forfaiture du CGE, qui fut le réel vainqueur. C’est comme la VAR au football. Mais, qui nous a écoutés hier ? Entre prévenir et soigner après la forfaiture… Où se trouve la véritable sagesse ? Pourtant, on nous parle aujourd’hui de corruption, de restauration et de dignité… mais cela ne saurait se faire sans dégager les responsabilités de la mal-gouvernance rattachée aux élections passées et récentes. Ces blessures et ces injustices sont dans nos coeurs. C’est pourquoi j’ai le sentiment d’une histoire inachevée…
Qui a fait quoi entre le 26 et le 30 août 2023 — et pourquoi pas depuis 1990 — pour empêcher le rêve et la volonté du Peuple à travers les urnes ? D’où sortent et comment ont été calculés les 64,27% de suffrages attribués du Papa déchu dont on ne cite plus le nom ? Cette loi du silence inacceptable était déjà imposée en 2016. Malgré les témoignages de fraudes dans le Haut-Ogooué principalement, ni les institutions ni les juridictions compétentes ne s’étaient saisies de l’affaire. Les auteurs sont toujours en liberté. Et ça recommence ?
Ceux qui étaient responsables des crimes électoraux et ceux qui dirigeaient les institutions et les Gouvernements grâce aux fraudes électorales de 2009 et 2016, et qui s’apprêtaient à faire de même en 2023, sont même appelés à jouer les premiers rôles durant la Transition… sans avoir avoué leurs mauvais actes contre la République et sans avoir présenté des excuses publiques au Peuple et à la Nation. Où est la Justice dans tout cela ? C’est pourquoi j’ai le sentiment d’une histoire inachevée.
Ces crimes électoraux sont aussi graves que ceux des détournements de deniers publics. Ils sont même plus graves car ils ont ôté la vie à des compatriotes. C’est pourquoi j’ai le sentiment d’une histoire inachevée…
Qui sont ceux qui faisaient les sourds et les aveugles quand on introduisait des requêtes à la Cour constitutionnelle ? Quand on dénonçait la modification des lois électorales et l’introduction du bulletin « inique » ? Pensez-vous que nous soyons en mesure de nous asseoir côte-à-côté avec ceux-là qui ont comploté contre la transparence électorale et la République au vu et au su de tous ? Nous pardonnons mais qu’on ne nous demande pas d’oublier aussi facilement.
Qui sont ceux à la Cour constitutionnelle qui ont rejeté nos recours contre l’élection d’un président du CGE qu’on savait partisan et en mission pour étouffer la volonté du Peuple ? Qui sont ceux qui l’ont soutenu jusqu’au 30 août 2023 ? Qui sont les personnalités et les partis politiques dont les noms apparaissent sur le document portant recommandations issues de la fameuse concertation d’avant les élections 2023 ? Celle qui a permis de tordre la Constitution et les lois électorales ?
Peut-on ranger dans le même moule ceux qui se sont opposés au format de cette concertation politique, qui ont contesté l’élection et le bureau du CGE et contesté les modifications iniques des lois électorales ? On doit simplement oublier tous ces actes ? Qui sont les membres des gouvernements précédents, les députés et sénateurs qui siégeaient au Parlement pendant que la Constitution et la loi électorale étaient bricolées au profit d’un Homme et son parti ? Pourquoi fait-on ou veut-on faire jouer les premiers rôles à tous ces gens durant la Transition comme s’ils n’étaient pas responsables des événements qui nous ont conduits à la Transition ?Sur quoi se fonde sincèrement le contrat de collaboration entre ceux qui sont restés dignes jusqu’au 30 août 2023 et ceux qui ont comploté contre la République et la vérité des urnes ? Alors même que nos bourreaux d’hier n’ont pas publiquement reconnu leurs torts contre la République et n’ont pas été jugés pour leurs crimes électoraux, est-il juste de collaborer et de nous demander d’oublier ? C’est pourquoi j’ai le sentiment d’une histoire inachevée…
Il y a donc ceux qui écrivent l’histoire et ceux qui la racontent. Mais celui qui oublie la vraie histoire, surtout quand il a participé à l’écrire, n’est-il pas condamné à la revivre ? C’est pourquoi j’ai le sentiment d’une histoire inachevée…

