« Treve de cette justice à géométrie variable ! » Par Romuald Assogho Obiang

Des membres de la société civile gabonaise ont initié des procédures devant des juridictions (aussi bien nationales que extérieures et internationales) à l’encontre de sieur Ali Bongo Ondimba, le Président de la République gabonaise renversé le 30 août dernier par « les forces de défense et de sécurité » dont il a été le chef suprême pendant quatorze ans à la suite de son père qui, lui, a régné sur le Gabon quatre décennies durant.

Des pétitions visant à galvaniser l’adhésion des Gabonais en faveur desdites procédures font régulièrement intrusion dans mes différentes messageries. À mon corps défendant. Ce qui me met quelque peu mal à l’aise avec l’une et l’autre des démarches ce n’est pas tant parce qu’elles méconnaissent (volontairement ou involontairement) le statut pénal d’un ancien chef de l’État aux termes de l’article 78 de la Constitution de la République qui a eu cours jusqu’au coup de force, mais parce qu’elles tendent à tenir le fils d’Omar Bongo pour seul responsable et coupable des délits et crimes de toutes natures dont le Gabon et nombre de Gabonais ont fait l’objet et les frais, et continueront d’endurer les affres un bon moment.

Ali Bongo n’est pas arrivé et ne s’est pas maintenu au pouvoir par ses seules volonté et actions. D’autres que lui ont participé à la prédation des ressources du pays, au pillage des caisses de l’État et aux crimes de sang qui sont désormais reconnus officiellement. Ceux-là sont parfaitement connus. Pourtant, qu’ils soient sur le territoire national ou ailleurs ils jouissent de leur liberté de mouvements ainsi que du fruit de leurs forfaits et forfaiture contre la nation. En tout cas jusqu’ici.

Le PDG et ses cohortes de membres qui ont co-géré le Gabon avec les Bongo depuis 1968 semblent être hors de cause. Est-ce normal? Par principe, par éthique chrétienne et sociale je ne suis pas pour la justice populaire qui équivaut à la loi du talion, ni plus ni moins. Comment le serais-je quand une telle justice prend en fait et en droit les atours d’une justice des vainqueurs, quand elle est manifestement à géométrie variable, s’attaquant aux uns et absolvant les autres ? De surcroît quand ces autres sont, eux, des justiciables ordinaires, donc faciles à appréhender et à poursuivre ?

Cela est contraire à la définition morale et juridique de ce qui est juste. Cela est indécent, particulièrement quand une société civile qui clame haut et fort se battre pour l’état de droit s’en accommode ou s’en rend complice en intentant des actions contre les uns et en s’illustrant par l’inaction en faveur des autres. Si la justice ne devait pas s’appliquer à tous, alors qu’Ali Bongo demeure dans la même paix et la même quiétude qui ont été niés à plusieurs Gabonais sous le système Bongo-PDG 56 ans durant. Qu’il lui soit accordé, par équité sinon par humanité, de se remettre de son état de santé chancelant et de s’accorder avec sa conscience en attendant le moment où il devra comparaître devant son créateur et juge suprême.

Pour rappel, l’Article 78 dispose que « le Président de la République qui a cessé d’exercer ses fonctions ne peut être mis en cause, poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé pour les actes et les faits prévus à l’alinéa 2 » dudit article. Lequel énumère la nature des actes et faits en question, à savoir violation du serment, haute trahison, faits commis dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions.

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