« Et quid de la contribution des artistes et acteurs culturels au Dialogue national » par Norbert Epandja

Comme promis, je vous livre ici, avec plaisir, un extrait de la contribution des artistes et acteurs culturels au dialogue national initié par le gouvernement de Transition.

Elle s’intitule : « CONTRIBUTION DES ARTISTES ET ACTEURS CULTURELS AU DIALOGUE NATIONAL » et porte un sous-titre, à savoir : « CRÉATION D’UN ENVIRONNEMENT POLITIQUE PROPICE A LA LIBRE EXPRESSION DES ARTISTES ET AU DÉVELOPPEMENT DES ENTREPRISES ET DES INDUSTRIES CULTURELLES ».

De prime abord, il convient de préciser que le but de la publication de cet extrait de notre contribution est d’attirer l’attention du Président du CTRI et du gouvernement de Transition sur l’urgence de mettre un terme à la politique du régime BONGO-PDG déchu qui prenait plaisir à affamer les artistes en les empêchant d’exercer leur métier et à museler la Culture en évitant de l’intégrer dans les programmes de gouvernement.

Affamer son peuple, comme Ali BONGO l’a fait pendant 14 ans, est l’un des plus odieux des crimes de haute trahison. Pour cela, Ali BONGO mérite d’être jugé et jeté en prison.Ceci étant dit, c’est finalement le jeudi 1er novembre 2023, que le Syndicat des Artistes (SYA) a déposé la contribution des artistes et acteurs culturels au ministère de la réforme des institutions.

Cette contribution, élaborée à l’issue de l’assemblée générale CAR-COGAC-SYA du 06 octobre 2023, est le fruit des contributions de plusieurs associations, des artistes et acteurs culturels indépendants qui ont voulu parler d’une seule et même voix à travers le Syndicat des Artistes.

Il n’y a pas de sots métiers au monde, a-t-on coutume de dire. Si le Président et le gouvernement de Transition veulent régler la question du chômage au Gabon, ils ne doivent négliger aucun secteur d’activité. A titre d’exemple, un orchestre est une entreprise culturelle. Et un musicien qui joue dans un orchestre peut bien gagner sa vie et subvenir aux besoins de sa famille. Nous ne pouvons pas tous être des ministres, députés, sénateurs, directeurs généraux, pilote, médecin, etc.

CONTRIBUTION DES ARTISTES ET ACTEURS CULTURELS AU DIALOGUE NATIONAL

Au sommaire, nous avons :

-Introduction.-Présentation de l’univers culturel.-Apport des artistes et des acteurs culturels à la richesse nationale.-Environnement politique.

I. DIAGNOSTIC

-Sur la situation des artistes et des acteurs culturels.-Sur les droits d’auteur.-Sur la culture.

II. PROPOSITIONS DES SOLUTIONS

-Sur la situation des artistes et des acteurs culturels.

-Sur les droits d’auteur.-Sur la culture.-Conclusion.

1. INTRODUCTION

Le présent exposé est relatif à la contribution des artistes et acteurs culturels au Dialogue National initié par le gouvernement de Transition.Il comprend : 1) Le diagnostic sur les maux qui minent les artistes et les acteurs culturels ; et 2) Des propositions des remèdes pour soigner ces maux afin que les artistes et les acteurs culturels expriment leur art, en vivent et jouent leur partition dans le concert de la Nation.

Notre pays étant désormais libre, l’artiste et l’acteur culturel gabonais doivent retrouver pleinement leur mobilité et leurs activités, lesquelles ont été longtemps obstruées par de nombreux obstacles d’ordre politico-socio-logistique imputables au régime BONGO-PDG déchu.

En effet, depuis 1967, le régime déchu le 30 août 2023 n’a fait que bâillonner et étrangler les artistes en les empêchant de s’émouvoir et vivre de leur art, faisant ainsi de notre pays un désert culturel où la littérature, le cinéma, le théâtre, les expositions, les concerts de musique et bals d’orchestres, la mode et défilés de mode, le spectacle, l’humour, la poésie n’ont plus d’existence.

Cette propension des gouvernements gabonais à ignorer la Culture et ses acteurs est une attitude très surprenante qui suscite des interrogations quand on connait le poids de l’apport de l’économie culturelle à la richesse nationale d’un Etat. D’où la nécessité pour nous de présenter l’univers culturel, afin que chacun se fasse une idée de ce que pourrait représenter l’économie culturelle comme apport à la richesse nationale du Gabon.

2. PRESENTATION DE L’UNIVERS CULTUREL

L’univers culturel comprend :- Des filières ou disciplines artistiques ;- Les artistes et acteurs culturels ;- Les entreprises et industries culturelles ;- Les structures et infrastructures culturelles.

a) Filières ou disciplines artistiques-Musique, danse et chorégraphie ;-Cinéma et audiovisuel ;-Littérature ;-Mode et design ;-Photographie ;-Art plastique et artisanat d’art ;-Art du spectacle ;-Presse et médias ;-Jeux vidéo et arts numériques ;-Art dramatique ;-Architecture et décoration ;-Mode, etc.

b) Acteurs culturels-Peintres et sculpteurs ;-Artistes musiciens ;-Cinéastes et acteurs de films ;-Managers ;-Journalistes ;-Attachés de presse ;-Directeurs artistiques ;-Infographistes ;-Choristes ;-Danseurs ;-Chorégraphes ;-Arrangeurs ;-Disc Jockeys ;-Techniciens de Studio ;-Ingénieurs de Son et Assistants ;-Éclairagiste ;-Agents commerciaux ;-Dramaturges ;-Architectes et artisans d’art ;-Ecrivains ;-Maquilleurs, costumiers, etc.

c) Entreprises et industries culturelles

Ce sont des structures dont la création dépend en totalité de l’existence des artistes, des acteurs culturels et des œuvres qu’ils produisent :-Librairies ;-Maisons d’édition musicale et littéraire ;-Imprimeries ;-Bibliothèques ;-Musées et galeries ;-Studios d’enregistrements.-Maisons de production.-Sociétés de fabrication des instruments de musique ;-Société de fabrication des appareils de diffusion de son ;-Société de fabrication des supports d’enregistrement de son ;-Magasins de vente d’instruments de musique ;-Boutiques et plateformes de vente des musiques ;-Boites de nuit, etc.d) Structures et infrastructures culturelles.

Ce sont également des structures dont la création dépend en totalité de l’existence des artistes, des acteurs culturels et des œuvres qu’ils produisent :-Salles de spectacles ;-Musées ;-Conservatoires ;-Festivals ;-Agences artistiques et culturelles, etc.

3. APPORT DES ARTISTES ET ACTEURS CULTURELS A LA RICHESSE NATIONALE

A la lumière de ce qui précède, si l’on a besoin d’autres éléments pour comprendre le poids de l’apport des acteurs culturels à la richesse nationale d’un Etat, ce sont les quelques exemples ci-dessous : En Côte-D’ivoire, « l’industrie culturelle et créative contribue à hauteur de 543 milliards de dollars du PIB ».Au Burkina Faso, « selon les estimations de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), la culture contribue à près de 4% du PIB ».Au Cameroun, « le secteur des arts et de la culture a généré 41,5 milliards de FCFA en 2019 », selon l’Institut National de la Statistique (INS).

Au Mali, « selon le fonds Européen de développement en Afrique (2018), la contribution des activités culturelles et créatives représente 7% du PIB et 12% des emplois ».

Au Sénégal, « le profil culturel des pays de l’UEMOA, établi par la francophonie en 2010, renseigne que l’ensemble du secteur culturel sénégalais génère au moins 2455 emplois et 12,5 milliards de francs CFA de revenus ». Pour ne citer que ces quelques exemples en Afrique.Tout le contraire du Gabon qui, pourtant regorge d’un potentiel culturel énorme qui ne demande qu’à être exploité pour le plus grand bien de notre pays et de nos populations dont la vie ne doit pas dépendre que des ressources naturelles (bois, pétrole, manganèse, etc.).

4. ENVIRONNEMENT POLITIQUE

A l’entame de cette contribution, nous l’avons sous-titré : « création d’un environnement politique propice à la libre expression des artistes et acteurs culturels et au développement des entreprises et des industries culturelles ».Nous entendons par là, la création par le gouvernement d’un Etat et une Nation gabonais qui se prêtent à l’activité artistique professionnelle et au développement des entreprises et des industries culturelles.Par « libre expression », nous comprenons la liberté garantie aux artistes et aux acteurs culturels par le pouvoir, d’imaginer, de créer et de distribuer des expressions culturelles diverses sans censure ou interférences politiques.

I. DIAGNOSTIC

Le présent diagnostic porte sur la situation des artistes et acteurs culturels, des droits d’auteur et de la Culture.

SUR LA SITUATION DES ARTISTES ET ACTEURS CULTURELS

Dans son rapport périodique de 2020, l’UNESCO nous apprend qu’au cours de la période 2015-2019, la mise en œuvre de la Convention 2005 au Gabon a produit plusieurs ajustements et reformes dans les textes organiques des ministères concernés par la question des industries culturelles.

Le rapport poursuit : « En 2015, lors de la mise en œuvre de la Convention – cadre signée entre l’Organisation Internationale de la Francophonie et la République gabonaise sur ‘’l’Appui au Renforcement des Politiques et Industries Culturelles au Gabon ‘’, un nouvel élan avait été insufflé auprès des acteurs culturels avec l’adoption de deux textes majeurs, à savoir : 1. Le décret n°0569/PR/MCAEC portant attribution et réorganisation du Ministère de la Culture ; 2. Le décret n°0573/PR/MCAEC du 23 novembre 2015 portant création et organisation de la Direction Générale des Arts et des Industries Culturelles ».

Sur la question du financement de la Culture au Gabon, le rapport de l’UNESCO déclare que : « Le financement de la culture demeure à ce jour un problème majeur non résolu malgré les nombreuses actions entreprises dans le domaine notamment des enquêtes sur : 1. L’étude effectuée en 2011 par les experts de l’OIF pour la mise en place d’un fonds de garantie en partenariat avec les banques installées au Gabon. 2. L’étude de 2015 sur l’Évaluation des dispositifs existants de financement des activités culturelles et l’identification de mécanismes répondant aux besoins de financement des entreprises culturelles au Gabon ». 3. La loi 10/85 du 29 janvier 1986 réservant obligatoirement une quote-part des marchés des édifices publics et à l’usage du public, destinée à leur décoration par les artistes et artisans nationaux ; 4. La redevance audiovisuelle contenue dans le nouveau code de la communication de 2016.

Ledit rapport nous fait constater ce que nous savons déjà, que « Le mécénat et le sponsoring ne sont pas institutionnalisés au Gabon, alors qu’ils méritent un cadre juridique bien établi ».

Sur les échanges de biens et services culturels et mobilité des artistes et professionnels, l’UNESCO affirme que : « La mobilité des artistes (gabonais) demeure un frein car aucune subvention ne permet à ces derniers de circuler librement au niveau national, régional et international.

SUR LES DROITS D’AUTEUR

Quand Ali BONGO récupère le Bureau Gabonais des Droits d’Auteur (BUGADA) en 2013, nous pensons tous qu’il va en faire une société digne de ce nom. Malheureusement, le BUGADA n’a presque jamais quitté la gare à cause d’une gouvernance opaque et outrancièrement politisée.

SUR LA CULTURE

Depuis 2009, le Gabon a perdu son identité au profit des Cultures étrangères imposées par le régime déchu, alors que l’identité culturelle est l’ensemble des valeurs qui fondent une nation.

II. PROPOSITIONS DES SOLUTIONS

Voici pêle-mêle les propositions de remèdes aux maux qui minent les artistes et acteurs culturels, recueillies par le Syndicat des Artistes au sortir de l’assemblée générale CAR-COGAC-SYA du 06 octobre 2023 à l’Hôtel de Ville de Libreville :

SUR LA SITUATION DES ARTISTES ET ACTEURS CULTURELS

L’Etat doit créer un environnement politique propice à la libre expression des artistes et des acteurs culturels, au développement de l’activité artistique professionnelle et à la création des entreprises et des industries culturelles.

A ce titre, il doit : 1. Instaurer la libre expression des talents pour leur permettre de produire des œuvres, pour susciter la création des entreprises et des industries citées en pages 3 et 4 du présent document. 2. Créer un fonds de développement culturel et d’aide aux artistes et aux acteurs culturels qui sont les gardiens et promoteurs de notre culture (langues, traditions, rites, croyances, etc.). 3. Faire en sorte que le Statut de l’Artiste soit modifié, promulgué et mis en application, afin que les Artistes deviennent des agents économiques et contribuent à la richesse nationale. 4. Doter notre pays d’une salle de spectacles dans chaque capitale provinciale. 5. Amener les radios et télévisions nationales à reprendre leurs émissions d’antan, qui permettaient aux jeunes talents de se faire découvrir et à tous les artistes de promouvoir leurs œuvres. 6. Prendre une mesure accordant une aide financière et matérielle ponctuelle aux artistes âgés de plus de 60 ans ayant marqué leur temps et ne pouvant plus exercer le métier. 7. Mettre en application la loi 10/85 du 29 janvier 1986 réservant obligatoirement une quote-part des marchés sur la décoration des édifices publics aux artistes plasticiens et artisans nationaux. 8. Réduire les taxes douanières sur les outils et matériels de travail importés des artistes, des acteurs culturels, des architectes et artisans, tels que : instruments de musique, tissus, peinture, pinceaux, colle, etc. 9. Restaurer la Société Gabonaise des Vêtement (MGV) ; 10. Créer une agence de promotion de l’architecture et de la décoration ; 11. Mettre en application la redevance audiovisuelle contenue dans le nouveau code de la communication de 2016. 12. Revisiter et mettre en application le Décret n°1586/PR/MCAEP du 25 septembre 1985, en ce qui concerne les échanges de biens et services culturels. 13. Institutionnaliser le mécénat et le sponsoring par un cadre juridique. 14. Restaurer l’enseignement des métiers artistiques (musique, théâtre, littératures, arts plastiques, dessin, etc.) dans les établissements scolaires et universitaires. 15. Faire en sorte que les artistes et les acteurs culturels figurent dans toutes les institutions dans lesquelles les décisions ont un impact sur leur vie et activité : gouvernement, Assemblée nationale, Sénat, Conseil Economique et social, Cour constitutionnelle, Conseil National de la Communication, etc. 16. Créer des espaces d’expositions et de vente d’œuvres de nos artisans et créateur d’œuvre de l’esprit. 17. Aider à la création d’écoles de musique et des danses traditionnelles.

SUR LES DROITS D’AUTEUR

1. Modifier le cadre juridique du Bureau Gabonais des Droits d’Auteur (BUGADA), afin de renforcer la participation des artistes à la gestion de cette structure. 2. Modifier en profondeur le cadre juridique du BUGADA pour faciliter la perception des redevances des droits d’auteur.

SUR LA CULTURE

1. Mettre en place un cadre juridique strict de protection et de promotion du patrimoine culturel national, faisant en sorte que notre identité culturelle devienne inaliénable et immortel. 2. Faire renaitre l’Education populaire. 3. Institutionnaliser l’apprentissage de nos langues nationales dans les établissements scolaires et universitaires.

Pour l’Assemblée générale :Norbert EPANDJAPrésident du SYA

Laisser un commentaire