Pour diagnostiquer la situation de l’économie Camerounaise actuellement, il faut bien analyser les causes lointaines pour comprendre les causes immédiates(actuelles).
Lorsque le Cameroun atteint le point d’achèvement en avril 2006, la dette extérieure publique du Cameroun était d’environ 6,2 milliards de dollars en valeur nominale. Nous sommes retournés moins d’un an après vers l’endettement auprès du FMI. En 2009, la dette avait triplé comparé à la situation de 2006 et nous avons mis en place le document de stratégie de la croissance et l’emploi(DSCE) qui théoriquement est un modèle économique de la théorie du *Big push* ou croissance équilibrée de Rodan-Roseinstein (1947).
En réalité, le discours du chef de l’État du 31 décembre 2023 est la conséquence du modèle de la théorie du *Big push* ou croissance équilibrée qui est le problème de l’économie Camerounaise actuellement. Implémenté depuis l’atteinte du point d’achèvement en 2006, il consistait à lancer plusieurs projets au même moment dans le pays, tout un pays en chantier. Sauf qu’un tel modèle est très exigeant en matière de financement et il faut mobiliser ces financements. Il est également très exigeant en matière de gouvernance. Et donc, s’il n’y a pas de gouvernance ni de financement, c’est un modèle qui va surchauffer avec le temps et rendant ces projets statiques comme des *rhinocéros blancs* …ce qui arrive actuellement n’est pas seulement lié à la crise du COVID 19 ou à la crise Russo-ukrainienne. Tout remonte au choix du modèle depuis 2006… »
D’autres erreurs ont été faites dans le modèle. Le DSCE est pensé avec une hypothèse de moins de 30millions de la population Camerounaise. Les résultats du recensement de la population qui devait servir de planification du DSCE n’ont pas été intégrés. Et même lorsque ce recensement est terminé en 2015, on a pas intégré cela dans la SND30. C’est clair qu’en l’état c’est une planification corrélée aux erreurs. Si vous ne connaissez pas le niveau de votre population, vous ne saurez pas la quantité de bien de consommation qu’il faut pour votre population, ni le nombre de m3 de produits pétroliers qu’il faut, ni le nombre de kW d’électricité, ni le nombre de m3 d’eau, ni le nombre de km de routes….
Il y’a une demande de tous ces biens aujourd’hui, mais l’offre est marginale. La plus grave erreur du modèle c’est également cette hantise à organiser une CAN en 2019 qui a coûté environ 1000milliards de FCFA. C’est ce qu’on appelle dès anticipations irrationnelles en politique économique. On aurait pu construire 04 raffineries de technologie chinoise pour permettre à l’économie Camerounaise d’être un Emirat pétrolier en Afrique au regard de sa posture de 12ème producteur de pétrole en Afrique et de capitaliser en termes de recettes d’exportation et par conséquent des devises pour résister à la crise de trésorerie actuelle.
Les conséquences du choix du modèle
C’est environ 88000 milliards de FCFA à mobiliser pour les projets de la transformation structurelle du Cameroun pour l’horizon 2035, soit 4 fois le PIB moyen du Cameroun sur les dix dernières années, 16 fois le budget moyen du Cameroun sur les cinq dernières années… C’est aussi çà la conséquence du choix d’une politique d’émergence économique. Le modèle étouffe par son incapacité à lever ces financements dans les délais. C’est pourquoi l’énergie peut-être disponible à Nacthigal en 2024, mais il faut mobiliser les moyens pour le transport dans l’interconnexion du réseau national qui est la phase la plus coûteuse. Le même problème de financement se pose pour les autres infrastructures physiques et énergétiques(routes, ponts, écoles, eau, pétrole…).
Le financement des projets par endettement a laissé la place à un endettement pour les projets structurels de long terme alors qu’il fallait opter pour un endettement pour les projets productifs de court terme pour capitaliser les recettes pour financer les infrastructures de long terme. C’est la résultante d’un taux de croissance de 3,9% en 2023 qui n’est pas l’hypothèse réaliste avec les taux de croissance de l’émergence économique pour l’horizon 2035. La crise inflationniste s’est ajoutée et le pouvoir d’achat du Camerounais régresse considérablement de 30% en 2023. Ces indicateurs ne vont pas s’améliorer dans les 03 années qui suivent si l’audace du financement n’est pas levée. La crise inflationniste est là et elle risque précéder la crise économique avec la nouvelle baisse des subventions des produits pétroliers en 2024.
Recommandations
-Le Cameroun est victime d’une crise de trésorerie, il faut donc réduire les déficit jumeaux pour s’en sortir: autrement dit déficit budgétaire et déficit de la balance de paiement. Ce qui suppose qu’il faut momentanément arrêter les projets que nous qualifions de *rhinocéros blancs* et d’allouer les probables financements issus vers les projets productifs à court terme pour se faire des recettes budgétaires.
-Repousser l’atteinte de l’émergence à un horizon réaliste et faire comprendre au peuple qu’il est illusoire de boucler ces projets structurants du DSCE et de la SND30 en 11 ans pour devenir émergent et de se concentrer sur les urgences actuelles: pouvoir d’achat, inflation, consommation, énergie, eau, produits pétroliers, routes, poubelles….
-Intégrer dans l’urgence les statistiques sur le recensement de la population dans une hypothèse empirique de 35 à 40 millions de Camerounais et corriger le modèle avec un modèle un peu plus simple ( celui de la théorie du small push:cf, théorie de l’Onguénéisme) pour éviter que le modèle actuel continue à étouffer avec des erreurs.
Dr ONGUENE ATEBA
-Économiste et Logisticien des transports
-Enseignant Agrée à la Sorbonne Institut de Paris

