Gabon Infos Live vous explique les raisons de cette pétition lancée officiellement depuis le 7 janvier dernier et portée par Vance Djemat BOUSSIEDY, Youssouf MBOUMBA, Sveltana ADAH MENDOME, Jean-Arsène HOULA-HOULA de l’association « Sans Nom ».
Découvert en 1955 et qualifié de « projet du siècle » par l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba, le gisement de fer de Belinga est situé dans la province de l’Ogooué-Ivindo le nom Belinga vient du Kota qui signifie le fer ce gisement s’étend au Cameroun et à la République du Congo voisins. Découvert en 1895 il recèle une réserve d’un milliard de tonne qui s’étend sur près de 5 000 km2 et est l’un des projets miniers en développement les plus importants du continent.
Aussi, le 12 décembre 2007 l’Etat gabonais accorde le titre minier d’exploitation a China Machinery Engineering Corporation au sein de la Compagnie minière de Belinga (Comibel) pour une concession de vingt-cinq ans. Le cahier de charge prévoyait la construction d’un port en eau profonde, d’un barrage hydroélectrique et d’une ligne de chemin de fer de 560 km pour ne citer que cela. China Machinery Engineering Corporation (CMEC) en 2006, était actionnaire majoritaire (75 %) de la Compagnie minière de Belinga. Une convention qui est suspendu suite à une forte pression des ONG et des révélations de plus en plus importantes sur des dérives et surtout le fait que la Comibel n’aurait fourni aucun rapport d’activité, preuve de l’absence d’activité sur le terrain.
En revanche en août 2022, l’Etat gabonais signe une nouvelle convention minière avec l’opérateur australien Fortescue Metals Group et le Fonds pour la transformation et l’industrialisation de l’Afrique (Atif) tous deux associées au sein de la co-entreprise Ivindo Iron SA. La convention, qui prévoit un investissement de 200 millions de dollars par la succursale du géant minier australien Fortescue Metals Group pour les années 2023-2024. Conformément au Code minier gabonais, le gouvernement gabonais bénéficiera d’une participation gratuite de 10 % dans la société Ivindo Iron, ce qui devrait permettre à l’opérateur australien Fortescue Metals Group et le Fonds pour la transformation et l’industrialisation de l’Afrique (Atif) de bénéficier des 90 % restant. Nous avons besoin que la lumière soit faite sur la part qui revient à chacun et sur quelle base.
POURQUOI LA PETITION ?
• POUR ÉVITER LES ERREURS DU PASSÉ
Depuis notre accession à l’indépendance, notre pays n’a pas su gérer de façon responsable et stratégique ses nombreuses richesses dont le pétrole, le manganèse et le bois et bien d’autres. A ce jour, le constat est que nous les avons bradés et elles ont plus servi l’intérêt d’un petit groupuscule de personnes en l’occurrence nos autorités gouvernementales et les intérêts étrangers venus pour les exploiter, laissant dans la misère et la pauvreté la majorité des populations du Gabon.
• POUR DEMANDER L’OUVERTURE D’UN AUDIT
L’attribution de cette convention minière à l’opérateur australien Fortescue Metals s’est faite dans l’opacité la plus totale et par un régime de prébendiers composées de personnalités véreuses responsables de la situation chaotique de notre pays. Elles ont été inculpées pour des chefs d’accusation lourds de conséquence, à savoir haute trahison et corruption active. C’est avec ces responsables politiques que la Convention de BELINGA a été signée. Nous ne pouvons donc que remettre en question tout ce qui en découle et souhaitons l’ouverture d’un audit pour définir l’ensemble des contours de la convention et obtenir tous les détails en rapport avec l’accord entre l’état gabonais et l’entreprise australienne.
• POUR RÉDÉFINIR L’ENSEMBLE DE L’ACCORD
Nous souhaitons que ce qui est considérée comme étant la richesse des générations futures comme indiqué dans le code minier en son article 3 soit avant tout orienté dans le sens de l’intérêt général et le développement de la nation. Nous exigeons de ce fait une révision en profondeur de la convention afin de :
– Redéfinir la part qui doit revenir à notre pays ;
– L’industrie du fer est très diversifiée. Nous exigeons d’intégrer la formation des jeunes gabonais et améliorer leurs compétences sur toute la chaine de valeur des activités de l’exploitation du fer pour qu’ils réussissent à jouer le rôle de 1er plan pour ainsi maitriser la gestion de nos richesses minières.
– Élargir nos ambitions en partant de l’extraction à la transformation sur place, dans l’objectif d’apporter de la valeur ajoutée, créer des industries modernes porteuses d’emplois et pour étendre l’impact positif de cette richesse sur nos populations et notre nation.
• POUR RÉÉVALUER L’IMPACT ENVIRONEMENTAL
Un projet de l’ampleur de Bélinga ne peut pas avoir uniquement que des effets bénéfiques (industrialisation, économie, emplois). Des impacts sur le milieu humain et naturel sont à prévoir. Seulement, il est important de tirer les enseignements du passé avec les cas des pollutions de Mounana et de Moanda (Haut-Ogooué) et les nombreux autres exemples en Afrique et à travers le monde des pollutions issues des mines de fer. Pour que ce grand projet respecte au mieux l’environnement et minimise les impacts pour les populations, nous souhaitons que la lumière soit faite sur ce volet et que soit impliquées non seulement les communautés locales, mais aussi la société civile gabonaise préoccupées par les questions de la protection de l’environnement, de la faune et de la flore, dans la réalisation de cette évaluation.
Le cas des mines de fer au Libéria est un bon exemple pour appréhender les impacts que peut avoir l’activité minière. Ces mines de fer au Libéria ont causé au cours des dernières années une pollution massive des rivières mais aussi des catastrophes sanitaires pour les populations vivant à proximité de ces cours d’eau. Dans son rapport, Developing Liberia’s Aquatic Biomass Amid Incessant Iron Ore Mining, Syrulwa Somah, Docteur en politiques environnementales et sanitaires, dénonce quatre impacts majeurs de l’activité minière du fer :
– la déforestation massive et la destruction de la nature : destruction d’importantes espèces sauvages, d’animaux, d’habitations humaines… le défrichement des terres et la construction de routes sont responsables d’une déforestation à grande échelle qui réduit la superficie des forêts tropicales, les mines à ciel ouvert engendrent aussi de grandes perturbations dans le paysage local par la refonte du relief sur plusieurs centaines de km², tandis que l’utilisation d’équipements lourds créent de l’érosion et de la poussière, quant aux routes créées elles aident les chasseurs pour la chasse d’animaux protégés tel que l’éléphant…
– la pollution massive des rivières du Libéria par les décharges de déchets toxiques issus de l’exploitation minière. Il est en effet inévitable que des déchets de l’extraction de minerai de fer ont pollué les principaux cours d’eau libériens comme St. John, Cavalla, et Farmington.
– la destruction de la biomasse aquatique du Libéria (crabes, tortues, poissons, alligators, crevettes, grenouilles…). Ces animaux sont souvent contaminés par des déchets de minerai de fer et donc il devient dangereux pour les personnes vivant le long de ces rivières de manger les poissons et les crabes de ces rivières polluées.
– les problèmes médicaux, sanitaires et de sécurité pour les travailleurs et les populations locales : Lors de l’exploitation minière, les services de base comme l’électricité, l’approvisionnement en eau et la construction de routes, de logements, des écoles et des dispensaires pour les populations locales ne sont jamais devenus réalité. Et les populations locales autour de ces mines ont souffert des effets de la pollution des rivières, des ruisseaux et de la dégradation du milieu.
Syrulwa Somah recommande que les critères d’attribution des contrats miniers ne soient pas uniquement financiers mais que l’on tienne compte des études d’impacts à long terme sur l’environnement et des retombées économiques pour le pays. Et il met en garde son pays sur une mauvaise gestion des ressources minières au Libéria :
« Sans restrictions des rejets de déchets miniers dangereux dans ses eaux, le Libéria s’expose à l’avenir à des catastrophes publiques qu’aucune somme d’argent ne pourra atténuer. Nous ne devons pas laisser quelques personnes ou entreprises ruiner notre environnement au nom du redressement économique parce que nous partageons tous le sol, l’eau, l’air, et les fruits du Libéria. Comme dans ce monde rien n’est jamais garanti, nous ne devrions pas supposer que celui qui vient de l’extérieur pour exploiter notre environnement sera équitable, juste et équilibré dans la protection de notre environnement sans une seule initiative de notre part. Nous devons agir et agir maintenant pour protéger notre environnement par le biais de législations et politiques nationales. »
De plus, la loi N° 037/2018 du 10/06/2019 portant réglementation du secteur minier en son Article 3 stipule : Le secteur minier est déclaré d’intérêt stratégique pour l’économie nationale et les générations futures.
A ce titre :
– l’optimisation des revenus de l’Etat et la sécurisation des investissements constituent le fondement des mesures légales et réglementaires applicables au secteur minier ;
– les dispositions de la présente loi, notamment celle à caractère fiscal et celles relatives à la durée des titres miniers, sont d’ordre public ;
– les relations conventionnelles entre l’Etat et toute personne physique ou morale doivent être mutuellement bénéfiques conformément au principe d’équilibre ;
– l’exploitation minière doit être génératrice d’un développement inclusif pour les populations locales.
Nos ressources naturelles constituent un formidable atout de création de richesses pour les populations du Gabon. Nous n’allons pas constamment nous réjouir d’avoir un sol béni de toutes les richesses possibles et voir d’autres personnes en jouir. Nous devons être dans une logique de prise de conscience collective et les principaux acteurs de notre économie. C’est dans ce contexte que nous avons entrepris que soit réexaminées les retombées potentielles de l’exploitation des ressources minières en fer pour notre pays. Le développement responsable et durable de nos ressources, en prenant soin de comprendre les particularités de chaque filière, constitue une occasion unique de participer à la croissance locale et mondiale, de dynamiser notre secteur manufacturier, de résorber le chômage en créant de la richesse dans le pays. Fort de l’article 3 du code minier, nous, peuple du Gabon, réaffirmons notre engagement, à être plus que jamais les garants et les protecteurs de nos ressources naturelles, de notre environnement, pour nous et les générations futures après nous. C’est ensemble, dans l’unité, que nous voulons remporter ce combat, nous sollicitons donc que toutes les gabonaises et tous les gabonais épris de justice et de partages dans l’équité signent cette pétition pour suspendre la convention d’exploitation du Fer de Belinga par l’entreprise australienne Fortescue. L’objectif étant que nous puissions tous voir clair et redéfinir ensemble nos intérêts et ce qui semble le mieux pour nous et nos enfants. Le Gabon est à nous tous.
C’est enfin notre essor vers la félicité !

