Littérature/Nouvelle nº9 : « Amour pernicieux » de L’orchidée MOULENGUI

EXTRAIT « Celle qui allait danser avec les morts…Et autres nouvelles », Collectif,  Parangon Éditions, Abomey-Calavi, 2023.

« N’oublie pas de m’aimer ».

A chaque fois que je prononce cette phrase, je ris. Ce n’est certainement pas la plus belle phrase que j’avais entendue, mais cette dernière résonnait très bien dans ma tête, dans mon corps et même dans mon âme. C’était l’homme que j’aimais à la folie qui m’avait fait faire une telle promesse. Je trouve cela aimable car on avait fait un pacte de sang : ne jamais oublier de s’aimer quelles que soient les conséquences. Le sens de cette phrase est dans le contenu du verbe aimer que j’appris si tôt. J’étais prête à tuer afin de garder cet amour pour moi. Vous ne me croyez pas ? Eh bien, suivez-moi.

Et si le bonheur se décidait ? J’avais juste 9 ans quand je me laissai aller pour la première fois avec un homme. La toute première fois, l’acte avait été difficile, mais agréable par la suite. Je m’étais mise à pleurer à chaudes larmes. Il prit ma virginité dans un cimetière. « De cette façon, nous rendons cet amour éternel devant les dieux », disait-il. Mais il se garda de m’expliquer les conséquences de cet amour.

Un soir de claire de lune. Mon père vint me chercher dans ma chambre pour me conduire dans cet endroit où l’on dort pour ne plus se réveiller. Quand nous arrivâmes au cimetière, des sentiments de peur m’envahirent. Mais aux côtés de cet homme grand, robuste et fort, je n’avais rien à craindre, pensai-je toujours.

[…]

Mon père était un homme attaché à toutes ces croyances occultes. Il avait un temple dans lequel il soignait des malades et réalisait aussi des séances d’initiation. Le plus grand tradipraticien de la région. Il était de nature calme. Cet homme avait le pouvoir, l’argent et une force surnaturelle. Mais, mon innocence gagnait du terrain. Il était pour moi le modèle idéal, l’homme parfait et mon héros. »

L’orchidée MOULENGUI (nationalité gabonaise), « Amour pernicieux », in Celle qui allait danser avec les morts… Et autres nouvelles, Collectif, Parangon Éditions, Abomey-Calavi, pp. 96-97.

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