Le challenge de l’économie de la production
Quand on leur explique que tous les problèmes de l’économie africaine aujourd’hui sont liés à l’absence d’une économie de production qui laisse l’économie de consommation nous malmener, ils disent que nous sommes alarmistes pourtant c’est de la prospective économique…
Vous ne pouvez pas passer toute une vie à importer ce que vous pouvez avoir sur votre sol et sous-sol à des prix compétitifs en mettant juste un peu de moyen sur les facteurs de production. La ZLECAF c’est une sorte d’import-substitution à l’échelle africaine qu’on veut implémenter. Or, le débat en Afrique aujourd’hui c’est de promouvoir la subvention à l’importation ou à la consommation versus subvention à la production. Ce modèle de subvention vous rends paresseux et créé une dynamique perpétuelle de l’extraversion de votre économie. Or, c’est même la subvention à la production qui vaille.
Le challenge des produits pétroliers
Au Cameroun aujourd’hui, le vrai visage de cette erreur c’est la crise pétrolière que nous vivons… Vous voulez commercer entre vous, mais vous n’avez pas l’input (carburant) qui fera transporter vos marchandises d’une plateforme de transport à une autre. J’ai théorisé trois augmentations des prix du carburant au Cameroun de 2023 à 2026. Nous n’en sommes qu’à la deuxième. Ils pensent que c’est la solution. C’est incroyable d’importer cher avec les coûts logistiques internationaux ce que nous avons dans notre sous-sol qu’on pourrait avoir à 100f le litre si on construisait trois raffineries depuis celle inaugurée en 1981. La technologie chinoise offre pourtant des modèles de raffineries à 120 milliards de FCFA.
Le Challenge des infrastructures, la logistique et le transport.
1,5% du transport routier est intégré en Afrique, 1,9%du transport ferroviaire est intégré en Afrique, 2,3% du transport maritime est intégré en Afrique, 2,8% du transport aérien est intégré en Afrique. Nous faisons comment pour intégrer la multimodalité de transport qui est une condition sine qua non des échanges?…Vous avez des ports qui restent encore des ports de transit comme celui de Lomé qui réceptionne 75% de marchandises en transit de près de 04 pays de l’hinterland de la CEDEAO. Vous faites comment pour que la ZLECAF profite de cette congestion ?
Le challenge de la monnaie des échanges.
Nous faisons une ZLECAF pour utiliser le dollar dans les échanges. La simple zone monétaire du FCFA nous oblige aux horipos coloniaux. Nous allons échanger avec quelle monnaie ? Une zone de libre-échange au sens de Bella Balassa suppose qu’il n’y ait pas d’union monétaire avant, la zone CFA par exemple a trois unions monétaires. Même avec la dévaluation de 1994, on nous faisait croire que nous allons plus exporter. C’était à se demander ce que nous produisons pour augmenter les exportations.
Malheureusement, la BEAC fonctionne encore dans un modèle statique pensé depuis le consensus de Fort-Lamy. La zone CEMAC est têtue en matière de réformes monétaire sur la monnaie digitale et autres. Elle sait qu’elle n’a pas de satellites de télécommunications pour éviter les phénomènes de cybercriminalité-cryptomonnaie.
Comment voulez-vous engager une réforme sur les types de monnaie en zone CEMAC quand vous n’avez pas de politique monétaire? Comment allez vous échanger dans la ZLECAF? La zone CFA n’a pas de politique monétaire. Sa politique monétaire est ailleurs. Pourtant, une zone monétaire optimale d’après les travaux de Mundell(1978) doit s’inscrire dans une dynamique évolutive de l’économie monétaire. Et c’est pourquoi la zone de libre-échange doit la précéder. Mais, la ZLECAF a pris les choses en sens inverse.
Recommandations aux gouvernants africains
-C’est la production qui fait une zone de libre-échange
-C’est l’intermodalité et les infrastructures de transport qui feront la ZLECAF
-Les zones d’intégration en Afrique sont allées très vites en besogne. On a des unions monétaires alors que les zones de libre échange sous régionales n’ont pas été maturées.
-Les normes ISO de production, l’autre serpent de mer. C’est le moment de se dire qu’on ne négocie pas un label qualité ou ça ou rien.
Dr ONGUENE ATEBA, Economiste et Logisticien des transports-Enseignant Agrée à la Sorbonne Institut de Paris

