« Mon sentiment sur le 30e anniversaire de la Grande Nuit  des Arts Martiaux qui a lieu le Vendredi 24 Mai 2024 au Palais des Sports » Par Alain Gérald Lewis MBA BEKUI

Tout d’abord, je désire exprimer mes plus vives félicitations aux organisateurs, en particulier au maître MAFOUMBI Wapacha, pour avoir offert à nos compatriotes, depuis trois décennies, l’opportunité de participer et d’assister à un événement d’une telle envergure. La persistance et le dévouement dont il a fait preuve dans la réalisation de cette manifestation méritent d’être soulignés, au-delà des critiques que d’aucuns pourraient formuler à son encontre. Je souhaite, à titre personnel, lui témoigner toute ma gratitude, notamment pour avoir su créer un espace pluridisciplinaire où chaque athlète, chaque discipline et chaque maître peut non seulement exposer publiquement ses talents, mais également sublimer la beauté et la maîtrise de son art en résonance avec d’autres disciplines, athlètes et maîtres. Cette synergie artistique et technique, orchestrée avec une telle constance, incarne véritablement l’essence et la splendeur des arts martiaux.

Je tiens également à rendre un hommage appuyé aux maîtres qui, depuis des années, font preuve d’une abnégation remarquable pour insuffler vie aux arts martiaux et aux sports de combat dans notre cher pays. Ces disciplines, hélas, sont reléguées à l’arrière-plan par des autorités ministérielles qui affichent une indifférence flagrante, et ce, malgré les nombreux titres, médailles et ceintures que nos athlètes rapportent avec fierté au pays. Ce mépris manifeste contraste de manière saisissante avec l’attention et les investissements massifs alloués au football, un sport qui, sur la scène internationale, ne cesse de couvrir notre nation de honte, que ce soit lors des championnats, des coupes internationales ou même de simples rencontres amicales. En dépit de ses résultats d’une médiocrité inégalables, le football gabonais demeure inexplicablement le favori incontesté du ministère des Sports, qui mériterait à juste titre d’être rebaptisé  » Ministère du Football  ».

À cet égard, il m’apparaît opportun de souligner que les maîtres des arts martiaux travaillent dans des conditions souvent précaires, sans le soutien adéquat des autorités publiques. Leur dévouement inébranlable et leur passion pour leurs disciplines contrastent vivement avec l’apathie des pouvoirs publics. Ces maîtres ne cherchent pas la gloire personnelle pour nombre d’entre eux, mais ils s’efforcent de transmettre des valeurs de discipline, de respect et de persévérance aux générations futures. Ils forment une élite discrète, dont l’engagement devrait être reconnu et encouragé. Ainsi, il importe  que nous, en tant que société, valorisions ces efforts et exigions des autorités une répartition plus équitable des ressources et de davantage d’attention. Les arts martiaux et les sports de combat ne sont pas seulement des sports ; ils sont des vecteurs de culture, de cohésion sociale et de fierté nationale. À ce titre, ils méritent une place prépondérante dans nos politiques sportives et culturelles.

Globalement, je tiens à féliciter l’ensemble des disciplines martiales, en particulier le Kung Fu Wushu, le Kung Fu Shaolin, le Judo, le Kyokushinkai, le Karaté Do, ainsi que toutes les autres. J’adresse également mes félicitations aux maîtres pour l’encadrement des enfants, notamment le maître Lafont BEKA, ainsi qu’à tous ceux dont je ne connais pas les noms, sans oublier bien sûr le maître Jean-Christian MACKAYA, qui a réalisé sa première prestation de MMA. Mes félicitations s’adressent également au maître Jean NDJEMBI pour sa constance, mais surtout pour sa simplicité et son humilité, qualités qui m’ont profondément marqué.

Il me semble important d’encourager les parents encore hésitants à inscrire leurs enfants dans des clubs d’arts martiaux et leur souligner les innombrables bienfaits et avantages que ces disciplines offrent aux enfants. Les arts martiaux ne se contentent pas de développer les aptitudes physiques des enfants ; ils jouent un rôle important dans leur épanouissement global. En effet, ces pratiques enseignent des valeurs fondamentales telles que la discipline, le respect, la persévérance et la maîtrise de soi. Elles favorisent également la confiance en soi, l’équilibre émotionnel et la détermination face aux défis. Dans un monde où les distractions numériques et la sédentarité menacent le développement des jeunes, les arts martiaux se révèlent être une alternative salutaire. Ils créent un cadre structuré où les enfants peuvent canaliser leur énergie de manière constructive, apprendre à travailler en équipe et développer des compétences sociales essentielles. Par conséquent, l’inscription à un club d’arts martiaux est un investissement précieux dans l’avenir de nos enfants en cela qu’il leur fournit les outils nécessaires pour devenir des adultes équilibrés et accomplis.

En outre, bien que des encouragements soient de mise, il m’incombe également de déplorer certains manquements, notamment par rapport aux années précédentes où le niveau des prestations était nettement plus élevé. Il est vrai que que l’impact de la crise de la COVID-19 a influencé l’organisation de la Grande Nuit des Arts Martiaux ces dernières années, mais je fais ici référence à la qualité intrinsèque des prestations des années antérieures. La particularité de cette année réside dans la forte participation des enfants et des jeunes, mais reconnaissons, pour ceux qui ont assisté à cette nuit, que le niveau a considérablement régressé. Il m’a semblé que les maîtres n’ont pas assuré leur relève, qu’ils encadraient et participaient aux précédentes éditions alors qu’ils étaient encore dans la plénitude de leur vigueur, et cette année encore, ils ont encadré et presté aux côtés de leurs élèves. Bien que cela ne soit pas en soi problématique, cela laisse à penser qu’il n’y a pas de relève, que la continuité n’est pas assurée, comme un sentiment de désespoir imputable à de nombreuses causes, telles que la négligence, le manque de soutien et d’encouragement des autorités publiques, qui semblent préférer certaines disciplines sportives à d’autres.

Ce constat est d’autant plus regrettable qu’il met en lumière une myopie institutionnelle où la vision à long terme est sacrifiée sur l’autel des préoccupations immédiates. Pour pallier cette situation, il est indispensable de réorienter nos priorités et de renforcer les structures d’apprentissage et de formation. Les jeunes pratiquants incarnent l’avenir de ces disciplines, et il est impératif de leur offrir un encadrement de qualité, un soutien constant et des opportunités d’évolution.

Lors de cette Grande Nuit des Arts Martiaux, j’ai eu l’occasion d’observer un potentiel humain considérable, un véritable vivier de talents en devenir. Cependant, il est déplorable de constater que le niveau des prestations laisse encore à désirer, ce qui nécessite davantage de travail, de rigueur et de discipline. Une formation sérieuse est impérative pour certains  « coachs » des sports de combat.

D’autre part, nous avons, une fois de plus, été émerveillés par la prestation l’équipe de Taekwondo marocaine. Pourtant une question se pose : qu’accomplissent-ils que nous ne pourrions réaliser nous-mêmes ? Leur succès s’explique par un travail acharné, le sérieux incontestable de leurs maîtres, une fibre patriotique vivace et l’engagement sans faille des autorités marocaines pour faire briller chaque discipline sportive pratiquée sur leur sol.

Cette remarque devrait nous interpeller et nous inciter à une introspection rigoureuse. Il ne suffit pas de reconnaître le potentiel ; il faut également le nourrir et le cultiver avec une diligence exemplaire. Les arts martiaux ne sont pas simplement des pratiques physiques, mais des écoles de vie où l’excellence se forge dans la persévérance et la rigueur. Pour rivaliser avec des équipes de la trempe de celle du Maroc, il est fondamental d’investir non seulement dans l’infrastructure et l’équipement, mais aussi dans la formation continue et l’encadrement des maîtres et des coachs.

L’engagement envers les arts martiaux doit être soutenu par une volonté politique forte et une vision à long terme. Il faut que les autorités publiques reconnaissent la valeur intrinsèque de ces disciplines et leur rôle  dans la formation de citoyens équilibrés et responsables. En investissant dans les arts martiaux, nous ne faisons pas seulement le choix d’un épanouissement personnel pour nos jeunes, mais nous contribuons également à la construction d’une société digne de ce nom.

Je voudrais ici profiter de cette occasion pour souligner une problématique récurrente dans notre pays : la tendance à se satisfaire des minima et à se féliciter d’exploits qui, bien qu’admirables dans notre contexte local, ne résistent pas à la comparaison internationale. Cette satisfaction des performances moyennes crée une culture de la complaisance qui s’oppose à l’exigence d’excellence. L’excellence ne se contente pas de l’adéquat, elle requiert des compétences élevées et un travail incessant. Pour véritablement progresser et rivaliser sur la scène internationale, nous devons adopter une mentalité de dépassement constant, investir dans des formations de haut niveau, et instaurer des standards de performance rigoureux. La reconnaissance des succès locaux ne doit pas nous détourner de la quête de l’excellence universelle.

Pour conclure mon propos, je suggère de développer une vision à long terme pour les arts martiaux et les sports de combat dans notre pays. Nous devons ériger des programmes de formation d’une rigueur exquise, tant pour les maîtres et les coachs des sports de combat que pour leurs disciples, favoriser les échanges internationaux pour puiser dans les meilleures pratiques, mais surtout, édifier des infrastructures dignes de ces disciplines afin d’en promouvoir la pratique et la valorisation. Les autorités se doivent d’endosser un rôle actif en reconnaissant et en soutenant pleinement ces sports, en les intégrant de manière indissoluble dans notre politique sportive nationale, il n’y a pas que le football. Il est grand temps de transcender l’ère de la médiocrité pour embrasser celle de l’excellence, afin d’honorer le prodigieux potentiel de nos athlètes et de nos érudits des arts martiaux.

Alain Gérald Lewis MBA BEKUI, modestement pratiquant de Muay Thaï que j’enseigne par défaut au Gabon.

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