Depuis le 04 septembre 2023, jour de l’intronisation du Général Brice Clotaire Oligui Nguema comme Président de la Transition, les réclamations géopolitiques n’ont cessé de garder une courbe évolutive dans notre pays. Pour plusieurs raisons.
La première, les ressortissants d’Oyem et de Ngouoni avaient été particulièrement bénis par les premières nominations du CTRI. Le Président de la Cour Constitutionnelle, le Premier Ministre, au gouvernement et dans la haute administration, au parlement de transition et partout ailleurs, les deux berceaux génétiques du Général étaient indiscutablement favorisés.
La deuxième raison est qu’en l’espace d’un décret, le Premier Ministre de Transition Monsieur Raymond Ndong Sima avait saturé son propre cabinet avec des patronymes facilement identifiables aux populations du septentrion dont lui-même est issu. Comme un élève qui reproduit le manuel de ses professeurs, le ministre de l’agriculture Jonathan Ignoumba bomba son cabinet avec des natifs du département de Mongo. Certaines indiscrétions prétendent même que plusieurs promus seraient directement des membres de sa famille et de sa belle famille.
La troisième raison concerne les délégations spéciales des conseils municipaux et départementaux pour lesquelles la géopolitique du CTRI a massivement privilégié les militants PDG. Même les Forces de Défense et de Sécurité qui ont risqué leurs vies pour renverser le régime Bongo-PDG n’ont pas reçu autant de privilèges dans les conseils locaux. On peut même aussi se demander comment la Coalition pour la Nouvelle République de Monsieur Jean Ping et la Plateforme Alternance 2023 de Monsieur François Ndong Obiang se sont fait largement doubler par le seul et unique Parti Démocratique Gabonais.
Quand on cogite sur le très haut niveau de confidentialité que le Général Brice Clotaire Oligui Nguema leur avait accordé dès le 30 août 2023, comment expliquer que des personnalités dignes comme Vincent Moulengui Boukosso soient sur le banc de touche, pendant que des comptables de la ruine générale du pays roulent des mécaniques au sommet de l’État? Qu’ont fait ces deux coalitions politiques pour promouvoir les milliers de cadres et les dizaines de milliers de militants politiques qui ont payé cher la lutte pour le changement de régime au Gabon?
D’une manière générale les médias gouvernementaux et la presse privée, la plupart des acteurs de la société civile et les partis politiques sont restés bien taciturnes, excepté lors de la seule nomination de Monsieur Cyrille Ndong comme Directeur Général Adjoint de la SPIN (Société du Patrimoine et des Infrastructures Numériques). Subitement les mètres cubes des frustrations cumulées pendant les actes administratifs cités en amont ont été massivement déversés sur Madame Laurence Ndong et son époux. Même les conseillers politiques qui (paraît-il) faisaient pareil sinon pire à la Présidence de la République, sortirent du bois pour réclamer sur les médias d’État la décapitation de la Ministre de la Communication et des Médias. En vain.
Aujourd’hui les 48 départements administratifs, les 160 circonscriptions politiques et les 50 groupes ethnolinguistiques font, chacun pour sa part, le décompte des nominations qui les concernent. Ceux qui sont heureux comme à Oyem se taisent en public, pour ne pas susciter l’animosité des autres (y compris dans le Woleu Ntem). Ceux qui par contre se sentent lésés ont trois types d’approche: les premiers font discrètement pression sur le Général Oligui, les deuxièmes manifestent publiquement leur colère et leur déception, les troisièmes créent des associations pour fédérer les populations, attirer l’attention du CTRI et espérer obtenir des bénéfices politiques.
1. LES DISCRÈTES REVENDICATIONS GÉOPOLITIQUES ATTRIBUÉES À UNE PARTIE DES ALTOGOVÉENS
On prétend que certains notables politiques de la province du Haut-Ogooué négocient en coulisses pour que le Général Oligui nomment davantage des leurs dans l’administration. Si cette revendication est avérée, elle a failli coûter cher au Président de la Transition, lorsque la néo-retraitée Madame Marie Madeleine Mbourantsouo, a été ramenée comme Président Honoraire de la Cour Constitutionnelle de Transition. Pour la première fois depuis son arrivée, le Général Oligui a ressentit de près le souffle violent de la colère des populations.
La sortie pédagogique de Max Olivier Obame, docteur en communication politique et ancien directeur dans son domaine de compétence à la Cour Constitutionnelle (justement sous Madame « Irrecevable »), ne servit qu’à étaler des arguments de procédure qui ne calmèrent personne. La nomination avait bien porté la signature du Général. Finalement l’application du décret vilipendé fut déclarée impossible par la Cour Constitutionnelle de Transition, fort probablement sur exigence de la principale bénéficiaire qui (il faut s’en souvenir) n’avait été candidate à rien dans cette affaire. On était parti la convaincre de venir reprendre du service. Il paraît que le nouveau faisait beaucoup de couacs. La haute juridiction trouva cette pirouette administrative, possiblement sous la dictée de 3M qui (ne l’oublions jamais) avait fait pareil il y a 5 ans après l’AVC d’Ali à Ryad, pour que le Vice-Président Pierre Claver Maganga Moussavou soit exceptionnellement autorisé à présider un Conseil des Ministres. Il faut dire aussi que parmi les vraisemblables pétitionnaires, plusieurs patronymes autrefois inamovibles dans le système Bongo-PDG sont entrain de disparaître de la scène politique. Eux qui avaient survécu lors du cyclone politique de 1990 grâce à la loyauté familiale d’Omar Bongo, et qui s’étaient maintenus aux temps du « Tsunali » de 2009-2014 grâce aux alliances avec les gens du MOGABO, avaient commencé à s’écrouler sous les estocades de Sylvia et Nourredin (2018-2023). Ils constatent aujourd’hui que l’avènement du CTRI n’améliore pas leurs espoirs de retour aux affaires. Toutefois leurs frustrations sont exprimées à l’abri des médias et des réseaux sociaux. Pour l’instant.
2. LES TONITRUANTES REVENDICATIONS GÉOPOLITIQUES DE MONSIEUR FÉFÉ ONANGA AU NOM DE LA CHEFFERIE ORUNGU DE L’ÎLE MANDJI
Dans une note vocale qui fait le tour des réseaux sociaux depuis la semaine dernière, Monsieur Féfé Onanga a condensé ses blâmes et ses taloches sur la tête de Brice Clotaire Oligui Nguema.
2a. La proie politique des dernières minutes du système Bongo-PDG a commencé par dire que l’ancien élève du Lycée d’État de Port-Gentil est un ingrat vis-à-vis de la communauté orungu. Il dit qu’Oligui doit une partie de son parcours académique à une femme orungu qui l’avait conduit à Port-Gentil, et à un homme orungu qui était proviseur du Lycée d’État de Port-Gentil où Oligui avait obtenu son baccalauréat. L’accusation sous-entendue dans ce rappel historique est probablement celle-ci: pourquoi ces deux personnalités orungu ne sont-elles pas encore honorées par le Président de la Transition? Ce qu’on pourrait rétorquer à l’acteur politique c’est: combien d’enseignants ayant jalonné le parcours d’Oligui ont-ils été déjà honorés par ce dernier? Pourquoi exiger de commencer avec les seuls orungu au détriment des autres communautés du pays?
2b. Monsieur Féfé Onanga a déclaré le Président Oligui coupable de « négliger » le développement de Port-Gentil. Pour lui les projets en cours dans la localité sont la continuité des chantiers initiés par le régime d’Ali Bongo Ondimba, donc il considère que le CTRI ne fait rien d’extraordinaire pour l’instant. Un discours totalement opposé à ce que l’homme politique disait avant son retour au Parti Démocratique Gabonais.
2c. En évoquant le meeting populaire du Général Oligui à Port-Gentil, Féfé Onanga a déclaré Oligui coupable d’être venu imposer Jean Ping (un nkomi) sur la terre de Michel Essongue (un orungu). Il a qualifié Jean Ping d’impopulaire dans la ville à cause de son avarice légendaire, par rapport à Gabriel Tchango et Michel Essongue qui assistent financièrement les orungu dans les moments difficiles. Sur ce point précis nous devons reconnaître que le président Jean Ping traîne une solide réputation de « peigne afro » dans les rangs de la Coalition pour la Nouvelle République. Cependant le Général Oligui n’a pas brandi Jean Ping comme chef politique à Port-Gentil, comme il n’a pas brandi Albert Ondo Ossa comme chef politique à Oyem. Le Général avait résolu d’honorer les vainqueurs encore en vie des élections présidentielles volées par le système Bongo-PDG. Si Pierre Mamboundou (1998 et 2005) et André Mba Obame (2009) avaient encore été de ce monde, il est évident que le même cérémoniel aurait été fait pour ces deux hommes d’État.
2d. Monsieur Féfé Onanga a encore accusé le Général Oligui d’être personnellement responsable des applaudissements reçus par Jean Ping et des huées déversées sur Messieurs Gabriel Tchango et Michel Essongue. Au nom de la chefferie Orungu qui ne pardonnerait pas cet affront politique infligé à ses deux « ministres des finances », Monsieur Féfé Onanga a sommé le chef militaire de revenir à Port-Gentil pour présenter ses excuses à cette communauté ethnolinguistique. Dernière cette déclaration se cache logiquement un discours politique et un avertissement spirituel.Peut-être rappeler à Monsieur Onanga que dans l’Ogooué Ivindo, l’ancien Premier Ministre Alain Claude Bilie-By-Nze s’était abstenu d’accompagner le Général Oligui, justement pour éviter de subir la bronca des populations. La même prudence avait été constatée dans la Ngounié pour l’ancien Vice-Président de la République et l’ancienne Présidente du Sénat. Un peu partout ailleurs les symboles iconiques du système Bongo-PDG avaient « enlevé leurs corps » pour éviter de boire la honte, sauf à Port-Gentil. Le mieux pour les protégés de Monsieur Onanga serait peut-être de demander pardon aux port-gentillais pour avoir soutenu l’ex première dame du Gabon pendant les 5 dernières années. On n’a pas besoin d’expliquer à Monsieur Féfé Onanga les raisons de cette suggestion.
2e. Féfé Onanga a encore déclaré Oligui coupable de ne pas avoir reconduit aux affaires Messieurs Michel Essongue, Gabriel Tchango, Pascal Houagni Ambourouet et bien d’autres pédégistes emblématiques, contrairement à ce qu’il a fait pour plusieurs autres à la Présidence de la République, au gouvernement, au Parlement de Transition, dans les sociétés parapubliques, dans les institutions constitutionnelles et dans les délégations spéciales des conseils municipaux et départementaux.
2f. Féfé Onanga a aussi déclaré Oligui coupable d’avoir ignoré la création d’une Commission Vérité et Réconciliation qui aurait fait la lumière sur les crimes, les assassinats et les tueries des crises post-électorales. Toujours au nom de la communauté orungu, il a menacé le Général d’un boycott populaire des orungu lors du référendum constitutionnel de 2025. En définitive Monsieur Féfé Onanga n’a pas dit un seul mot sur le reste des territoires de la République, il n’a défendu que les intérêts du seul lopin de ses ascendants. L’acteur politique n’est d’ailleurs pas à sa première publication incendiaire. Entre juillet et août 2023, il avait promis à Ali Bongo une victoire extraordinaire à Port-Gentil, disant que l’opposition ne passerait nulle part dans la ville. Nous connaissons la suite. Après le coup d’État du 30 août 2023, le même Monsieur Onanga apportera son plein soutien au CTRI parce que pour lui les militaires sont les mieux placés pour redresser le Gabon. Son discours orageux que nous venons d’examiner paraît donc contradictoire.Toutes proportions gardées, la note vocale de Monsieur Féfé Onanga est quelque peu semblable à la vidéo incendiaire du jeune footballeur Aaron Boupendza qui, au nom de ses « grands frères » (Pierre Émerick Aubameyang, Mario Lemina et Kanga Guelor), avait publiquement traîné dans la boue le sélectionneur Thierry Mouyouma et résolu de boycotter les futures convocations de l’équipe nationale. Mais aujourd’hui certains des grands frères de Boupendza sont de retour chez les Panthères; et sur les antennes de RFI, Pierre Émerick Aubameyang s’est désolidarisé de « tous ceux qui ont inventé des histoires » entre le sélectionneur et lui. Les pédégistes et les chefs traditionnels suivront-ils Monsieur Féfé Onanga dans son initiative, ou bien chacun s’essuiera les mains comme la mouche sur la feuille de macabo? Déjà chez les populations orungu, des voix s’élèvent à travers les réseaux sociaux pour fustiger le populisme de celui que Monsieur Georges Mpaga qualifiait en 2021 de traître à la cause patriotique.Peut-être terminer en rappelant à papa Féfé que d’une manière générale on ne manque pas de respect à un corps habillé dans l’exercice de ses fonctions. Un jour en Mauritanie, le président Aziz rentre d’un village du désert au volant de sa voiture. Trop pressé de regagner la capitale, il ne s’arrête pas à un chek-point et fonce droit devant. Le soldat qui ne connaît pas l’identité du fugitif tire sur la voiture et touche le concerné sur le flanc. Ensuite il avertit les autres par téléphone qu’un suspect arrive dans leur direction. Quand le Général Aziz est enfin identifié à l’entrée de Nouakchott, la hiérarchie militaire décide de traduire le soldat en cour martiale mais le président de la République dit que celui-ci n’a commis aucune faute, c’est plutôt lui-même qui est coupable. Le jeune militaire fut honoré pour sa rigueur.
Même si au Gabon le régime militaire est très conciliant par rapport à ceux du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le langage de Monsieur Féfé Onanga est très inadapté en période d’exception. Pourtant il sait que les syndicalistes de la SEEG qui avaient menacé Oligui de couper son eau et son électricité (si leur 13ème mois n’était pas payé sur-le-champ), furent arrêtés, rasés « boule à zéro » et sommés de présenter leurs excuses au peuple gabonais. Plus tard à Moanda, le jeune Gaëtan Ernest Ayami qu’on avait reproché d’avoir « promené pour rien » le Président de la Transition à travers le bidonville de Lekolo 2, fut discipliné militairement devant les populations et dans une unité de gendarmerie de la ville. Il en sortit rasé comme un aspirant. Malheureusement pour lui, papa Féfé réunit aussi les conditions d’un futur interpelé qui chantera « tous les couplets de l’hymne national », chaque jour du matin au soir, le temps d’une garde à vue à la Sécurité Militaire.Les juges coutumiers disent qu’on n’insulte pas le museau du crocodile avec les pieds dans l’eau.

