Cher Professeur Franck Idiata,
Je vous adresse cette réponse suite à votre audio méprisant, rabaissant et condescendant à l’égard de vos compatriotes, notamment les journalistes qui vous ont interviewé lors du grand débat sur l’émission Le Mbandja, circulant actuellement sur les réseaux sociaux. Malgré votre statut de professeur, vous ne détenez pas la science infuse sur tous les sujets, et encore moins sur celui de la double nationalité des dirigeants. Vous évoquez des exemples de modernité en citant Barack Obama, ancien président des États-Unis, qui, selon vous, aurait eu la double nationalité américaine et kenyane, Rishi Sunak, Premier ministre britannique avec des nationalités anglaise et indienne, ou encore Jerry Rawlings, ancien président du Ghana, ayant prétendument une double nationalité anglaise et ghanéenne. Vous soutenez que ces personnalités ont développé ou servi leur pays d’adoption avec succès. Toutefois, il est essentiel de rappeler que comparaison n’est pas raison, et il existe plusieurs faits historiques et contextuels qui démontrent que ces exemples ne peuvent être appliqués uniformément à la réalité africaine, notamment celle du Gabon.
Je voudrais vous rappeler que la question de la remise en question de la double nationalité n’est pas exclusive au Gabon. Depuis les années 1960 jusqu’à nos jours, de nombreux dirigeants et hauts fonctionnaires ont possédé des nationalités multiples, souvent au détriment du développement national.
Prenons le cas de République Démocratique du Congo (RDC), de nombreux dirigeants et fonctionnaires, comme Moïse Katumbi, ancien gouverneur de la province du Katanga, détiennent plusieurs double nationalités notamment belges. La RDC, malgré ses richesses en minéraux, avait un PIB par habitant de seulement 357 500 FCFA en 2023 et se classe 179ème sur 191 dans l’indice de développement humain. Les flux financiers illicites et la corruption facilitée par la double nationalité sont des facteurs qui freinent le développement. Katumbi par exemple a souvent été accusé de détourner des fonds vers la Belgique, privant ainsi le pays de ressources essentielles pour son développement.
Au Nigeria, plusieurs hauts fonctionnaires possèdent des nationalités britanniques ou américaines, tels que Diezani Alison-Madueke, ancienne ministre du Pétrole. En 2023, le PIB par habitant du Nigeria était de 1 287 000 FCFA, avec des niveaux élevés de pauvreté et de corruption. La possibilité pour ces dirigeants de transférer des fonds illicites à l’étranger et de se retirer en cas de troubles politiques ou de poursuites judiciaires diminue leur engagement envers le développement national. Alison-Madueke a été impliquée dans plusieurs affaires de corruption et a trouvé refuge au Royaume-Uni, illustrant comment la double nationalité protège les dirigeants corrompus.
Le cas du Gabon est encore plus flagrant lorsqu’on examine les exemples de hauts fonctionnaires et dignitaires gabonais qui possédaient la double nationalité mais ont choisi d’investir et de créer des entreprises dans d’autres pays plutôt que dans leur propre pays, malgré les opportunités dont ils ont bénéficié.
Le Gabon, avec un PIB par habitant de 4 070 000 Franc cfa en 2023, est classé très loin ,123ème sur 191 dans l’indice de développement humain. Malgré ses ressources, le pays continue de souffrir d’inégalités marquées et de pauvreté persistante. Pendant l’époque d’Omar Bongo, plusieurs hauts fonctionnaires importants ayant la double nationalité et/ ou n’étant pas gabonais d’origine. Il s’agit notamment de Pierre Péan, conseiller spécial du président, qui a préféré investir dans l’immobilier en France plutôt que de contribuer au développement économique du Gabon. De même, André Mba Obame, ministre de l’Intérieur, a créé une société de conseil en Suisse au lieu de soutenir l’économie de son propre pays. Enfin, Pascaline Bongo, fille du président et ancienne ambassadrice du Gabon auprès de l’UNESCO, a également choisi de vivre en France et d’investir dans des projets immobiliers plutôt que d’aider à améliorer les conditions de vie des Gabonais.
Sous le règne d’Ali Bongo, d’autres exemples de dignitaires gabonais ayant la double nationalité et n’étaient pas gabonais d’origine méritent d’être mentionnés. Jean Ping, ancien ministre des Affaires étrangères, est l’un d’eux. Il est devenu citoyen français en 1972 et a par la suite créé une société de conseil en Chine plutôt que de promouvoir le développement économique de son pays d’origine. De même, Fidèle Otando, ancien ministre de l’Habitat, a choisi de créer une entreprise en Belgique plutôt que d’investir dans le secteur du logement au Gabon. Enfin, Maixent Accrombessi, ancien directeur de cabinet du président, est également détenteur de la nationalité française et a fondé une société de négoce en Suisse plutôt que de contribuer au développement économique de son pays.
Ces exemples soulignent le phénomène de la fuite des cerveaux et des capitaux au Gabon, où les élites politiques et économiques préfèrent investir ailleurs plutôt que dans leur propre pays. Malgré les ressources pétrolières abondantes, le Gabon continue de faire face à des inégalités profondes et à une pauvreté persistante, en partie en raison de la défection de ses propres élites pour ne citer que ceux-ci car la liste n’est pas exhaustive.
En contraste, les pays africains où la double nationalité des dirigeants est moins courante et qui connaissent un meilleur développement. Le Botswana, par exemple, interdit la double nationalité et affiche un développement relativement stable et prospère. En 2023, le Botswana avait un PIB par habitant de 4 785 000 FCFA et se classait 100ème sur 191 dans l’indice de développement humain. Le pays a su gérer efficacement ses ressources minières, notamment les diamants, et a mis en place des politiques de développement durables. La transparence et la responsabilité des dirigeants botswanais ont contribué à ce succès.
Le Rwanda est un autre exemple. Sous la direction de Paul Kagame, qui ne possède pas de double nationalité, le pays a fait des progrès significatifs, en matière de développement économique et social. En 2023, le Rwanda avait un PIB par habitant de 1 237 500 Franc cfa et se classait 165ème sur 191 dans l’indice de développement humain. Depuis l’interdiction de la double nationalité dans les hautes fonctions de l’État en 1995, le Rwanda a connu une croissance économique régulière avec un taux de croissance moyen d’environ 7% par an. Le Rwanda a mis en place des réformes structurelles profondes et a lutté efficacement contre la corruption, montrant qu’un engagement national fort peut conduire à des améliorations notables.
De plus, l’Éthiopie a également interdit la double nationalité dans les hautes fonctions de l’État. Au cours des dernières années, le pays a connu une croissance économique soutenue de plus de 9% par an et a été reconnu comme l’une des économies les plus dynamiques du continent africain. Cette croissance a été soutenue par d’importants investissements dans les infrastructures et l’industrialisation.
En outre, la Gambie, depuis l’interdiction de la double nationalité dans les hautes fonctions de l’État en 1970, la Gambie a connu une amélioration significative de son économie avec une augmentation du PIB et du revenu par habitant. Malgré des défis persistants, le pays a réussi à diversifier son économie en développant le secteur touristique, l’agriculture et les services financiers.
Même le Ghana dont vous évoquiez dans votre audio, bien que le Ghana n’ait pas interdit formellement la double nationalité dans les hautes fonctions de l’État, il existe des lois qui restreignent la double nationalité pour certains postes spécifiques. Le pays a connu une croissance économique significative ces dernières années, avec un PIB en progression et une réduction de la pauvreté. Il est reconnu comme l’un des pays africains les plus performants en termes de démocratie et de gouvernance.
En guise de conclusion très cher Professeur, sachez-le une bonne fois pour toute que malheureusement la double nationalité des dirigeants en Afrique, du Gabon en particulier a exacerbé le sous-développement en facilitant la corruption, le détournement de fonds et en réduisant l’engagement envers les pays d’origines mais surtout d’adoptions. Les exemples historiques et actuels susmentionnés montrent comment ces dynamiques ont maintenu ces pays dans un état de sous-développement chronique. En contraste, des pays où la double nationalité des dirigeants est rare, restrictive ou inexistante, ont montré des progrès significatifs en matière de développement. Ces comparaisons illustrent clairement les impacts négatifs potentiels de la double nationalité et des personnes issues de plusieurs nationalité sur le développement durable et équitable de notre beau pays le Gabon.
Il est important de noter que Toutes les personnes que vous avez citées comme références sont certes des Gabonais à double nationalité qui ont servi ou représenté le pays, mais la plupart n’ont pas investi au Gabon. Ainsi, il ne suffit pas de servir le pays pour se servir, mais bien pour le servir véritablement. En réalité, ils ont davantage bénéficié du pays que le pays n’a bénéficié d’eux. Le débat sur la double nationalité a été en partie initié par vos intérêts personnels. Votre position est sans doute influencée par votre situation personnelle, étant marié à une Sénégalaise. Il est clair que vos arguments en faveur de la double nationalité soient davantage motivés par des considérations personnelles que par des analyses objectives et scientifiques. Il est crucial de se rappeler que les décisions politiques et législatives doivent être prises sur la base d’une analyse rigoureuse des faits et des impacts sur le développement national, plutôt que sur des intérêts individuels. La démonstration d’un amour et d’une socialisation interculturelle ne doit pas servir de justification pour des politiques qui pourraient nuire à la responsabilité et à l’engagement des dirigeants envers leurs pays d’origine. Le véritable patriotisme et la loyauté envers le pays doivent être les critères déterminants pour l’accès aux fonctions de souveraineté.

