Le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) vient de produire un communiqué interdisant à toute la classe politique « l’utilisation abusive et malveillante » du nom et des images du Général Brice Clotaire Oligui Nguema. En français facile, on leur demande d’arrêter de profiter de lui pour obtenir des faveurs politiques. Le communiqué ajoute que l’amour des populations suffit largement au Général de Brigade. Une posture qui commence à rejoindre celles de ses compagnons d’armes burkinabè, malien et nigérien.
En réalité Oligui ne s’adresse pas vraiment à tout le monde. Depuis sept mois que son Haut Représentant Personnel fait une tournée politique à travers le pays, le CTRI n’a jamais demandé à Gervais Oniane de renoncer à l’identification au président. Lors des vœux de nouvel an, le fondateur de l’Union Pour la République (UPR) avait clairement dit aux militants que désormais leur principal but consisterait à donner au chef militaire une majorité parlementaire lors des élections post-transition de 2025. Ce qui sous-entend travailler à sa candidature et à son plébiscite au suffrage universel. Aujourd’hui une coalition de partis politiques gravitent autours de ce fils de pasteur protestant. Ce prosélytisme n’a jamais dérangé « La Panthère Noire », surnom du Général Oligui chez les Forces de Défense et de Sécurité. Exceptés les adversaires politiques de Gervais Oniane comme Pierre Claver Maganga Moussavou qui lui a récemment collé quelques « compléments d’objets directs ».
Non, la colère du CTRI n’a rien à voir avec les actions que le docteur en stratégie militaire a menées pendant le semestre qui vient de s’achever. Les juges coutumiers disent que le piège qui attrape l’éléphant ne saisit pas le rat. Le communiqué 050 coïncide plutôt avec le racolage du Parti Démocratique Gabonais (et ses nouveaux transfuges) à l’endroit du Président de la Transition: pendant son 57ème anniversaire, le PDG a présenté une banderole avec le nom et la photo d’Oligui, ce qui a choqué l’opinion publique. Ensuite la nouvelle Secrétaire Générale du PDG a dit que le soutien total des nombreux disciples d’Ali et Sylvia Bongo Ondimba est désormais acquis à OlNguema. Bien avant cela, la plupart des cadres du PDG avaient déjà posté le portrait du Général sur leurs profils WhatsApp et Facebook, en lieu et place des figures du DCP, de sa première dame, de leur fils Noureddin et des membres de la Young Team. À travers ce communiqué du CTRI, le Général de Brigade décline fermement l’amour de tous ces gens-là. Un « majeur dressé » en direction des adeptes d’Ali Bongo Ondimba, pour la deuxième fois en deux semaines. Du jamais vu dans un Gabon où les dirigeants politiques sont assoiffés de louanges et d’honneurs, peu importe d’où ca vient.
La question c’est pour quelles raisons Oligui refuse-t-il aujourd’hui la disponibilité totale du PDG? En premier lieu, peut-être les ardoises énormes cumulées par la monarchie des Bongo, surtout le fils, la belle-fille et le petit-fils. Il paraît que les dettes que ces trois-là ont laissées présentent « la taille d’un trou dans la lune ». Plus de sept mille milliards de francs CFA pour lesquels les populations ne voient aucune réalisation équivalente à travers le pays.
Les vidéos de valises pleines de milliards continuent à tourner dans la mémoire des gabonais. Le PDG aurait donc hissé une « armée roulante » sur nos ressources partagées, des gens avec la cruauté d’arracher le pain de la bouche des populations, sans jamais être sanctionnés par leur formation politique.
Deuxièmement on peut supposer la culture du mensonge d’État autours de la santé du président Ali Bongo Ondimba. Entre octobre 2018 et août 2023, les gouvernants PDG et leurs alliés ont consciemment roulé les populations dans la farine, usant de tous les moyens possibles pour bloquer le processus de vacance du pouvoir, et livrant le pays à toutes sortes de prédations et d’abus d’autorité, sous la régence de Sylvia et Nourredin Bongo.
Quiconque abordait le sujet de la santé d’Ali était sévèrement puni par les obligés du PDG. En novembre 2018 la Haute Autorité de la Communication avait suspendu L’Aube et son rédacteur en chef. En août 2019 ce fut Yves-Laurent Goma le correspondant de RFI au Gabon, pour avoir osé dire ceci le 17 août 2019: « Le Président de la République ne s’est à aucun moment levé comme autrefois pour saluer les troupes de l’armée ». La Haute Autorité de la Communication avait rapidement dénoncé « des informations inexactes avec une insinuation malveillante mettant en cause l’intégrité physique du Président de la République Ali Bongo Ondimba ». En novembre 2022, la HAC avait coupé la tête du journal en ligne LBV NEWS pour avoir publié un article sur la « bave du Chef de l’État », lors d’une tournée présidentielle. Aujourd’hui les pédégistes et leurs amis ne sont inquiétés de rien, de toutes façons ils donnent pas l’impression de regretter cette haute trahison envers la Nation.
Troisièmement il y a vraisemblablement les magouilles politiques du 7 mars dernier, lorsque huit « éléphants » se sont frauduleusement emparés de la gouvernance du PDG, au mépris des statuts et du règlement intérieur dudit parti. Parmi eux un membre du gouvernement et une parlementaire de la transition. L’affaire est en cours devant deux juridictions dont la Cour Constitutionnelle, ce qui n’empêche pas le PDG de violer la loi en laissant ces gens-là continuer à s’exprimer au nom du parti. Qui ne dit rien consent.
Quatrièmement le profond sentiment de répugnance que les populations gabonaises éprouvent à l’endroit de l’identité PDG. Oligui a forcément constaté que chaque nomination accordée à un militant de cette association provoque un vacarme assourdissant à travers tout le Gabon, ce qui poisse le capital sympathie dont jouit le Général auprès des populations et des acteurs politiques.
Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, le communiqué 050 est un appel ciblé au PDG à cesser immédiatement sa prostitution politique. Une deuxième gifle en douze jours. Les juges coutumiers disent que celui qui se promène régulièrement la nuit finira par croiser des fantômes.
Libreville, le 16 mars 2024*Philippe César Boutimba Dietha*https://www.facebook.com/share/p/VAL4acLAtYszWrVb/?mibextid=xfxF2i

