« Mon quantième plaidoyer pour l’apprentissage de nos langues régionales à l’école » par Philippe César Boutimba Dietha

Les musiciens André Pépé Nze (de son vrai nom André Biteghe-Bi-Nze) et Pierre Akendengue qui se sont produits à l’ouverture du Dialogue National Inclusif chantent depuis 50 ans pour l’un et peut-être 70 ans pour l’autre, mais la plupart des Gabonais ne comprennent pas un seul mot de tout ce qu’ils racontent en fang et en omyènè.

Tout le contraire d’un pays comme la Guinée où les Peuls représentent 40%, les Malinkés 30%, les Soussous 20% et les autres groupes ethniques 10%, ce qui n’empêche pas la plupart des habitants de Conakry de maîtriser toutes ces langues régionales. À l’image de ces guinéens de la capitale, nos groupes ethnolinguistiques cohabitent dans les quartiers du Grand Libreville, néanmoins nous n’avons pas la même diligence vernaculaire que nos frères. À la décharge du Gabon, nous ne sommes pas le seul pays de la zone CEMAC dans cette difficulté.

La première explication est forcément l’absence de volonté politique. Léon Mba-Minko-Mi-Edang qui a régné seulement 7 années sur le Gabon et qui avait épousé 5 femmes, utilisait difficilement un interprète pour capter les mots de ses concitoyens. Son successeur Omar Bongo le chantre de « l’unité nationale » est resté 42 ans au pouvoir, jusqu’à doter des femmes pour lui-même et pour ses fils dans les neuf provinces du pays. Bizarrement jusqu’à la fin de sa vie, il se servait d’un traducteur lorsqu’il se rendait hors de son berceau ethnolinguistique. Ali Bongo qui vient de nous léguer 14 années de ruine générale n’a jamais prononcé publiquement un seul mot de sa propre langue vernaculaire: inutile de lui en demander davantage. La personne qui sort du lot chez les Bongo est Madame Marie Joséphine Nkama Dabany qui pendant les 56 dernières années parlait et chantait en téké, fang, en ikota, en yipunu, en yinzebi, en wumbu, en omyènè et que sais-je encore. Si les deux chefs d’État les plus assoiffés de pouvoir ont laissé croître autant d’herbes sur leurs propres cheminements, quel gouvernement et quel parlement auraient prétendu les contredire? Voici peut-être pourquoi nos chercheurs trouvent difficilement des budgets pour éditer des manuels d’apprentissage crédibles.

Nos foyers étant démissionnaires depuis près de vingt-cinq ans, la vraie solution réside à l’école. Nos enfants apprennent en même temps le français, l’anglais, l’espagnol et parfois aussi l’arabe: comment seraient-ils incapables d’assimiler plusieurs dialectes régionaux de leur propre pays? Tout est donc une question de volonté politique. Le triple docteur Paul Mba Abessole aurait pu être notre boussole sur cette question, lui qui parle si couramment fang, ikota, lembama et bien d’autres dialectes régionaux du pays. Malheureusement sa très longue sympathie avec Omar Bongo Ondimba ne nous a rien rapporté sur ce plan. Et aucun des deux ne nous a jamais dit pourquoi.

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