D’Alalango de Bessosso, il se déploie la détresse, des hurlements déchirants, les lamentations poignantes d’un homme en miettes et les pleurs débordants d’une âme qui subit les tribulations de la vie.
Le peuple Fang révèle une manière toute singulière d’exprimer les affres du sentiment amoureux, avec une subtilité qui me défie dans sa compréhension, son expression et sa traduction. Sa manifestation de l’amour se teinte invariablement de souffrance en s’entrelaçant indissolublement avec la quête de la vie et des moyens de subsistance qui très souvent se trouvent constamment assombrie par une peine existentielle profonde.
Dans cette expression émotionnelle d’une profondeur inouïe il se dresse un tableau complexe où l’amour est enveloppé de tourments, comme un riche tissu cousu à partir des vicissitudes de la vie. C’est une forme d’affection dont l’épanouissement est dans la lutte pour la survie, où chaque étreinte est empreinte de la conscience aiguë de la fragilité de la vie, à n’importe quel moment on peut s’éteindre. Ainsi, chaque déclaration d’amour est un rappel des luttes quotidiennes, chaque baiser porte le poids des espoirs et des désespoirs de toute une communauté. Il faut dire que chez les Fang, le mariage et la mort sont les deux plus grands évènements de la vie, d’où la profondeur de leur sentiments quand ils chantent l’amour.
Dans les expressions poétiques du Fang, la distance entre les êtres est comparée à une expérience de la mort. Elle souligne le profond impact émotionnel ressenti en raison de la séparation. L’emploi de termes tels que « oyap o n’awou » et « o lik m’awou » reflètent la gravité de la douleur émotionnelle infligée par l’éloignement. On y trouve également des termes comme » Awou ébele ma » qui évoquent la notion de chaînes de la mort pour illustrer la captivité dans laquelle on se trouve. Ceci suggère une sensation d’emprisonnement psychologique résultant de la distance, de l’abandon ou de la séparation. Ces métaphores témoignent d’une grande détresse émotionnelle, où la mort est utilisée comme une métaphore pour décrire l’intensité de la souffrance.

