Musique : « Mélodies de souffrance et d’espoir chez Pierre Claver ZENG EBOME et André Pépé NZE » par Alain Gérald Lewis MBA BEKUI

La relation de Pierre Claver ZENG EBOME avec la mort, la femme, les aléas de l’existence et son identité anthropologique constitue un sujet d’analyse d’une grande richesse et une subtilité à la fois philosophique et émotionnelle. Même dans ses compositions les plus festives résonnent les échos de la souffrance qui consumait son être, ces échos transparaissent à travers des soupirs délicats, des cris fugaces ou des allusions poignantes à la mort, la condition de son peuple, et aux amours perdus.

Une grande partie de son répertoire semble être un adieu qui exprime un désir ardent de transcender cette existence par un ultime acte de libération face à la douleur et à la mort, comme s’il aspirait à échapper à ce tourment de vivre.

Cette même douleur, palpable chez André Pépé NZE, se manifeste dans chacune de ses œuvres, notamment dans « Awou m’Awou », où il évoque ce qui emporte l’être ou simplement les causes de sa fin, le mal qui le consume. Il célèbre un amour ambivalent qui lui inflige une souffrance ineffable. Il dépeint sa solitude et ses blessures intérieures, déchiré par les tempêtes de son être.

Dans les œuvres de ces artistes, la mort, la souffrance, la désolation, la solitude ne sont pas de simples motifs mais des compagnons constants présents dans chaque note et chaque vers. Ils révèlent les tourments les plus intimes de leur existence et de leur identité.

Leur musique est une expression de l’âme. Elle capture les luttes intérieures, les deuils et les espoirs avortés tout en trouvant une certaine beauté dans la douleur. À travers cette expression artistique, ces créateurs trouvent un exutoire à leurs émotions les plus sombres qui offre une catharsis à ceux qui se laissent bercer par leurs mélodies.

Malgré la mélancolie et la douleur qui imprègnent leurs œuvres, on distingue une lueur d’espoir mitigé, une reconnaissance de la fragilité de la vie même dans ses moments les plus sombres. Cette complexité émotionnelle confère à leur musique une intemporalité captivante.

Ainsi durant mes années universitaires, éloigné de mes terres natales, le fardeau de cette souffrance intérieure s’est alourdi alors que j’étais étudiant loin des miens, entouré d’individus dont les différences culturelles exacerbaient mes propres questionnements existentiels.

Dans mes moments de solitude, souvent niché dans une retraite à l’écart de la cité universitaire, et parfois sur le toit de l’immeuble où je résidais, ma seule échappatoire consistait à renouer avec mes racines en écoutant, nuit et jour, les œuvres de Pierre Claver ZENG EBOME et d’André Pépé NZE. Au lieu d’apaiser mes blessures, leurs chansons les ont exacerbées, faisant jaillir une douleur encore plus vive et lancinante. Je leur suis sincèrement reconnaissant autant que je leur en veux. Je les remercie de m’avoir ouvert les yeux sur ma propre identité, sur le monde et notre héritage culturel commun. Cependant, je leur en veux de m’avoir légué cette souffrance comme un fardeau indésirable. Ils auraient dû garder cela pour eux.Alain Gérald Lewis MBA BEKUI

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