La conscience historique est comme une colombe qui vient de temps en temps se percher sur l’âme du poète djovéen, et chanter les trésors de la mémoire. Aussi, écrit-il : « Je me prête au serment /Qu’offrent les hommes de l’esprit /Pour mieux graver le cliché /Dans la mémoire du lecteur […] Mille nuits sans aurores /Est une analyse des contradictions majeures /D’une époque, d’une société qui s’écroule /Lorsque le souci d’exactitude se révèle un défi à la fiction…».
Il se dégage nettement dans cette somme poétique une certaine vision religio-spirituelle qui prône la thèse d’une malédiction des dieux suite à l’inconduite des hommes : « Je suis la colère/ Des génies/ Face aux déviations morales/ Des princes et de leurs cohortes de courtisans/ Je suis l’amertume/ Face aux injustices/ Criardes et puantes/ Érigées en règles de vie. ».
Rosny Le Sage Souaga sait les pays de son Afrique francophone boiteusement démocratiques. Il décrypte le nouveau variant autoritaire qui décime le mode de gouvernance des pays de sa sous-région : « Je suis le tyran/ Absorbé par les douleurs fugitives/ Je suis l’oreille attentive/ Sur les misères sociales collectives […]. Je vis mon ébullition/ Face aux régimes despotiques/ Qui entravent le cours de l’existence/ D’une société qui sombre et bascule dans l’abîme ».
Le Poète se veut un messager, à l’instar du prophète Jean-Baptiste, qui dans les écritures bibliques était venu annoncer au peuple d’Israël la repentance et la venue du Christ. Ainsi dans un jeu de personnification-dédoublement, il déclare : « Je suis le messager/ A l’aube des jours proches/ Qui court sur l’herbe trempée de rosée/ A la recherche de l’endroit où naît l’arc-en-ciel ». Et plus loin de dire : « Dis-leur/ Que je suis le bohème/ Ma peau saigne l’étreinte/ Je me passionne du sourire du temps […]. Je suis l’étoile éternelle/ Dans l’astral paysage/ A la quête de l’immémoriale beauté/ Annonciatrice d’une extraordinaire nouvelle ».
Huppert MALANDA,Grand Prix de Poésie de la Renaissance africaine.

