Littérature : Pardonner n’est pas « tourner la page », oublier

<< Quand on prétend qu’une blessure dont on a été victime est moins douloureuse qu’elle ne l’est en vérité et qu’on s’efforce d’oublier l’événement malheureux qui l’a causée, on est très éloigné de la démarche du pardon. Être victime d’une offense ou d’une blessure n’a rien de normal. Même quand on croit l’oubli possible, vouloir oublier empêche de pardonner. Le pardon exige, en effet, une bonne mémoire et une conscience lucide de l’offense qui nous a été infligée.

Les comportements blessants, honteux, abusifs ou dégradants doivent être exposés à la lumière crue de la vérité. Cette vérité peut être cruelle et elle peut même exacerber la douleur et rendre les choses pires encore. Mais, si le pardon et la guérison sincères sont recherchés, la blessure doit être affrontée dans toute sa vérité. Une blessure méconnue et reléguée sans soin dans les combles au fond de soi ne signifie nullement que l’agresseur est pardonné, car notre mémoire porte les stigmates de cette blessure non guérie. En choisissant de pardonner, on aide la mémoire à guérir et on rend le souvenir de la douleur moins virulent.

L’événement malheureux se fait de moins en moins présent et obsessionnel, la plaie se cicatrise peu à peu, le rappel de l’offense progressivement n’inflige plus autant de douleur. Une fois la mémoire guérie, plutôt que de s’épuiser engluée dans la pensée déprimante de l’offense, elle se libère, enrichie, pour s’investir ailleurs. « Pardonner, mais ne pas oublier » est l’attitude constructive à adopter pour une victime qui veut se libérer en choisissant de se tourner vers l’avenir. >>.

Geneviève VINSONNEAU, Le pardon humain, Pardonner pour guérir, être résilient pour repartir, Christon éditions, Cotonou, 2020, p. 26.

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