« Reflexion sur la dialectique du maître et de l’esclave dans le contexte post-coup d’Etat au Gabon » par Gaël Koumba Ayouné

Depuis le coup d’État du 30 août 2023, conduit par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), nous assistons à un paradoxe qui soulève des questionnements profonds sur la dialectique du maître et de l’esclave, telle que développée par Hegel.

Cette théorie philosophique, qui décrit l’interaction entre un dominateur et un dominé, semble résonner avec une acuité particulière dans le contexte actuel du Gabon.

En théorie, le coup d’État devait mettre fin à des décennies de domination, rétablir les institutions et redonner le pouvoir au peuple. Cependant, force est de constater que les mêmes habitudes semblent persister, plongeant le pays dans une spirale où les rôles de maître et d’esclave sont réinterprétés sans pour autant être véritablement renversés.

Le maître, dans cette dialectique, n’est pas seulement celui qui exerce un pouvoir politique ou économique. Il est aussi celui qui impose une vision, un système de valeurs qui, même après sa chute, continue de régner par l’intermédiaire des institutions, des mœurs et des pratiques qui n’ont pas réellement changé.

L’esclave, quant à lui, incarne le peuple qui, bien que libéré en apparence, demeure prisonnier de ces structures mentales et institutionnelles qui le maintiennent dans un état de subordination.

Ainsi, le processus de transition amorcé par le CTRI semble s’apparenter à une simple reconduction des mêmes rapports de domination, où la véritable libération du peuple, l’émancipation de l’esclave, est retardée, voire empêchée, par le maintien des mêmes pratiques et mentalités.

La dialectique du maître et de l’esclave nous enseigne que la libération ne peut être complète que si l’esclave devient conscient de son pouvoir, et non s’il se contente de remplacer un maître par un autre.

L’enjeu pour le Gabon aujourd’hui est de briser définitivement ces chaînes invisibles, de déconstruire les structures de domination qui perdurent sous des formes nouvelles.

Le véritable changement ne pourra advenir que lorsque le peuple, pleinement conscient de sa souveraineté, assumera un rôle actif dans la refonte des institutions et des pratiques politiques.

Ce n’est qu’à ce prix que la promesse d’une nouvelle ère, post-30 août, pourra être tenue. C’est ainsi que nous pourrons parler du slogan du CTRI : « c’est enfin notre essor vers la félicité. »

Comme le dit le proverbe, « lorsque l’oiseau sort de la cage, il doit encore apprendre à voler. » De même, « un esclave qui ne connaît pas sa liberté est plus captif que celui qui porte des chaînes. » Ces paroles illustrent bien que la véritable émancipation ne se limite pas à la rupture des chaînes visibles, mais implique une transformation profonde des mentalités et des structures.

Le changement ne sont pas seulement des actes physiques, mais nécessitent une prise de conscience et une évolution des mentalités pour être pleinement réalisés.

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