Célébration de la Journée Nationale de la Libération : Dr Okome MEZUI fait son analyse

Le premier anniversaire de la libération a été célébré le 30 août dernier en grand pompe. Le pays pour ne pas dire Libreville était en effervescence, les femmes vêtues de leurs beaux pagnes et tee-shirts à l’effigie du libérateur. Les hommes habillés et leurs épouses ont été honorés.

Certains citoyens ont été décorés à titre de reconnaissance dans leur domaine d’activité. Certains membres du gouvernement et des proches du système actuel pour ne pas dire les mêmes personnes ont encore ajouté une médaille de plus à leur collection. En seulement une année, ils se sont vu attribuer au moins 4 médailles. Je ne mets pas en doute leur mérite, mais c’est quand même un exploit… mon grand frère M.E.M avait déjà fait remarquer dans une de ses publications que ce sont toujours les mêmes qui sont décorés

Apparemment le bilan a été fait et il s’avère positif dans l’ensemble. Un record de réalisations en une année. Par contre, la question de la restauration des institutions reste encore un slogan dans nos oreilles.

Le grand dialogue a été fait depuis des mois, les conclusions dudit dialogue sont toujours pas connues du grand public. Par contre certains leaders sensibilisent les populations à voter OUI au référendum… ah bon?

Pour ma part, Dieu seul sait combien de fois comme de nombreux citoyens, je voulais faire partie de la fête, mais hélas, il a fallu que ce soit moi qui couvre la garde dans mon service. Les épreuves que j’ai passées durant cette garde m’ont amené à me poser un certains nombres de questions au moment où ils fêtaient le 1er anniversaire de la libération.

Ils ont annoncé la construction de plusieurs autres hôpitaux publics et militaires dans toute l’étendue du territoire. Cest louable. Cependant un an après quelles sont les avancées dans le domaine médical?

Les grandes structures hospitalières publiques ne disposent qu’une seule ambulance en plus sans dispositif d’oxygène, sinon 2 pour celles qui ont la chance.

Nous prescrivons encore les gants d’examens aux malades, le paracetamol, les compresses, la betadine, l’alcool, les fils de sutures etc…

Les malades doivent se rendre dans les structures privées pour réaliser le scanner ou l’IRM et parfois même pour réaliser certains examens de sang de base…

Nous n’avons pas de quoi calmer une convulsion. Si un enfant ou un adulte arrive en convulsant, on prescrit une ordonnance aux parents et on attend qu’ils ramènent le médicament…

Les coupures d’électricité dans certains hôpitaux sont toujours d’actualité, car la puissance des groupes électrogènes de relais serait très faible par rapport aux besoins des services. Donc quand dame SEEG fait ses caprices, nous sommes obligés de reporter certaines interventions chirurgicales ou de transférer dans d’autres structures qui aussi rencontrent les mêmes difficultés que nous.

De passage dans le plus grand service des urgences du Gabon, il y a quelques semaines, j’ai été Outrée de savoir qu’il manquait des toilettes pour les malades.

On suggère à chaque patient hospitalisé d’acheter un pot dans lequel ils font leurs besoins. Dans l’urgence les hommes utilisent les bouteilles andza vides pour uriner. Pour le reste des besoins je n’ai pas voulu savoir… imaginer les conditions de travail du personnel de ce service… »l’odeur nauséabonde fait partie de leur quotidien  » on va vous dire c’est le sacerdoce courage!

Jusqu’à ce jour, il manque des kits d’urgences pour des patients qui arrivent dans le cadre d’une urgence avec un pronostic vital menacé.

C’est ce qui m’est arrivé hier pendant que d’autres étaient à la fête de la libération. Une malade qui nécessitait d’être opérée en urgence dans les heures qui suivaient. Car le pronostic vital était engagé, mais la famille n’avait pas de quoi acheter le matériel nécessaire dans l’immédiat. J’ai vu le désespoir, l’impuissance, la lamentation sur le visage de la famille. Voir ta mère entre la vie et la mort, les ordonnances dans les mains et ne pas avoir de quoi payer ces ordonnances.

Heureusement que nous avons un kit de matériel qu’un autre patient avait laissé dans le service. C’est ce qui nous a permis de sauver la vie de cette malade.

A la fin, tout le monde était content, nous avions tous le sourire. Le fils qui a éclaté en sanglots lorsqu’il a appris que sa mère était sortie d’affaire.

J’avoue que je voulais le prendre dans mes bras, mais je me suis retenue car la relation soignant et soigné obéit à des règles qu’il faut respecter.

A la fin de la journée, en rentrant chez moi, il faisait beau, les rues étaient un peu désertes.

Je décide de faire une petite marche de 10 à 15 min avant de prendre mon taxi. Je tombe sur un parking d’une administration publique et j’aperçois près d’une soixantaine de véhicules 4×4 et double cabines flambants neufs, plaques bleues immatriculées. Certainement en attente d’être distribués aux personnels de ladite administration…

Je croise mon collègue chirurgien non loin de là, il me dit en souriant  » ma chère tu vois, pendant que tu cours toute la journée dans le bloc opératoire et les sevices d’hospitalisation pour sauver une vie sans le MINIMUM DU MATÉRIEL, des voitures sont distribuées comme des bouts de pain à d’autres « 

J’avoue que j’ai été choquée sur le coup. De ce que je sais, seul le DG du CHU dispose d’une voiture de service. Que tu sois professeur agrégé, titulaire, chef de service, directeur des affaires médicales ou chef de département… à ma connaissance aucun n’a une voiture de service.

Quelles sont finalement les urgences dans ce pays?

Est-ce qu’on peut rendre public le coût annuel des évacuations sanitaires à l’étranger pour des pathologies qui peuvent être prises en charge sur place par le personnel local compétent? mais pour défaut de matériel, les malades sont évacués àl’étranger ( nous avons une belle formulation que nous utilisons tous)  » pour défaut de plateau technique, nous vous adressons ce patient ». Jusqu’à quand?

Pourtant le coût d’une seule évacuation sanitaire par la CNAMGS peut permettre de prendre en charge localement plusieurs patients.

Encore une fois quelles sont les urgences de ce pays?

J’ai regardé le défilé militaire à la TV et j’ai été « agréablement » surprise de la puissante logistique dont dispose notre armée. Wow nous avons tous ça au gabon? Je pense que notre armée est la mieux équipée en Afrique noire pour une population de moins de 3 millions. Je suis sûre que si nous rentrons en guerre avec un pays voisin, en moins de 24h, l’ennemi sera à terre. Le président de la transition en 1 an d’exercice a offert à notre chère armée 379 nouveaux engins: 61 moto-quad jet ski, 233 véhicules légers, 62 engins blindés, 104 camions de transport, 14 bus de transport, 25 bus pour l’hôpital militaire de campagne, 21 ambulances, 11 engins TP, 2 tracteurs agricoles, 5 vedettes zodiac, 20 armements mitrailleuses, 10 groupes tracteurs, 23 mortiers, des aéronefs etc… je ne parle pas des cités qui sont en construction et des logements déjà distribués à nos combattants.

Tous les camps de police ont fait une cure de jouvence. C’était nécessaire vraiment. Car on reconnaît l’état d’insalubrité dans lequel vivait certains.

Je me suis posée quand même la question de savoir, après le défilé qu’est ce qu’ils font de cet important équipement à part l’entretenir? en sachant que le Gabon n’a jamais été en guerre.

Avant de me sauver d’une guerre lointaine éventuelle, j’ai besoin de manger sainement, de me loger décemment et de me SOIGNER car la maladie ne prend pas de rdv. Elle arrive souvent au moment où l’on est fauché et ma vie peut s’arrêter pour défaut de soins.

Au regard de ce petit constat, je pense que les autorités ne sont pas toujours informées des réalités. Certains responsables ont malheureusement le souci de montrer que tout se passe bien alors que ce n’est pas vrai.

Nous ne voulons plus de ce Gabon où lorsque le président ou une autre autorité doit effectuer une visite, c’est à ce moment qu’on embellisse les mûrs. Tout est beau, propre chaque chose à sa place. Les agents travaillent nuit et jour pour embellir les lieux. Alors que dans le quotidien c’est autre chose.

Le président devrait imposer à tous les membres du gouvernement et tous ceux qui occupent des postes de responsabilité dans ce pays de se faire soigner que dans les hôpitaux publics.

On va encore espérer, il reste un an pour la transition. Certainement le secteur santé sera le centre d’intérêt de cette transition.

NB: volontiers si on doit me raser les cheveux, mais ne m’enfermer pas, mes bébés ne vont pas supporter mon absence.

Nous voulons la gratuité des premiers soins pour tous les malades. C’est possible dans ce pays!

Dr OKOME MEZUI, Neurologue

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