« Comment demander aux Gabonais de croire en l’école publique si ceux qui ont le pouvoir et le devoir de la rendre performante n’y envoient pas leurs enfants ? » Par Dr EMKA

Accès universel à une éducation primaire et secondaire gratuite, équitable et de qualité._ ODD 4, ONU (2015)

Le 9 septembre 2024, jour de rentrée scolaire au Gabon, l’image du président de la République accompagnant ses enfants à l’école aurait pu revêtir une grande portée symbolique. Un tel geste aurait eu un impact d’autant plus fort si ces derniers avaient été inscrits dans une école publique, telle que celle de Batavea ou une autre institution scolaire de Libreville ou Akanda.

Hélas, ce ne fut pas le cas. Ce choix suscite une réflexion profonde sur l’état de notre système éducatif public et sur l’engagement réel des autorités à apporter des solutions durables et efficaces.

*La déliquescence de l’école publique*

Les écoles publiques gabonaises souffrent d’une indigence manifeste. Elles se distinguent par des infrastructures dégradées, un manque criant de ressources pédagogiques, des classes surpeuplées, ainsi qu’un personnel souvent sous-formé et mal soutenu. Ces établissements, chaque année font face à des défis considérables. Les parents qui choisissent d’y inscrire leurs enfants se trouvent contraints de composer avec un niveau d’éducation bien en deçà des attentes, voire des besoins élémentaires.

*Un signal manqué*

Dans un contexte de restauration des institutions et d’un appel au renouveau national sous le slogan du « enfin notre essor vers la félicité », après que le CTRI ait sommé les membres du gouvernement à passer leurs vacances dans leurs villages respectifs (décision saluée par nombre de gabonais) afin de mieux s’imprégner des réalités locales, la décision des nouveaux dirigeants d’inscrire ou de réinscrire leurs enfants dans des établissements privés envoient un message contradictoire. Elle accentue la fracture déjà visible entre les élites et le reste de la population. *Comment le petit peuple peut-il être encouragé à faire confiance à l’école publique si les dirigeants (anciens et nouveaux) eux-mêmes s’en détournent pour leur propre progéniture ?*

*L’importance de l’exemplarité*

Inscrire leurs enfants dans des écoles publiques aurait été un geste hautement symbolique, démontrant une véritable volonté politique de revitaliser le système éducatif national. Ce choix aurait envoyé un signal fort, témoignant de la confiance des dirigeants en la capacité de nos écoles publiques à offrir une éducation de qualité à tous les enfants, sans distinction. De plus, cela aurait incité à des réformes urgentes et concrètes, car comment justifier l’inaction ou la lenteur des changements face à des enjeux touchant directement les enfants des décideurs eux-mêmes ?

*Un enjeu de justice sociale*

Il ne s’agit pas seulement de repenser l’éducation ; c’est avant tout une question de justice sociale. *L’accès à une éducation de qualité ne doit pas être un privilège réservé à une élite, mais un droit fondamental garanti à tous les jeunes gabonais*. C’est à travers des actions concrètes, telles que la réhabilitation de nos écoles publiques, que l’on pourra réellement incarner ce principe et offrir à nos enfants l’opportunité de bâtir un avenir prometteur.

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