Monsieur Ali Bongo
Je me permets de vous adresser cette lettre en réponse à votre message du 18 septembre 2024, dans lequel vous avez exprimé votre regret concernant la situation actuelle de votre famille et votre retrait de la vie politique. Si votre ton se veut empreint de réconciliation, il est essentiel de revenir sur les réalités douloureuses que vous semblez occulter. Cette lettre se veut être une réponse explicite et détaillée sur plusieurs aspects de votre bilan en tant que dirigeant du Gabon.
1. La gestion du pouvoir et les droits humains :
Sous votre présidence, de nombreux Gabonais ont souffert des violations des droits humains, souvent orchestrées par les forces de sécurité sous votre commandement. Des opposants politiques emprisonnés, des manifestations pacifiques réprimées avec violence, et une atteinte aux libertés fondamentales ont marqué votre régime. Plusieurs organisations internationales ont régulièrement dénoncé ces abus, mais aucune action significative n’a été entreprise pour y remédier.
Aujourd’hui, alors que vous évoquez la souffrance de votre famille, il est important de rappeler que des milliers de familles gabonaises ont également souffert en silence.
Des pères et mères ont perdu leurs enfants lors de manifestations réprimées par la force, et d’autres vivent dans la précarité, victimes des politiques économiques qui ont aggravé les inégalités. Où était alors la réconciliation que vous prônez aujourd’hui ?
2. Corruption et dilapidation des ressources nationales :
Le Gabon, riche en ressources naturelles, a vu sa population continuer à vivre dans des conditions précaires sous votre gouvernance. Les accusations de corruption à grande échelle, de détournements de fonds publics et de favoritisme économique ont fortement marqué votre régime. Ces accusations ne sont pas seulement le fruit d’opinions politiques, mais de preuves tangibles qui ont conduit à l’incarcération de membres de votre propre famille, dont votre fils Noureddin.
Il est difficile pour les Gabonais de ne pas se sentir trahis lorsque les richesses nationales, qui auraient dû servir à l’amélioration des infrastructures, des services de santé, et de l’éducation, ont été détournées pour servir les intérêts d’un petit groupe. Cette situation a créé un écart grandissant entre l’élite au pouvoir et le peuple, contribuant à un sentiment d’injustice généralisé.
3. Fraudes électorales et manque de transparence démocratique :
Les élections présidentielles de 2009 et 2016, que vous avez remportées, ont été entachées par des accusations de fraude. L’élection de 2016, notamment, a provoqué une crise politique majeure, où les résultats ont été contestés et de nombreuses vies ont été perdues lors des troubles qui ont suivi.
Ce déficit de transparence a affaibli la démocratie au Gabon, et de nombreux citoyens estiment que leur voix n’a pas été respectée. Si vous avez récemment déclaré comprendre la volonté des Gabonais de voir émerger de nouveaux dirigeants, il est important de se rappeler que cette volonté s’était déjà manifestée par le passé, mais avait été étouffée par un système électoral opaque et une répression systématique.
4. L’appel à la justice et non à la vengeance :
Vous avez appelé à la réconciliation nationale et à l’apaisement, ce qui en soi est louable. Cependant, il ne peut y avoir de véritable réconciliation sans justice. La justice n’est pas une vengeance, mais une nécessité pour rendre compte des crimes commis et des abus perpétrés sous votre régime. Votre famille est actuellement sous le coup d’enquêtes judiciaires pour des accusations graves. Vous évoquez leur emprisonnement comme une injustice, mais ce sont les tribunaux compétents qui doivent statuer sur ces affaires, en toute indépendance.
La justice est aussi ce que réclament les familles gabonaises qui ont perdu des proches ou ont été réduites à la misère à cause de la mauvaise gestion du pays pendant votre mandat. Il est temps de laisser les institutions judiciaires faire leur travail, et de ne plus interférer avec elles, comme cela a souvent été le cas durant votre présidence.
5. Votre responsabilité :
Dans votre lettre, vous admettez des insuffisances sous votre régime et affirmez en assumer la responsabilité. Toutefois, des mots seuls ne suffisent pas à réparer les torts. La responsabilité implique des actions concrètes. Elle implique de répondre devant la justice pour les crimes économiques et politiques commis sous votre gouvernance. Elle implique également de cesser de minimiser l’impact de vos actions sur la vie de millions de Gabonais.
Votre retrait de la vie politique est une décision attendue, mais elle ne doit pas être perçue comme un moyen d’échapper aux comptes que vous devez rendre à la nation.
Conclusion :
Monsieur Ali Bongo, le peuple gabonais aspire à un avenir fondé sur la justice, la transparence, et une véritable réconciliation. Mais cette réconciliation ne peut avoir lieu sans que la vérité soit établie sur les abus de pouvoir, la corruption et les violations des droits humains qui ont marqué votre présidence. Les Gabonais ont le droit de voir la justice appliquée, de voir leur pays se reconstruire sans les fantômes du passé.
Pour le Gabon, pour la justice, et pour l’avenir de notre nation, il est indispensable que vous assumiez pleinement votre responsabilité, non seulement par des mots, mais par des actes.
Un citoyen gabonais engagé pour la justice et la vérité, Yannick Marcel Mebale D’Abelass, Cogiteur Social et Civique .

